Romain Dupuy « Avant j’étais fou » – par Loris A. Brusneld

Regard Romain Dupuy
Regard Romain Dupuy


« je me suis toujours senti différent : de ma famille, de mes amis, des autres… Très autocentré, je vivais dans un monde à part, je vivais dans mes rêves ».

Romain

Romain Dupuy


C’est l’histoire d’un petit garçon, il s’appelle Romain Dupuy.
Depuis qu’il est né il est très agité : hyper actif dirait on maintenant.
Au quotidien, à mesure qu’il grandit, ses troubles du comportement s’accentuent au fil des déménagements successifs justifiés par l’activité militaire de son père.
Pour ne rien arranger à son état psychique instable, il regarde en cachette des films ultras violents pour son âge, joue à des jeux vidéo qui le sont tout autant et fait régulièrement des cauchemars troublants et morbides.


Adolescent, il devient ingérable : on note son immaturité, il perturbe les cours et se fait virer de plusieurs établissements.
Mais son cas n’intéresse pas franchement le corps médical alors Romain continue d’évoluer avec des troubles qui s’accentuent.
Adolescent, une rupture sentimentale violente fini de le déstructurer ; il se désociabilise de plus en plus et sombre dans la dépression.
Sur le chemin de sa détresse il croise des personnes qui lui apportent bienveillance d’un côté mais de l’autre le cannabis dont il est convaincu de l’innocuité tant cette plante lui procure aide et réconfort.
Il a une 20aine d’année quand il se retrouve victime d’un grave accident de la route.

Roulant à une vitesse excessive et sous l’emprise d’une grosse dose de stupéfiants, il s’endort brutalement au volant.
Durant son hospitalisation il refuse de prendre les médicaments qu’on lui prescrit ; Romain ne jurer que par le naturel et a développé une véritable aversion envers les médicaments.
On fait alors intervenir une psychiatre qui lui administre de force un traitement qui le fait sombrer dans une première bouffée délirante le conduisant tout droit aux urgences psychiatriques.
Il vit très mal cette hospitalisation, se sent persécuté et commence à nourrir une haine paranoïaque à l’égard du système médical.


Aussi à sa sortie quand on lui diagnostique une schizophrénie il ne l’entend pas : d’une part du fait du caractère psychotique de cette pathologie (la personne n’a pas conscience de sa maladie et ne peut donc l’admettre) d’autre part sa méfiance maladive envers le corps médical est devenue telle qu’il n’a plus aucune confiance.
Mais ses angoisses étant de plus en plus envahissantes, Romain a recourt de manière excessive au cannabis avec lequel il est convaincu d’avoir trouvé « le remède ».
C’est le piège dans lequel tombent les 3/4 des schizophrènes : ils déclenchent leur maladie avec une consommation excessive de cannabis puis l’entretiennent avec le même toxique et c’est la spirale infernale.


Ses doses augmentent chaque jour un peu plus et les crises se succèdent.
Ses conduites nocives le mettent en péril.
Sa mère craint pour sa vie et celle des autres.
Elle essaie de le faire hospitaliser d’office mais on ne lui octroi que des petits aller retour.
Sa consommation de cannabis augmente encore et Romain Dupuy devient de plus en plus agressif : il s’en prend à ses animaux, sa famille, sa compagne…


Sa mère est désemparée : ni les violences verbales et physiques sur autrui, ni ses comportements anormaux et dangereux n’alertent les structures judiciaires :  la police se contente d’enregistrer les plaintes puis de les classer sans suite car les faits de violence de Romain Dupuy « ne se produisent pas sur la voie publique et sont considérés comme litige familial ».

Coté médical Marie Claire Dupuy, à force de sollicitations, se fait menacer d’être internée.
En outre on refusera son ultime demande de prise en charge de son fils avec cet argument : « on le laisse passer à l’acte et on pourra alors justifier de son enfermement ».

Ainsi chacun sait qu’un drame va se produire mais PERSONNE NE BOUGE.
C’est chronique d’une mort annoncée.
Ensuite tout va très vite.
Le 17 décembre 2004 Romain Dupuy s’est fait agresser la veille par des dealers ; il est en plein délire de persécution.

Dans la nuit, il part à la recherche de ses agresseurs après avoir  fumé une quinzaine de joints, s’être armé d’un couteau à désosser,  avoir placé des visses dans ses poches  » pour éloigner les chiens » et s’être paré d’une coque de boxeur pour ne pas être mordu aux parties génitales.
Il retourne sur les lieux, en vain.
Plus loin il l’aperçoit l’hôpital psychiatrique dans lequel il avait été hospitalisé.
Sa paranoïa se renforce à la vue de cet endroit dans lequel il avait vécu son hospitalisation comme un traumatisme. 

Il s’en approche, longe l’enceinte du bâtiment et s’introduit  dans l’hôpital.
Dans un état second Romain Dupuy déambule dans les couloirs comme dans un jeu vidéo.

