Travail social et société, on n’en parle pas

Travail social et société
Travail social et société

Travail social et société

Un responsable de résidence sociale est tué par un résident, cela ne fait pas la une des médias.

« Le gardien du foyer Adoma de Nogent-sur-Oise mort frappé à la gorge

Un homme est en garde à vue. La piste terroriste est écartée. »

Le travail social est dangereux, ce n’est pas le premier collègue qui est tué dans le cadre de ses fonctions, et je le sais, pas le dernier. Le travailleur social est souvent le dernier humain qui représente la société. Il tend la main, « la dernière chance », et aussi le rejet, le refus, l’exclusion.

Parfois, il faut beaucoup de courage pour faire respecter une règle, une décision. Le travailleur social est rarement conscient que toute une partie de son travail prendra la forme du contrôle, du respect de l’ordre établi.

La détresse de l’autre est présente, immédiate ; elle cogne dur.

Je pense à cette image d’Epinal, où le gentil travailleur social vient apporter son AIDE … Mais quelle aide ? Des mots, du temps qui se traduisent souvent par du blabla. Évidemment les aides bien matérielles existent … Mais pas tout le temps, avec mille conditions.

En résidence sociale, le responsable doit tenir ses objectifs, tenir son établissement, son budget. Il rend compte.

J’ai même connu pour Adoma (époque Sonacotra) le passage au tableau devant ses collègues, explication de la chute du TOC (taux d’occupation des chambres)… Mais rien sur les morts qui se succédaient, rien sur le taux d’occupation par les blattes…

Je ne sais rien du collègue, je ne peux que le saluer.

On n’en parle pas.

Des milliers de travailleurs sociaux dans les rues hier. Ils n’ont rien cassé. Ils ont revendiqué de l’argent, un peu de reconnaissance. Cela peut paraître bien corporatiste. Le travailleur social a une image d’une personne sympa, cool, pas vraiment dans la réalité.

Il s’occupe des enfants, des handicapés, des pauvres. On le sait, c’est un métier difficile « je ne pourrais pas, je suis bien trop sensible ».

Et pourtant, ils sont des milliers à le faire, des milliers à faire des horaires impossibles, des milliers à porter le poids de vies cassées.

Le salaire est minable, et les conditions de travail sont toujours très difficiles « on travaille avec l’humain ».

On n’en parle pas…

À travers eux, c’est de la société cassée dont on ne parle pas. Les « usagers », les personnes vulnérables sont voilées par cette « prise en charge ». Ils disparaissent dans des établissements, ils disparaissent derrière des réponses sociales et judiciaires. Les travailleurs sociaux forment un paravent gigantesque qui nous permet de penser « que tout va bien ».

On peut alors délirer sur des discours d’assimilation, d’ordre, de production… La société est malade, gravement malade.

Imaginons, un instant, que les travailleurs sociaux disparaissent. Nos rues seraient alors peuplées de personnes étranges, perdues. Il y aurait des enfants perdus, des personnes agressives, d’autres qui ont un corps tellement différent… Des cris, des pleurs, des anxiétés.

Pendant longtemps, la société a mis les établissements à la campagne, loin des regards. Quand je créais des établissements, j’entendais souvent, « vraiment, c’est bien, mais vous devriez demander à mon voisin ».

Travail social et société
Travail social et société

On n’en parle pas…

Des personnes qui ont décidé de servir l’autre… Il n’y a pas que les travailleurs sociaux qui sont au service, et tous les travailleurs sociaux ne sont pas forcément si soucieux des autres… Mais il reste une large part de travailleurs qui sont exemplaires, dévoués, consciencieux.

Ils ne sont pas les champions sportifs, les porteurs de discours… Ils sont simplement présents, là où il faut être.

Travail social et société
Travail social et société
Avatar photo

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

1 Response

  1. Avatar photo diane dit :

    BRAVO pour cet article et MERCI pour eux et pour elles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.