Divagations sur « tu seras un homme »

Tu seras un homme
Tu seras un homme

Tu seras un homme

Il y a quelques jours, j’avais une discussion avec un de mes proches. Nous parlions de nos divorces, et il me relatait que l’apriori est que la femme est victime, et l’homme le salaud. Dans son cas, je le sais, c’était un homme battu. Un jour, il a dû se rendre aux urgences, il avait des lacérations importantes sur le visage. Son épouse l’avait griffé profondément, mais le médecin femme se contenta d’un certificat médical, sans journées d’incapacité. Selon elle, il pouvait travailler avec son visage tailladé et ses blessures à l’âme.

Je vous rassure de suite, mes divagations ne vont pas sur le terrain stérile de la comparaison de l’homme est de la femme, je vous propose juste un voyage sur cette idée « je suis un homme ».

« Je suis un homme, quoi de plus naturel en somme… »

Les plus anciens auront reconnu les paroles d’une chanson de Michel Polnareff, réponse à ses détracteurs qui le traitait de « pédé ». Nous sommes en 1970, le chanteur s’est fait agressé, car son attitude était jugée provocatrice.

À cette période, c’était pour beaucoup de personnes le plus grand drame, l’homosexualité. Quand un garçon montrait sa sensibilité, son intérêt pour des choses non viriles, l’insulte fusait « Tapette, Pédé ».

La commande générale allait dans ce sens : l’homme ultra viril.

Légalement, l’homme devait subvenir aux besoins de son épouse et de ses enfants, il devait gérer en bon père de famille. Cette expression est reprise par la justice, encore usitée de nos jours…

La culture générale était centrée sur les étalons : Jean Gabin, Belmondo, Delon, Ventura…etc. Patrick Dewaere ne fera apparaitre ses faiblesses que plus tard. ; les femmes à l’écran, logiquement, attendaient le « vrai, le dur, le tatoué »…

La psychiatrie définissait (et c’est toujours vrai.) l’attrait pour la couture, ou le fait de trouver un autre homme beau, comme une tendance homosexuelle.

L’église parlait de contre nature… Et l’Etat fabriquait ses hommes avec un service militaire rarement intelligent.

Le progrès était en route, Simone de Beauvoir avait écrit « le deuxième sexe » depuis longtemps, 68 avait remué ses pavés et ses conceptions, De Gaule était parti…

Mais les choses vont lentement :

Dans le livre « train de vies », encore inachevé et donc inédit, je relate la dureté d’un père de famille, voici l’extrait d’une ses lettres adressée au directeur de l’établissement où est sa fille

« 30/1/1981

Nouveau courrier à l’attention du Directeur :

« … Je vous signale que je suis contre les weekends passés par Catherine en famille d’accueil, car cela ne fait que détériorer l’entente familiale auprès de sa famille réelle…

Il est évident que nous n’avons pas les mêmes conceptions pour élever les enfants.

Je base l’éducation avant tout sur le travail, puis ensuite les distractions et les récompenses.

Vous donnez tout avant de l’avoir mérité. Vous essayez ensuite de recevoir en retour (exemple le ski).

Ne comptez pas sur moi pour cautionner ce système d’éducation que cela soit bien clair entre nous… »

Dans cet exemple, Monsieur valide sa position, son autorité sur la valeur travail. En 1981, nous étions au début de la crise, le chômage était relativement contenu, raison de plus pour que les personnes en emploi soient encore plus fières d’elles.

Cette petite page d’histoire donne les racines culturelles pour beaucoup de femmes et d’hommes, n’oublions pas que les générations mettent du temps à créer leur « culture ». La loi instaurant l’égalité des droits dans le foyer ne date que 1987.

Aujourd’hui tout va bien ?

Il est certain que nous sortons progressivement du mythe «John Wayne». l’homophobie est un délit. Le garçon est moins obligé de se conformer à cette culture virile.
Pour les plus anciens, tout n’est pas résolu :
Deux exemples, le premier puisé dans un travail collectif fait avec des collègues féminines suite à nos accueils familiaux. Nous avions choisi d’écrire notre réflexion.

« Le Syndrome de la Mante Religieuse

Pourtant, dans notre travail, nous rencontrons des hommes détruits, avec des propos gênés, amers, exagérés parfois, mais des hommes sûrement souffrants. Ils relatent leur sensation d’être encerclés, enserrés et décapités. Les « champs de batailles » sont nombreux : l’emploi, les amis, la famille, l’argent et évidemment les enfants.

Notre interrogation ne va pas porter sur l’appétit des Mantes Religieuses, mais sur l’existence ou non de ce phénomène, afin d’en parler et de sortir des souffrances qu’il engendrerait. »
Essai pour une communication constructive Editions Edilivre

L’autre exemple, vous pouvez le puiser dans les sites de rencontre. J’ai commis un petit livre « like moi encore », et j’ai glissé des annonces réelles de femmes : « Je recherche une personne attentionnée, prête à s’engager pour une relation durable faite de complicité, partage, communication et plaisirs… »

Voici, un cahier des charges classique… Pour les deux cas, l’investissement féminin est important et surtout exigeant.

Nous connaissons tous des situations où le couple est dans le déchirement, car les attentes sont démesurées. Ce problème concerne les hommes et les femmes, ce qui est « nouveau », c’est la place de chacun n’est plus définie…

Souvent, je lis sur les réseaux sociaux « celui qui bat sa femme n’est pas un homme », ce type de phrase m’insurge. Non pas que je veuille défendre la violence, mais on retombe dans le piège de mettre l’homme en valeur, en concept. Être un homme n’a pas de sens particulier, hors sa réalité physique.

L’homme comme la femme sont des êtres humains, courageux et lâches, aimants et égoïstes, tendres et violents. Les théories sur la femme sont également d’immenses conneries. Nous fabriquons des images sexuées, nous éduquons différemment, et nous nous adaptons différemment.

La plus grande différence est sans doute la force physique, qui a permis à l’homme d’établir sa dictature du viol. Nous sommes tous la somme de nos choix, de nos réponses, de nos plaies.

Penser que l’homme égale sécurité, franchise, et rusticité est un amalgame de clichés. Le problème c’est que ces images toutes faites deviennent la commande, le cahier des charges, l’attente de l’autre, une dictature sociale. On essaie de se conformer aux images, et on déraille, on régresse, on pète un câble…      

Faisons confiance à la nouvelle génération…

Bien sûr, il y a des abrutis dans toutes les générations, mais il m’arrive de trouver de belles surprises. D’abord, les médias affichent des situations nouvelles : dans les jeux télévisés le candidat qui présente son mari est banal, Bilal Hassani poursuit sa carrière (malgré les cons)…

La société évolue, le modèle n’est plus unique. Par mes fonctions, je rencontre des éducateurs, et éducatrices qui aident des jeunes à s’exprimer hors des carcans. Ces éducateurs n’en sont pas toujours conscients, mais ce sont eux qui fabriquent le monde de demain.

Pour le plaisir, un extrait d’une nouvelle écrite par Marion Lerenard ; « sexualité à plusieurs mains »
« Oui, il aime les hommes, enfin, il croit, il devine, il suppose. Certains jours, il essaye de se persuader du contraire, il essaye de se convaincre qu’il aime les femmes parce que ce serait plus simple. 

Il a peur de la solitude, peur de voir la déception sur le visage de son père, déjà qu’il n’a pas le physique de l’homme viril et imposant, il n’est pas sportif comme ses frères. Non, c’est sûr par de régimes hyperprotéinés, de passion pour les motos et les salles de sport… 

Son truc à lui, c’est Lady Gaga et les jeans slims. Il a déjà entendu sa mère dire avec ses amis « qu’il se cherche », c’est quoi cette connerie ? Se chercher, se chercher… il n’y a pas de trésor, il n’a pas enterré une partie de lui, enfin pas vraiment ou peut-être que si ? »

Et si l’homme de demain changeait, ce ne serait pas un mâle….

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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