La scène se déroule dans sa tête comme dans un film dans lequel il serait spectateur de l’action.

Sur le qui vive et dans la crainte de croiser un « ennemi », il est finalement surpris par deux infirmières qui lui demandent ce qu’il fait dans les couloirs.

Se sentant attaqué, pour toute réponse, il les exécute de manière ignoble et rentre chez lui.
Il ne sera arrêté que fin janvier 2005.
……………………………………..


Aujourd’hui Romain Dupuy a 37 ans.
Cela fait plus de 16 ans qu’il est hospitalisé dans l’UMD de Cadillac.
Son comportement est exemplaire : c’est un moteur pour ses « codétenus », on parle moins de patients car dans cette structure fermée le régime y est carcéral.
Sous psychotrope, il n’a plus jamais refait de crise depuis son placement à la suite d’un procès qui l’avait déclaré pénalement irresponsable.
Dans cet établissement on ne note aucun écart de comportement depuis son arrivée et sa marge de progression est impressionnante.


Son traitement médicamenteux est léger mais très bien dosé, la thérapie cognitive lui a permis une prise de conscience de sa maladie, de la dangerosité de la drogue et de l’importance de son traitement.
Ses journées sont rythmées par différents ateliers d’arts thérapie : Romain Dupuy compose des morceaux de Rap, il peint, il écrit… son hygiène de vie est irréprochable aussi bien au niveau alimentaire que corporel : il pratique le yoga qui lui procure sérénité et contrôle de lui même ; il s’intéresse aussi à la philosophie et maintenant il aime communiquer : il n’est plus « enfermé dans son monde ».
Mais Romain fait toujours peur.


À l’opinion publique et aux politiques puisque côté soignant il n’est plus considéré comme dangereux.
Il dénote avec le paysage de l’UMD où de « vrais fous », des malades mentaux que l’on pourrait classifier eux d’incurables, de véritables bombes à retardement prêtes à exploser, peuplent les couloirs de l’hôpital.
Romain n’a plus rien à faire dans cet établissement mais l’administration lui refuse un transfert dans un hôpital psychiatrique dit classique, en unité fermé.
On le lui refuse car Romain Dupuy effraie : fou un jour, fou toujours, et si Romain recommençait ?


Bien sûr que le cancéreux qui arrête sa chimio a toutes les chances de voir revenir son cancer.
Évidemment que le diabétique sans son insuline risque de tomber dans un coma.
Le cardiaque qui arrête brusquement son bêta bloquant a également une forte probabilité de faire un infarctus.
Alors oui il est possible qu’en cessant son traitement et en replongeant dans le cannabis comme n’importe quel individu hors de contrôle ayant une telle pathologie, un drame pourrait de nouveau arriver.
Mais pourquoi voulez vous que Romain Dupuy arrête ses traitements et reprenne des toxiques ?


Le pensez vous fou au point d’imaginer que maintenant, alors qu’il est en pleine possession de ses facultés mentales et après avoir passé plus de 16 années dans une telle unité de soins aux méthodes aussi drastiques et carcérales Romain Dupuy qui a engagé un travail de fond sur lui même, sur le long terme, aurait envie de retourner en arrière et régresser dans cet état d' »être déshumanisé » comme il se décrit lui même à l’époque du drame  ?
Les experts sont tous unanimes : Romain Dupuy n’est ni un pervers, ni un manipulateur, ni un simulateur.
Romain Dupuy c’est vous ou moi avec une maladie mais qui est à présent prise en charge et traitée.


Il n’a jamais réclamé sa liberté mais simplement un accompagnement thérapeutique dans un hôpital psychiatrique classique, en unité fermée, comme n’importe quel malade peut prétendre avec une évolution satisfaisante et une stabilisation de sa maladie.
Car aujourd’hui les différents tribunaux se sont tous déclarés eux même « incompétents » –  la dernière convocation en date étant celle du juge des libertés et de la détention le 29 avril 2021 – à décider d’un transfert de Romain Dupuy vers un hôpital classique.

2 procès ont lieu le 22 juin 2021 dont l’un a pour but de saisir le tribunal administratif en vue d’une intégration dans un service classique comme cela a toujours été validé par le corps médical qui le déclare apte à un tel transfert mais la préfète s’oppose à émettre son approbation contrairement à ce que prévoit la loi.
En attendant le résultat de cette nouvelle audience que décide t-on pour son avenir ?
QUI décidera de son avenir ?

La pétition change point org :

Pour le transfert de Romain Dupuy vers un hôpital psychiatrique classique.

http://chng.it/4tHT9MPZ


Total Page Visits: 1752 - Today Page Visits: 4

Loris A. Brusneld

Après un premier ouvrage de poésies « Ero Tyco » tiré de la trilogie éponyme, elle s’apprête à sortir un roman : « Paris - Alger sans toi(t) » et travaille actuellement sur la biographie de Romain Dupuy (L’affaire des infirmières de Pau).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *