Réveillon de Noël : Journal d’un banal confiné 2

Covid 19 - Réveillon de Noël
Covid 19 – Réveillon de Noël

Onze heures (Réveillon de Noël)

C’est ce qu’il me manquait pour bénéficier de mes droits au chômage, dixit le 3949, le numéro du bonheur confiné.

Une voix féminine, stricte, qui applique les consignes. 

« Vous avez travaillé 979 heures, vos droits sont ouvrables à 990 heures. »

Qui fait son travail.

Je dis à cette voix que je vais certainement écrire un morceau de musique d’onze heures, étant musicien, pour mettre un peu d’humour dans la conversation, mais en face, rien.

Pas de signe auditif d’empathie

Il faut peut-être apprendre à les partager, ces moments de légère empathie entre un fonctionnaire, ou un sous-traitant de fonctionnaire, et un usager, ou un client, via téléphone, ou « visio ».

Je suis donc toujours au R.S.A., mais après entrevue avec une assistante sociale de secteur, je suis ramené vers Paul Emploi parce que je ne suis pas assez précaire pour ne pas aller vers le marché du travail.

Et de me vanter les orientations exceptionnelles de Paul vers des formations, des bilans de compétences, etc. 

Et moi de dire : j’ai déjà fait ce chemin, faut-il vraiment que je refasse un tour de manège ?

J’explique que ce statut me convient parce que je peux m’investir dans de l’associatif et du bénévolat.

Mais vraisemblablement la personne coche simplement les bonnes cases du dossier, derrière son masque, et je repense à la phrase de Kafka :

« Les chaînes de l’humanité torturée sont en papiers de ministères. »

Numérisées ou non.

Alors je repense à Ali qui est parti « tenter sa chance » ailleurs, dans ce pays qui laisse les catholiques bouffer leur dinde mais laisse crever la culture, (le culte avant la culture), et qui communique à longueur de temps sur sa prétendue laïcité. 

Et là je deviens président.

Je pisse sur cette laïcité prétendue, sur ce culte républicain : je déboulonne le buste de De Gaulle et d’Adenauer à Berlin, je déboulonne le buste des esclavagistes nantais, rochelais, bordelais, villes où je rebaptise le nom des rues que j’ai aimé. Celles que j’ai haï.

J’enrubanne de toutes les couleurs le Pont de pierre à Bordeaux où il y a vingt deux ans j’ai convaincu un type déprimé de sauter de désespoir dans la Garonne.

Je fonce à cheval en Sibérie.

J’ordonne l’anéantissement de tous les data centers.

Je réponds à mon chef, en 1999, à Paris, que je ne préfèrerais pas faire le travail qu’il me propose.

Je réponds à une femme, croisée en 2017, que je ne souhaite pas rester chez elle, que je ne souhaite pas la fréquenter plus longtemps.

J’enterre mon chien où je le souhaite.

J’interdis la chasse et rend mon mandat présidentiel après quelques heures à un passant de la rue Myrrha, et il constitue un nouveau cabinet ministériel : un invalide errant à Paris, un chien perdu à Bordeaux, un gamin titubant à Poitiers. Ils aménagent une partie de la Seine asséchée pour y construire des cabanes et planter de la verdure.

Un ingénieur retraité trouve un procédé permettant de faire fondre le béton par un procédé simple et peu onéreux, et ce ciment fondu coule dans les veines du pouvoir, de tous les petits soldats de l’ordre, et les paralyse peu à peu, les rendant à leur tour statues.

Je creuse un tunnel qui me mène à Sallent de Gallego, où je creuse mon terrier et me repose.

Une sacrée journée, ce réveillon de Noël.

A SUIVRE

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Frédéric Pouic (Auteur)

J'habite ; luxe. Quatre murs et un toit ; luxe. Sans voisins excédés par le bruit que je peux faire ; luxe. J'ai un rythme de sommeil haché, coupé, comme ces marins qui partent sur leurs jets marins, sauf que moi, je ne fais pas la course ; luxe. Sinon, tout va bien : j'ai des "papiers". Je suis "en règle". Du confort, donc, qui déborde de partout.

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