Réflexions autour de la série « Squid Game »

Squid Game
Squid Game

Squid Game : Si tu perds, tu meurs…pour de vrai.

Télématin alerte ou informe, la série Squid Game « est violente, interdite aux moins de seize ans, soyez vigilants expliquez à vos enfants ». Le monde titre : « Presque tous les CM2 ont vu Squid Game » : comment Netflix est devenue la nouvelle baby-sitter. »

Il semble donc qu’il y est un problème, série trop violente, mais intelligente… Je n’en sais rien. Je n’ai pas regardé, je ne regarderais pas, je vous invite juste à partager mes errances.

La puissance de tuer

Enfant, je jouais avec des pistolets en plastiques ; « pan, t’es mort ». C’était pour de semblant. Je ne sais pas pourquoi comme des millions d’enfants, je jouais au cow-boy, au policier, au gangster, à la guerre…

Plus tard, dans mes lectures, j’ai fait les constats rétrospectifs, qu’en effet les filles étaient peu dans ces jeux. j’ai vu aussi les questions psychologiques autour de ces jeux.

Mais je ne suis pas convaincu qu’il faille enlever les fausses armes aux enfants ;

Plus tard, les armes sont dangereuses, ce sont les deux-roues, puis les quatre-roues. On défie la mort, car nous sommes invincibles. La vie n’a pas encore altéré notre assurance infantile.

Certains perdent au jeu, ils meurent pour de vrai, et la vie continue pour les autres.

Ce n’est pas la première fois que la fascination de la mort et de la souffrance entrent dans les cours de récréation. « Pas cap » , jeu du foulard, et autres conneries. On a souvent un reste de héros dans nos rêves, on peut dépasser la douleur, la règle, la morale. On se crée son « soi-même » de légende.

Alors un film d’adultes, qui met en scène les minables, le jeu et les héros, c’est attractif. Enfin, un truc qui ne nous traite pas en gosses, les « barba papa » ont fait leur temps.

De plus, c’est interdit aux enfants, et les adultes sont captivés.

Les adultes captifs…

Ce n’est pas le premier film hyper violent, et pas le premier succès où le mépris de la vie humaine est un atout commercial. Tout se passe comme si le fait de sortir de la morale était libérateur. Je pense à ce Nazi qui dirigeait un camp de concentration, et dont le jeu consistait à tirer au hasard sur un prisonnier. Sa puissance au-delà de tout lui permettait de s’aimer.

Il est possible que dans une vie de frustration, on ait besoin de fantasmes immoraux. Il vaut mieux regarder un porno violent que de passer à la pratique. Nous avons le droit, par bonheur, à tous les fantasmes.

La pratique est dans une autre dimension.

Parfois, cela déborde, aujourd’hui aux Etats unis, trois hommes sont jugés. Un ancien flic, son fils, et un voisin, en voiture, ils ont poursuivi et tué un homme noir qui faisait son jogging.

Nos violences contenues débordent sur la route, dans les réseaux sociaux, dans les actes de la vie sociale…

Alors, regardez la série, si cela vous plaît, je n’ai aucun commentaire à vous faire.

Et les enfants… ?

Une amie a regardé la série avec sa fille de douze ans, en bonne-mère, elle a voulu expliquer. D’ailleurs, c’était ce matin la recommandation de la télé.

Pour la gamine, c’est super, tout le monde regarde, c’est bien fait… et le discours de sa mère, la gave par avance. Les parents se posent des problèmes pour un rien. Elle a bien vu que la morale de l’histoire, c’est que les fauchés ne valent rien. Sans argent, t’es une merde…

Que voulez-vous expliquer aux enfants ? Que votre plaisir est un plaisir régressif, qui fait de mal à personne qui participe à votre équilibre ? Tu vois mon fils, c’est comme regarder du porno, rouler trop vite, engueuler l’arbitre…

Vous allez expliquer ça ?

Non, vous allez parler de l’intelligence du film, qui décrit les travers de nos sociétés… Et évidemment vous ne regardez la série que pour compléter votre analyse sociologique… Vous pensez être crédible ?

Il y a longtemps, que votre parole ne vaut plus grand ’chose…

Selon votre âge, vous avez été éduqué, plus ou moins au couplet parental… Mais la télé, puis Internet ont mis les parents en désuétude…

Le Monde a raison, Netflix est devenue la nouvelle baby-sitter.

Que faire ? Débrancher les écrans ? Trop tard !

Montrer l’exemple ? Si votre enfant vous regarde encore, vous avez de la chance…

Alors sortez, jouez à un, deux, trois soleil … Pour de vrai !

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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