Vers un réseau asocial… ? Un couple impossible …

Vers un réseau asocial… ?
Vers un réseau asocial… ?

Vers un réseau asocial… ?

À y réfléchir, l’expression « réseau social » est en fait un paradoxe.

Le réseau est un système de transport de flux, auquel il faut être connecté, et qui de fait, oblige à définir un opérateur. Cette définition est vraie, autant pour le réseau d’électricité, que le réseau humain de la Résistance, ou de la Mafia, encore vraie pour les réseaux partenariaux, et les réseaux sociaux.

Je m’agace souvent en action sociale (c’est un de mes métiers.) contre la propagation de la notion de réseau. L’action sociale est devenue si compliquée par ses méandres administratifs, qu’en effet, le travailleur social crée ses réseaux, dit autrement, il crée ses liens, ses passe-droits. Même les administrations nomment des agents pour faciliter les réseaux (CAF, Préfecture) et nous nous sommes éloignés du droit commun, la lutte pour l’égalité.

Le grand problème, c’est que la notion de réseau permet l’accord privé, voire l’illégalité. (Mafia, résistance…) et le réseau est toujours piloté par un l’opérateur, parfois secret, souvent privé et à but lucratif.

Nous ne sommes plus dans le maillage institutionnel de ma jeunesse professionnelle où la préoccupation était de répondre à tous.

Par exemple, dans un autre de mes métiers, j’ai travaillé aux PTT, branche télécommunication (qui est devenue France télécom)… avant les suicides et l’avènement d’Orange. Dans ce temps-là, très anciens, l’objectif était de raccorder tout le monde au réseau téléphonique . S’il fallait planter dix poteaux ou simplement enlever « une sucette » (une cale dans le standard) le raccordement était facturé au même prix. Certes, il fallait être patient, j’ai connu la période où le délai moyen de raccordement était de sept mois. Le principe était « le service public ». mais maintenant, quelques suicides et privatisations après, l’objectif est l’argent, le réseau est privé ..de sens.

Donc le mot « réseau » annonce la couleur, vous allez payer pour être raccordé et bénéficier de prestations, tout cela sous la houlette d’un « opérateur » privé.

Le mot social  exprime la société, une partie ou une réalisation. On entre dans l’espace collectif, partagé, le droit commun.

Donc le réseau social détermine un opérateur, une régulation pour accéder au collectif, à la vie sociale. C’est un peu comme si pour respirer, il était nécessaire d’être branché à un tuyau, comme si pour voter, il fallait adhérer à un parti…

Mais on nous vend du social haut de gamme !

J’entends déjà la réaction, on ne vend rien, les accès sont gratuits ! Dans les logiques commerciales, on dit : » quand c’est gratuit, c’est que le produit, c’est toi. » Vous achetez votre accès avec votre identité de consommateur, et regardez les fortunes des têtes de réseau, cela marche très bien. Rappelez-vous dans votre village de 500 habitants, votre réseau social se limitait à ces 500 personnes…sauf que ce n’est pas un réseau, mais un environnement, et que chacun peut s’autoriser à élargir son cercle de connaissances, chacun peut vivre des amitiés réelles … mais maintenant nous pouvons être ami avec des milliers de personnes. En effet, nous avons une audience, et c’est pratique pour annoncer un concert, ou vendre un bouquin.(quand on sait faire).

Mais que se passe-t-il avec tous ces amis, d’abord il le tri que nous faisons nous-mêmes… il ou elle me plait… il ou elle peut m’être utile. Il y a les personnes que l’on bloque, hier par exemple, j’ai retiré trois personnes qui militaient pour la peine de mort pour les pédophiles. Enfin, et surtout il y a les algorithmes qui gèrent nos groupes et communications. Plus le temps passe plus notre réseau est un ensemble de gens qui se ressemblent et s’assemblent…

Toutes ces personnes, reliées par un opérateur, se sentent dans un espace privé et protégé, comme dans leur voiture. Alors ils osent gueuler, insulter, crier comment il faut faire. Cet espace « non-public » permet toutes les sortes de flux : sexe, insultes, prosélytisme, campagne d’extrême droite…Etc.

Pour reprendre l’image de la voiture, c’est la route sans le code de la route.

Ce réseau haut-gamme est une jungle, devenue indispensable pour nous tous, les aventuriers des temps modernes.

On peut se déconnecter !

Oui, on peut, on peut même être rejeté… mais il faut bien le constater, la communication passe par ces canaux, et pour vendre nos fromages réalisés dans le Larzac, il faut y passer.

Alors nous n’allons pas pleurer, juste rester vigilants, et aventuriers pour une autre parole. Même si l’écrit est démodé…

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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