Tapie rose par Serena Davis sur Octobre Rose 2021

Doriane François, Harmonie - Tapie rose Octobre Rose 2021
Doriane François, Harmonie – Tapie rose Octobre Rose 2021

Octobre Rose 2021

Pendant que les médias se cassent le crâne à analyser le bien-fondé du « cancer-out » de Bernard Tapie, partout, des gens se mobilisent autour de la campagne de prévention du cancer du sein. Octobre se vêt en rose et on ne peut que louer cette immense chaîne de solidarité humaine, qui témoigne de la réussite de cet engagement collectif.

Prévenir, agir, guérir sont les mots forts de ce mois d’automne à la couleur d’été.

Si Octobre Rose nous permet de parler du cancer, il me semble important de donner la parole à celles qui le côtoient, non pas en tant que malades, mais en tant que femmes bien que, ne l’oublions pas, le cancer du sein touche aussi les hommes (moins de 1%). 

Ecoutons toutes ces femmes qui vivent avec la maladie et ses conséquences, tout à la fois physiques et psychologiques. Combattantes féminines, belles amazones, mères dévouées, beautés cicatricielles dont les soins, les visites médicales, les démarches administratives s’amoncèlent sur des épaules solides à l’apparence frêle.

Ecoutons toutes ces femmes dans le murmure de leur douleur. 

Chut ! Chut ! Chut ! Laissons-les parler. Ecoutons-les…

Ecoutons cette force au fond d’elles-mêmes, cette richesse ineffable ! Cette puissance féminine, cette détermination à vivre, cette générosité altière et inconditionnelle pour les autres, ces autres qui ne leur ressemblent plus, ces autres qui les regardent avec leurs yeux de non cancéreux. Taisons-nous, écoutons ! 

Chut ! Chut ! Chut !

Ne parlons pas du mal. Laissons-le s’envoler.

Chut ! Chut ! Chut ! 

Il est, parmi ces femmes malades, des artistes qui puisent leur inspiration au fin fond de leur âme, vivant au jour le jour, demain sera demain, projetant l’indicible sur le papier, dans la glaive ou sur la toile. Leurs œuvres, stupéfiantes de véracité, racontent leurs univers intérieurs, ces mondes qu’on ne voit pas. 

Chut ! Chut ! Chut ! Ecoutez.

Doriane François va parler.

  • Quelle femme es-tu, Doriane ?
  • Doriane, 50 ans, handicapée physique et moteur.
  • Quelle est ta maladie, Doriane ? 
  • Je suis atteinte de cancer ainsi que d’une neuropathie périphérique. Il est vrai que j’ai toujours craint les regards sur moi. Néanmoins, même si je vis dans un corps malade, cela ne me définit pas.
  • Que ressens-tu lorsque tu dessines ?
  • D’aussi loin que je me souvienne, je me suis mise à reproduire des dessins, où j’aimerais être. C’est comme si j’ouvrais une fenêtre sur un nouveau paysage, un monde féérique, un monde magique, un monde sans maladie, sans douleur, sans haine.

À ces mots, je voyage avec elle. Je ferme les yeux et me voilà transposée dans le monde des artistes. Je revois Chagall et son « Violoncelliste ». Je revois Séraphine et son arbre du paradis, cette conscience parallèle dont les autres ont peur, ceux qui ne vivent qu’au dehors. 

À présent, je regarde, j’observe le contraste entre cette mer placide et ce ciel tornadique, séparés par une ligne noire, vues de Sabine Maquet. 

Octobre-rose.-Sabine-Maquet.
Octobre-rose.-Sabine-Maquet.

Je revois Geneviève Asse, ses ciels et ses mers qui semblent se rejoindre dans un bleu plus bleu que bleu. « Je suis dedans et dehors », disait-elle. Je revois… oh mon dieu, je revis. Je suis dedans et dehors, moi aussi. 

Au milieu de ce ciel ouragan, un tapis de nuages roses, barbes à papa au milieu de ces ombres cabalistiques dont on se demande si elles sont un tour de notre esprit ou nées des inspirations oniriques de l’artiste. 

  • Quelle femme es-tu, Sabine ?
  • Question difficile ! Je dirais « madame Toutlemonde » : 50 ans, mère de famille, banlieusarde…Plus sérieusement : je crois qu’on est ce que l’on aime, ce que l’on fait et ce que l’on transmet. J’aurais besoin de dix mille lignes pour en parler mais comme ça, spontanément : je suis de passage mais pleine de vie !
  • Quelle est ta maladie ?
  • J’ai eu, en 2005, un cancer du sein. En novembre 2020, on a découvert une rechute sous forme de métastases à la plèvre et au péritoine : c’est ce qu’on appelle un cancer du sein métastasique.
  • Que ressens-tu lorsque tu peins ?
  • La plénitude et beaucoup de plaisir et d’émotion. J’ai l’impression de redécouvrir le monde avec plus d’intensité, de lumière. C’est aussi un exécutoire très sensuel, une autre manière de me reconnecter avec ce qu’il y a de plus profond en moi. 

Tapie, tapis, tapis, Tapie ! Tapis rose… Ecoutez ces femmes, elles chantent. Que l’on se taise un peu pour écouter ces voix féminines qui s’élèvent sous leur plafond de verre et regarder leurs mains danser dans l’air qui les révère et réverbère leurs rêves sur des murs agrandis.

Sur un tapis de roses, funambules, elles dansent et chantent… l’ode à la vie !

Mais bon, Bernard Tapie…

Musique : Abi. Lui.
Musique : Abi. Lui.
      Musique : Abi. Lui.

Rédacteur : Serena Davis (https://www.serenadavis.fr)

Les plus belles œuvres de ces deux artistes seront exposées dans la galerie éphémère de mon site en novembre et décembre 2021.

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Serena Davis

Née en 1985, Serena Davis est une écrivaine inclassable, auteure de deux ouvrages récents, une comédie romantique moderne « Les chats retombent toujours sur leurs pattes » et un roman mélodramatique sur la combativité féminine « Les pendules ne sont pas toujours à l’heure » coécrit avec sa maman, Mary White.

1 réponse

  1. Un très bel article sur Octobre Rose 2021 !!! Bravo Serena !

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