Shalimar dans le caniveau !

Dans ces merveilleuses années 80 , ce qui nous différenciait les unes des autres n’était ni la taille, ni le poids, ni même les fringues ou les bijoux  ; non ce qui nous différenciait c’était notre parfum, ce nuage que nous laissions derrière nous et encore aujourd’hui, je me souviens du parfum de toutes mes amies de l’époque, qui d’ailleurs pour la plupart sont restées amies fidèles et fidèles également à ce qui faisait leur image et leur magie : leur précieux flacon  !

Explosait partout des pubs plus belles les unes que les autres pour nous entraîner vers la parfumerie la plus proche.
Les hommes d’ailleurs se prêtaient au jeu tentant bien souvent maladroitement de deviner ce que nous portions, maladroitement non pas de par leur propre maladresse mais simplement parce qu’un parfum change sa fragrance d’une peau à une autre.
Nous savions en jouer et c’était bien souvent, la seule chose que nous leur laissions de notre passage la volupté olfactive qu’ils n’oublieraient jamais…
J’ai pour ma part adopté Coco de Chanel en ces années que je porte toujours.
Légères d’être des femmes dans un monde où nous avions encore notre place sans avoir ni l’envie ni le besoin de tirer la couverture plus à nous, nous travaillions ensemble quasi-es inséparables passant de 5 à 6 ou de 6 à 8 selon affinités et disponibilités sans jamais s’oublier et sans pourtant cet horrible instrument : ‘le téléphone portable’ !
Nous sévissions donc en meutes plus chipies les unes que les autres nous défendant et nous soutenant les unes et les autres devant quelques adversités que ce soit : hiérarchiques, masculines, amoureuses, familiales et même féminines…
Levant aussi bien le coude que la fourchette , Paris était à nous !
Notre univers de travail nous offrait un large panel de libertés, nous bossions beaucoup mais toujours ensemble allégeant celles qui avaient un surcroît de travail et pointant le matin et ou le soir pour celles qui habitaient loin où lors de certains impératifs…
Horaires variables, le bonheur ! Tant que nos 39 heures hebdomadaires étaient faites et calculées à la fin du mois tout allait bien, nous pouvions donc arriver très tôt ou partir très tard tant que le boulot était fait ‘no stress ‘ ! Bien sur, il nous arrivait de travailler plus selon le besoin de l’entreprise mais bien avant les fameux RTT (aberration sociale destinée à la surconsommation) nous pouvions soit bénéficier de longs week-end soit être payées plus.
Bref, revenons à nos parfums…
L’arrivée d’une petite nouvelle en nos locaux était toujours un moment de curiosité et de réjouissance, sans compter les bavardages, c’est ainsi que nous arrivât Shalimar , une petite minette d’une vingtaine d’années au look BCBG relativement hautaine et fière de l’être.
Nous avions quasiment toutes la trentaine et étions Chanel, Givenchy, Lancôme, nous accueillions donc là notre première Guerlain !
Ce petit bout de chou de moins d’1m60 toute menue aux longs cheveux châtains attirât de suite notre attention… de chipies… Elle était à la fois attirée et intimidée par les hommes ce qui retint d’autant plus notre attention car là où nous travaillions et quoiqu’on dise aujourd’hui de ces années là, le sexisme n’existait pas et même si les hommes y étaient majoritaires, ils n’y avaient pas majoritairement l’autorité, il y avait des cons comme partout mais de manière très paritaire hommes et femmes confondus et si parfois la hiérarchie y était pesante elle émanait sans conteste des femmes !
La liberté en cette entreprise reflétait la liberté de l’époque, à savoir qu’il valait mieux frapper à la porte d’un bureau plutôt que d’y entrer sans crier gare au risque d’entendre une tête se cogner sous un bureau tout en remarquant le sourire crispé de l’homme qui y était assis ou pire coitus interruptus …
Comme il faut le préciser aujourd’hui ces réunions particulières étaient consenties par les deux parties et d’ailleurs certaines aboutirent à de très jolis mariages !

Notre petite Shalimar au joli prénom de Sandrine s’adaptait difficilement à l’ambiance extrêmement décontractée de notre lieu, bien que, nous l’avions remarqué, elle portait grand intérêt quoique discret à notre jeune coursier qui semblait tout droit arrivé de Californie et c’est ainsi que pour la détendre quelque peu nous allions pousser un peu plus loin nos moments apéro resto dijo en organisant un petit after job chez moi qui habitais à 15 minutes à pieds et toute proche de stations de métro.

Nous nous connaissions toutes et connaissions donc toutes nos limites ainsi que les limites des unes et des autres et Sandrine nous affirmât être imbattable à l’alcool en sirotant paisiblement ses verres de ‘Mimosas’ les un derrière les autres bien installée dans mon salon clopant à tout va comme nous toutes ou presque.
De papotages grivois en bavardages de concierges nous partîmes toutes ensembles dîner au resto du coin, la petite conservant sa droiture.
Quelques cocktails et 2 bouteilles de Bardolino plus tard  ses paroles nous semblaient beaucoup moins claires ce qui évidemment commençât à nous intéresser bien que nous lui répétions de ne pas tenter de nous suivre sur la route alcoolisée de l’after job du vendredi soir, route que nous empruntions depuis un bon nombre d’années….
C’est au sortir du petit bar après resto, sans doute la coupe de champagne de trop, que Shalimar après avoir raté le dénivellement du trottoir s’installât confortablement dans le caniveau s’enveloppant dans son manteau en cachemire nous demandant de bien vouloir nous taire afin qu’elle puisse y dormir tranquillement…

Pour cela il est regrettable que les photos n’étaient pas si aisées qu’aujourd’hui quoique non les souvenirs sont et resteront les plus puissants.
Il ne nous fut pas facile de la déloger de son hôtel de fortune d’autant plus avec les fous rires qui communiquaient.
Sur le chemin du retour pourtant très court, il y eut plusieurs arrêts ‘tenir cheveux pencher la tête’ Shalimar ne pouvait plus rien pour elle…

Ne se souvenant que peu ou prou de ses exploits de la veille c’est chez moi qu’elle émergeât doucement le lendemain matin, tenant fébrilement sa tasse de café mais un large sourire aux lèvres en recevant mes compléments sur ses oublis, devenant enfin simple nana des années 80 et c’est donc en riant qu’elle prononçât ces mots en levant sa tasse :

– A Shalimar dans le caniveau !

Les jours suivants, Sandrine trouvât ses marques parmi nous abandonnant une attitude hautaine et s’ acoquinât joyeusement avec notre notre surfeur de LA ce que nous sûmes par cette flagrante fragrance Shalimar qu’il laissait sur son passage…


A mes amies  

diane journal abrasif

Diane [Auteure]

Femme psy - Auteure - Présidente d'une association luttant contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Ma plume peut être aussi corrosive que compatissante selon l'actualité. Acide où humoristique selon mon humeur !

2 Responses

  1. appel aux dons sdf Lionel Belarbi dit :

    c’est frais, c’est doux, c’est fou ! j’adore !

  2. Avatar photo QuiCouYou dit :

    Ce doux parfum de liberté de ces belles années où Diane a laissé la plume s’envoler avec légèreté
    Merci Diane

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