TDI (Trouble Dissociatif de l’Identité) au travail

Multiple soi

J’ai déclaré mon TDI (Trouble Dissociatif de l’Identité) au travail
J’ai déclaré mon TDI (Trouble Dissociatif de l’Identité) au travail

J’ai déclaré mon TDI (Trouble Dissociatif de l’Identité) * au travail

Serena Davis

Témoignage TDI

37 ans. C’est mon âge. 16 ans. C’est le nombre d’années que j’ai passées en entreprise. C’est aussi le temps qu’il m’aura fallu pour déclarer mon exceptionnalité.

« Je ne suis pas comme vous »

Cette phrase, je l’ai gardée au fond de moi comme un secret honteux. Des maux qui embrumaient mon cœur et embuaient mes yeux. Un secret si lourd à porter que mes épaules elles-mêmes m’ont souvent supplié de lâcher. 

Masquer ma différence, c’était comme retenir un chien affamé devant un gibier. J’ai tiré sur ma laisse et je me suis blessée, étant tout à la fois l’animal apeuré et le maître au collier.

Las ! C’était si difficile. Il m’aura déjà fallu un tiers de vie pour accepter de me regarder en face, pour observer sans jugement chacun de mes visages dans ce miroir brisé, les regarder non comme des étrangetés mais comme une personnalité unique dans sa multiplicité.

La bienveillance commence par soi-même

Être soi dans un monde d’apparats, de normalisation des standards, de standardisation des normalités… C’est un parcours semé d’embûches dont l’issue, heureuse ou malheureuse, dépend de notre capacité à résister aux chocs. 

Je suis malade parce que j’ai dû encaisser. Comment peut-on en vouloir à l’enfant que j’étais de s’être créé une vie de rechange ? Ma petite fille a mis des fleurs et des couleurs pastel. Oh, oui, je suis naïve parce que je vois la vie en rose et que le gris arrange ! On tient mieux les gens par la peur. 

On m’a si souvent mise en garde. 

« Tais-toi, ne dis rien, ce n’est pas bien, il faut faire comme les autres. Regarde l’enfant là-bas, il est normal et sa vie est belle, et si tu es gentille, les gens t’aimeront, toi aussi… Alors, si tu fais ce que je te dis, tout ira bien pour toi, tu ne seras plus un poids ». 

Plie-toi, le ciel t’aimera !

Il y a quelques mois, ce même discours s’est répété sur mon lieu de travail.

Penser que j’allais me taire et courber l’échine, c’est mal me connaître ! Pour en arriver à 17 personnalités, vous imaginez bien que j’ai vécu pire 😊 ! 

Pour survivre à armes inégales, j’ai développé des forces mentales, comme le font toutes les personnes qui vivent avec une infirmité.

La différence est le roseau de l’ignorance.

S’ouvrir à la différence, c’est montrer qu’il existe d’autres voies possibles, c’est inviter les gens à s’interroger sur la manière de s’adapter pour bien se comprendre et mieux communiquer, c’est inviter l’entreprise à se poser les bonnes questions sur l’adaptabilité des postes et donc, la « qualité de vie au travail », c’est offrir à ses collègues la possibilité de partager, d’être à l’écoute, plus tolérants vis-à-vis d’eux-mêmes.

Une de mes personnalités s’est écrasée. Sensible, elle a été blessée. Pendant des mois, j’ai pleuré de nouvelles larmes, puisées dans la source intarissable de l’incrédulité.

Heureusement, une autre de mes alter s’est dressée face à l’adversité. La justicière a regardé le problème et l’a affronté pour nous toutes et pour toute. 

Alors, toutes ensembles, nous avons relevé notre working-girl. Parce que c’est ça, une équipe.

J’ai décidé de déclarer ma différence, de la nommer, même, d’assumer librement mon individualité pour redevenir cette femme résiliente et forte que j’ai toujours été, de dire : 

« Je ne suis pas comme vous »

Ensemble, nous allons nous adapter pour devenir meilleurs, et peut-être que vous aussi, vous allez découvrir qu’il n’y a rien de plus sain au monde que de s’accepter pour ne plus voir, après l’orage, que ce magnifique arc-en-ciel de couleurs qui se dessine dans un ciel de coton. 

Merci à tous ceux qui, lors de ma première journée de travail, m’ont écoutée, comprise et intégrée.

La meilleure équipe, c’est celle qui travaille dans la confiance et la sérénité, sans sourire forcé. Chacun de nous est la pièce du même puzzle de la fraternité.

*Le Trouble Dissociatif de l’Identité est un trouble de santé mentale grave reconnu au DSM-V et
caractérisé par la présence d’identités alternantes, appelées alter.
Ce trouble naît de traumatismes vécus très tôt, difficiles à supporter pour l’enfant. Refusant
l’intégration de ses personnalités, phase de développement naturelle vers l’âge de 8 ans, il va
laisser ses personnalités évoluer de manière autonome pour protéger ses souvenirs comme des
secrets enfouis.
Les personnes atteintes de TDI doivent faire face, dans leur quotidien, à des amnésies, des pertes
de repères temporels et spatiaux, des changements d’humeur, de comportements, de goûts et de
caractères qui peuvent apparaitre comme des incohérences aux yeux des personnes non
sensibilisées.
Le TDI reste une maladie générant beaucoup de souffrance et des crises ponctuelles immaitrisables
qui sont comme la résurgence de souvenirs traumatiques.

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Serena Davis

Née en 1985, Serena Davis est une écrivaine inclassable, auteure de deux ouvrages récents, une comédie romantique moderne « Les chats retombent toujours sur leurs pattes » et un roman mélodramatique sur la combativité féminine « Les pendules ne sont pas toujours à l’heure » coécrit avec sa maman, Mary White.

1 Response

  1. super ton article, je viens juste de le mettre en ligne ! on en apprend plus sur le TDI et la force que tu dégages. Bravo !

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