Le témoignage d’une femme maniaco-dépressive, à la rue, sans-abri et SDF en France

maniaco-dépressive et SDF
maniaco-dépressive et SDF

Une maniaco-dépressive en psychiatrie et à la rue

Je m’appelle Camille (pour de faux), je suis maniaco-dépressive (diagnostiquée à l’âge de 26 ans) et polytoxicomane. Je vais vous partager un témoignage d’une partie de mon histoire, j’ai conscience aujourd’hui de la chance que j’ai d’être encore en vie, même abimée mais en vie et en bonne santé. Après Six années de travail et de fêtes combinés en Angleterre, je fais une tentative de suicide en 2003 à l’arme blanche, je me retrouve en psychiatrie la bas puis je rentre en France et je fais des allers retours en psychiatrie et en addicto depuis 16 ans.


A cause d’un ras le bol et au surpoids dû aux traitements, j’ai arrêté trois fois mes médicaments brutalement (2004, 2008, 2018) ce qui est fortement déconseillé.
S’en est suivi à chaque fois de période à la rue, en bouffée délirante aiguë, (BDA) où je brûle mes papiers d’identité ou je les perds et je prends beaucoup de toxiques ou alcool pour anesthésier mes violentes émotions…


En 2004 et en 2008 j’ai passé deux hivers dehors avec des errances dans les rues de divers villes de France, sans argent, sans papiers ni téléphone, à manger parfois dans les poubelles, je dors dans les squats ou chez des hommes qui font la manche. Je me mets souvent en danger j’ai plusieurs fois utiliser mon corps en le donnant contre de la nourriture, de la drogue, de l’alcool, ou juste un repas chaud, parfois même des cigarettes….


Est-ce de la prostitution ? de la survie ? des abus ?


Il m’est aussi arrivé à Paris de voler les frites des clients du mac do directement sur leurs plateaux dans les restaurants… Je me souviens malheureusement de tout.
J’ai également à limoges, Nantes, Chateaubriant et Paris fait de très mauvaises rencontres ou j’ai subi des abus, mêmes des viols en réunions. Étant en délire, je ne me rendais pas compte de la gravité des situations sur le moment, c’est avec du recul, du repos et des médicaments que les souvenirs de ces horreurs me sont revenus à l’esprit et ne quittent plus.

Ces traumas m’ont marqué pour la vie, comme des blessures béantes qui ne se refermeront jamais complètement…. J’ai honte d’en parler, je me dit que je me suis laissée faire donc ce ne sont pas vraiment des viols mais j’étais enfermée donc me débattre aurait été plus dangereux, je ne voulais pas qu’on me frappe. J’y repense souvent et je n’ai porté plainte qu’une seule fois (affaire classée sans suite à limoges) mais ce dont je suis sure c’est que je n’étais pas CONSENTANTE.

IL N’Y A PAS DE SOLIDARITÉ A LA RUE QUAND ON EST UNE FEMME SDF SANS-ABRI ON DEVIENT UNE CIBLE, UNE PROIE, ON EST VULNÉRABLE

J’ai même parfois eu le sentiment d’être réduite à l’état d’animal. Je n’arrivais pas à faire la manche avec mes « collègues » car j’étais trop agressive. Dans les squats (Besançon, Vesoul, Nantes, Angers, Paris, Belfort) je m’occupais parfois d’enlever les seringues des gars trop défoncés par le faire après leur fix. Je m’occupais parfois des chiens, quand je me sentais à peu près bien, j’allais chercher de la nourriture gratos dans les assos (notamment à la croix rouge de Besançon).

Mais je n’aimais pas vivre en squats, sans chauffage ou électricité ou les mecs trop défoncés faisaient leurs besoins n’importe où, la puanteur m’empêchait de me reposer. Souvent je me suis fait héberger chez des mecs en échange de sexe, il n’y avait pas d’amour, mais je n’étais pas maltraitée, je pense notamment à Moon à Besançon qui était gentil à défaut d’être amoureux. Je me souviens de l’odeur étouffante de l’ammoniaque lorsqu’ils basaient la coke pour la fumer (crack).

Je me faisais souvent virer de partout à cause de la conso et de mes délires (mystiques) j’atterrissais à l’hôpital psychiatrique pour 6 mois ou un an….il était alors long et difficile de me faire redescendre de mes délires, j’avais des doses des médicaments (tercian) très élevées, puis venaient les descentes, les dépressions….


