Sans-Abris : Un regard sinon rien ! Par CroisePattes

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Les sans-abris et l’exclusion

Pour l’Armée du salut, la reconnaissance d’un sans-abri commence par la chose la plus simple qui soit : le regard. C’est le thème de la campagne « L’exclusion tue » que l’association a lancé en début d’hiver.Pour Alain Duchêne, président de l’Armée du salut, « de plus en plus, ces gens sont à la rue. On ne les voit plus, on les ignore complètement et ils sont transparents.

C’est l’occasion pour nous de dire que ces gens là sont dans des situations particulières et que c’est intolérable ».Interrogé par Le Parisien, il dit comprendre « qu’il puisse être, pour certains, difficile d’entrer directement en relation avec des êtres qui leur sont étranges. Un regard d’amour, de compassion, peut en dire aussi long qu’un contact verbal. Le regard, c’est le démarrage de quelque chose ».

Alain Duchêne reconnaît avoir déjà ignoré, lui-même, un exclu « il y a une dizaine d’années, dans une rame du métro. Je me trouvais en uniforme, avec le képi de l’Armée du salut, quand un gars qui faisait la manche est passé devant moi. J’ai baissé la tête. Puis je suis descendu à la station suivante, rouge de honte (…). Cela montre que même les professionnels que nous sommes ne sont pas à l’abri d’une très grande maladresse ».

Loin de moi l’idée de dénigrer l’initiative de cette association, bien au contraire, mais simplement, dans l’intitulé de l’article publié sur le blog RMC, j’ai ressenti comme un malaise. Tel quel, le titre de l’article :
« Avez-vous déjà détourné le regard devant un sans-abri… ? »

un regard sinon rien de ervé

Il m’a semblé, tout de suite, que ce genre d’accroche amène à la culpabilisation parce que oui, tout un chacun a, au moins une fois, détourné le regard quand le-dit SDF est alcoolisé, braillard, sale, puant, invectivant,… parce que en voulant à la terre entière de la misère dans laquelle il vit, parce que complètement déconnecté, souvent, des réalités et que parfois une main tendue ou tout simplement un regard peut sembler être une agression. Pourquoi celui qu’on ne voit plus, tout à coup, trouverait un intérêt pour le quidam logé qui ne fait que passer ?


Et puis aussi, et tout simplement, ce SDF nous renvoie à nos plus grandes craintes : celles de perdre tout et dériver dans nos rues.Pour ma part, j’ai maintes fois refusé les mains tendues me croyant assez blindé pour affronter ma condition de SDF. Mais jamais les regards. Parce que le regard, ce miroir de l’âme, est parfois plus salvateur qu’une pièce de monnaie et une boisson chaude.Contrairement aux idées reçues, on ne se contente pas de vivre à la rue. On y survie.

On ne s’y habitue pas, on s’en contente en attendant de s’en sortir. Le temps aidant, des habitudes de « non-vie » se créaient tout comme s’installent les habitudes quotidiennes ou le train-train quotidien d’un « bien-logé ». C’est la somme du temps passé dans la rue et dans l’indifférence qui tue.Oui, regardons-le ce SDF, avant qu’il ne fasse partie de la cohorte des invisibles, des fantômes au ras du sol. Regarde-le celui-ci que tu croises lorsque tu sors de chez toi pour que lui puisse un jour faire comme toi en sortant de chez lui. Il lui faut juste pour ça sortir de la rue. Un regard, c’est un bon début.

Au passage : Sous la dénomination SDF, il est important d’avoir à l’esprit que sous cet estampillage de trois lettres politiquement correctes se « loge » pas mal de catégories de précaires qui vont de la famille expulsée aux travailleurs pauvres, en passant par des étudiants qui le sont tout autant, des accidentés de la vie (divorce, chômage, perte d’un être cher, maladie,…), des mômes en errances (sortis de la DDASS, viré par les parents en cas d’échec scolaire…), des Sans-Papiers qui travaillent mais n’ont pas droit d’existence légale, des Rroms Européens Schengenisés, des ex-taulards et des ex-malades psy sans suivi,…

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Ervé Croisepattes

Ervé Croisepattes

Ervé (sans le H, ça fait longtemps que je l'ai fumé), 47 ans, 24 ans de vie en marge, SDF, j'ai été travailleur social, animateur socio_culturel, artisan de ma propre vie (musique, écriture, dessin...) J'ai "grandi" à la DDASS (actuelle ASE)de l'âge de 6 mois à 17 ans, marginal respectueux de ses contemporains (sauf les cons bien sur). Je vis de petits boulots un peu partout en France. Utilise twitter pour déconner, informer, dénoncer, et trouver justement des petits boulots. Refuse toutes aides sociales par fierté. Fatigué par cette vie mais têtu pour lui faire la nique. Je ne rêve plus depuis longtemps mais reste contemplatif du monde qui m'entoure même si parfois il est à vomir.

1 réponse

  1. Avatar Vessiot dit :

    Bonsoir le Journal abrasif 🙂

    Un peu tristounette ce soir, quelqu’un me manque, pourtant, il n’est pas si loin de moi que celà.. 🙂

    Mais les articles que j’ai lus dans votre journal, m’ont reconfortee, comme toujours, et ça fait du bien 🙂

    Merci encore une fois 🙂

    A bientôt 🙂

    Pascale 🙂

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