[Réflexion] Femmes, race et classe d’Angela Davis

Femmes, race et classe d’Angela Davis
Femmes, race et classe d’Angela Davis : crédit : https://www.desfemmes.fr/

Réflexions suite à la lecture de Femmes, race et classe d’Angela Davis

Une vision en noir ou blanc…

Ma vision binaire …

Vous connaissez l’histoire, il y a les bons et les mauvais. Au début tu crois des conneries, les Indiens sont méchants, et les cow-boys sont les gentils, You hou Rintintin ! Tu grandis, tu découvres que la vérité ce n’est pas tout à fait ça, même pas du tout ça. Les cow-boys étaient des envahisseurs sanguinaires, des belles saloperies qui ont même stérilisé les Indiens jusqu’aux années 70 …

(Intéressant cette maîtrise de la natalité en pleine crise de l’avortement au pays des cow-boy …)

Mais revenons à cette histoire des bons, des méchants, du monde binaire, de ce monde où c’est noir ou c’est blanc. A la lecture du livre d’Angela Davis, je me suis rendu compte que je me trimballe encore une image tronquée, binaire : je croyais que toutes les luttes contre les oppressions étaient des luttes fraternelles, bref antisexisme, anti raciste, anti capitaliste ne feraient qu’un … eh, bien mon doigt dans l’œil jusqu’au coude !

« La femme en premier, le Nègre en dernier, voilà mon programme » (George Francis Train)

En effet, cette maxime résume bien le conflit qui anima la fin du XIXe siècle. Les esclaves venaient d’être affranchis, mais ils n’étaient pas citoyens pour autant. L’essentiel pour les nordistes n’était pas tant la libération de noirs, mais le développement du capitalisme du Nord. Ainsi, l’économie avait un nouvel essor, avec une main d’œuvre disponible et pas chère.

Quant aux femmes, de leur côté elles revendiquaient leur citoyenneté. Les suffragettes commençaient à faire du bruit.

Les hommes blancs devaient adapter la société. Le problème se posa de la sorte : les noirs ou les femmes. Alors le mouvement féministe pour une grande partie et pour rallier les sœurs du sud adopta des principes racistes. Les femmes (blanches) sont d’une culture bien supérieure, elles portent la nation blanche.

Quant aux noirs … ils restent bien inférieurs.

Au passage, il faut remarquer que la position la plus inconfortable est celle de femme noire, elle cumule trois handicaps : femme, noire et pauvre.

En avant pour le jeu de massacre …

Angela Davis décrit ce conflit, son évolution avec maints détails, une précision historique et philosophique pertinente. Je vais me contenter de gros traits :

Le rejet des noirs autorise les lynchages, l’exploitation, la création du mythe du violeur noir, et de la pute noire. La société se construit dans une cruauté sans borne. Les gamines racontent leur plaisir à voir des nègres brûler sur la place publique, comme s’il s’agissait d’un feu d’artifices.

« Une fois qu’on a accepté que les noirs ont une sexualité bestiale et des besoins irrépressibles, la race entière est investie de la même bestialité. Si les Noirs regardent les femmes blanches comme des objets sexuels, les femmes noires doivent certainement accepter avec plaisir les attentions sexuelles des hommes blancs. Dans la mesure où les femmes noires sont considérées comme des femmes de mauvaise vie et des putains, leurs protestations contre le viol perdent tout crédit.

Dans les années 1920, un homme politique célèbre dans le Sud déclara qu’il n’existait aucune « fille vertueuse de plus de quatorze ans dans le peuple de couleur »

La bonne oppression ?

La bataille pour être reconnues prioritaires dans l’émancipation sociale ne s’arrête pas là. Pour certaines féministes, leur sort dépend du maintien de l’oppression que les noirs et les pauvres.

« Susan B. Anthony fut exclue de la convention du syndicat National du travail parce qu’elle avait encouragé des ouvrières typographes à saboter une grève. Elle se défendit en disant : « les hommes subissent de grandes injustices dans ce monde, entre la réalité du travail et celle du capital, mais en comparaison de celles dont souffrent les femmes à qui on ferme la porte de la vie professionnelle, ces injustices sont une goutte d’eau dans la mer ».

Le tri du bon oppressé perdure, et l’égoïsme de bataille est une brèche ouverte à la monstruosité : « On a appris que, sous les auspices de la Commission Eugéniste de Caroline du Nord, 7686 femmes avaient été stérilisées depuis 1933. Le principe invoqué était l’arrêt de la reproduction des « débiles mentaux ». Pourtant, 5000 de ces femmes étaient noires. Selon Brenda Feigen, l’avocate de Nial Ruth Cox, les derniers chiffres de Caroline du Nord n’étaient pas plus encourageants : « les statistiques dont je dispose révèlent que près de 65% des femmes stérilisées en Caroline du Nord depuis 1964 étaient noires et 35 % blanches »

Le massacre concerna en particulier des Amérindiens « Est-il possible qu’en l’espace d’une seule année (1972), le nombre de stérilisations aux Etats Unis ait pu égaler celui de toute l’époque nazie ? (250 000) »

Merci Angela…

Ce n’est par hasard qu’Angela Davis est une grande dame. A travers ce livre précis, fouillé et historique, elle nous enseigne des leçons de militantisme. La libération ne peut pas être partielle, la liberté c’est de sortir du joug de cette société capitaliste.

Le sexisme, le racisme, l’oppression financière et la destruction de la planète sont les fruits de notre société, ils ont à la fois les poisons qui nous tuent et les clivages qui nous éparpillent. Il suffit de regarder nos « camps politiques » incapables de s’unir, nos aveuglements qui priorisent une cause pour une autre.

 En lisant ce livre j’ai pensé au vieux PCF qui gueulait contre les étrangers, aux anticapitalistes qui sont anti-écolos, aux machistes qui pilotent les partis politiques aux enfants de la Creuse qui ont pu subir l’impossible sans de réactions politiques.

Mais il faut que je vous dise, le camp de l’espoir, de l’union, de l’intelligence a été incarné dans cette Histoire par les femmes noires, vous savez celles qui ne comptaient pas.

Angela  Yannick Noah

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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