La « réinsertion » très difficile, je me sens à part, différente, l’impression de revenir de la guerre, ou d’un cauchemar de trois mois, parfois d’un rêve , car il m’arrive quand je suis à la rue de me sentir (brièvement) libre bizarrement ( pas joignable, je vais ou je veux, je fais ce que je veux, je n’ai de compte à rendre à personne, une SDF en vitrine, on m’ignore, j’aime ça)

L’année dernière, en octobre 2018, j’ai encore arrêté mes traitements, les conséquences ont été encore dramatiques, j’ai fini au crack à la Chapelle à Paris, très mal accompagnée d’un homme qui voulait se marier avec moi pour avoir des papiers et qui a jeté mes traitements en me disant « tu n’es pas folle il suffit juste de te comprendre ». un mois plus tard il me jette du squat et me frappe avec une ceinture en cuir dans le dos, me fout dehors avec un pied sans chaussure, quelques heures plus tard après avoir marché, j’ai le pied en sang et j’ai encore été victime d’un viol à Saint Denis.


Je ne sais plus combien de temps j’ai erré comme ça dans le 18eme, Aubervilliers, Saint Denis, tout est une peu flou dans ma tête, j’étais en délire. Je reprends conscience 20 jours plus tard lorsque ma sœur vient me voir à l’hôpital Ballanger à Sevran.

On m’apprend que j’ai disparu de la circulation pendant 10 jours (qu’ai-je fait ?) puis j’ai passé 5 jours aux urgences de Bichat INIDENTIFIABLE (incapable de dire qui je suis et sans papiers) puis mes parents ont été sollicités pour signer un PÉRIL IMMINANT pour que je sois mise en isolement pendant 15 jours où je ne me souviens de rien à part d’un dessin marron de mains sur les murs (j’apprendrais plus tard que j’ai joué avec mes excréments).


S’en est suivi 6 mois d’hospitalisation de secteur à Neuilly sur marne dans le 93, un vrai cauchemar de 6 mois. J’ai quand même craché mon anti psychotique début janvier, je suis repartie en délire mystique et lors d’une permission je ne suis pas rentrée à l’hôpital,, je les ai appelé pour rentrer , il m’ont dit « on est pas un hôtel, ,repasser par les urgences » du coup j’ai erré vers Aubervilliers j’ai subi deux abus en 3 jours… En avril 2019 j’arrive à la clinique de la borde, la galère est finie…


Nous sommes en décembre, ces souvenirs de violence et d’abus à cause du crack me hantent car c’était il y a seulement un an et j’ai du mal à me pardonner à moi-même d’avoir arrêté mes traitements. J’ai compris que je suis une victime des viols et violences que j’ai subi mais j’ai une part de responsabilité dans ces malheurs, celle d’arrêter mes traitements.

J’ai compris qu’il fallait que j’arrête de faire cela, que j’accepte ma pathologie et que je soigne mes addictions pour ne plus me mettre en danger et me respecter, et respecter mon corps. Ici à la clinique de la BORDE je suis en sécurité, je vois le psychiatre tous les jours, je parle avec moniteurs, les pensionnaires, je chante, je slam , j’écris , je fais du théâtre, de la peinture.

Je me soigne avec ces ateliers mais aussi en aidant les autres et en étant aidée par les autres pensionnaires, le club qui est l’essence même de cette clinique de psychothérapie institutionnelle, ici on travaille, on est pas payé car on est pas employé mais c’est du travail invisible et on se soigne grâce à ça. J’ai conscience d’avoir beaucoup de chance d’être ici.

Une femme à la rue maniaco-dépressives sans traitement et qui consomme un peu toutes les drogues est fortement en danger dans la rue.
J’ai souvent appelé le 115 mais je n’ai jamais eu de place au chaud pour dormir car je n’étais pas enceinte et je n’avais pas d’enfant. Je ne suis pas une voleuse, une braqueuse, une dealeuse, je me suis donc prostituée en quelques sortes pour SURVIVRE car parfois j’avais tellement faim et froid que j’ai cru en mourir….

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Camille Pour De Faux

Camille Pour De Faux

Je m’appelle Camille (pour de faux), je suis maniaco-dépressive (diagnostiquée à l’âge de 26 ans) et polytoxicomane.

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