Quelques lectures féministes …

Quelques lectures féministes …
Quelques lectures féministes …

Quelques lectures féministes …

Non, évidemment que non, les écrits féministes ne sont pas réservés aux femmes, ils concernent les hommes, et les femmes, militantes ou pas, révoltées ou pas.

Je vous propose deux lectures très différentes.

Apprendre à transgresser. Bell Hooks (éditions sylepse)

Autant vous le dire tout de suite, le titre a été pour moi, plus accrocheur que le contenu ; le livre est bon, mais il s’installe sur un récit de vie militant et universitaire aux USA. Mon appétit littéraire est progressivement tombé, sans doute car cet univers ne me parlait pas.

Néanmoins, je voudrais vous partager deux idées que je trouve essentielles :

Le système bancaire éducatif.

L’expression vient du brésilien Paulo Freire. « Là où les étudiant.es sont considéré.es comme de simple consommateur.rices passif.ves »

Cette expression a pour moi énormément de sens, elle explique notre système d’enseigenment. J’ai encore en souvenir ce premier cours de DESS (bac +5) où la responsable de formation s’est adressée aux étudiant.es conventionnel.es « C’est la pemière fois que l’on va vous demander de réfléchir »

Tous les jours, je rencontre des personnes oppressées par ce système éducatif comptable, elles pensent que l’intelligence est un cumul de données, que leur réflexion n’a pas de valeur.

Bell Hooks défend un enseignement critique, ancré dans les fondements des acteurs : « Le manque de volonté d’inclure la conscience de race, de sexe et de classe sociale vient souvent de la peur que les cours deviennent incontrôlables, que les émotions et les passions ne puissent pas être contenues… L’expérience des enseignant.es cherchant à développer l’esprit critique montre que beaucoup d’étudiant.es, en particulier des étudiant.es racisé.es, peuvent ne pas du tout se sentir « en sécurité » dans un contexte neutre ; C’est l’absence de sens de sécurité qui provoque souvent les silences prolongés, ou l’absence d’implication des étudiant.es »

Je pense, tout comme l’auteure que d’aborder la formation dans une conception de neutralité où tout le monde est identique ne peut servir que les tenant de la « normalité ou majorité. Dans une classe d’homme, la femme devient une « anomalie », dans une classe blanche, le noir devient une anomalie, et enfin parmi les riches le pauvre est une anomalie.

Je me souviens de mon fils blanc qui s’est retrouvé dans une classe de noirs, il a pris ses jambes à son cou.

Il s’agit dons de revisiter toutes les formations, tous les écrits sous des aspects critiques, et de les confronter aux différentes caractéristiques des populations étudiantes. Je pense, par exemple à deux de mes articles précédents, où je m’étonnais que les nouveaux penseurs de l’action sociale imaginent seulement maintenant que le travail social se fait avec les bénéficiaires. Quand on est un enfant des classes populaires, c’est une évidence…

L’écriture inclusive.

Bell Hooks n’en parle pas, elle la pratique ; ce n’est pas le premier ouvrage où l’écriture inclusive n’est plus un discours, mais une écriture réalisée. Je découvre ainsi de nouveaux pronoms, de nouveaux accords… Et la lecture est évidente.

Évidente, car elle se lit aisément, évidente également, car elle permet la précision. Ainsi dans la phrase « L’expérience des enseignant.es cherchant à développer l’esprit critique montre que beaucoup d’étudiant.es, en particulier des étudiant.es racisé.es », on sait que ce débat n’est pas qu’une affaire d’hommes ou de femmes, mais bien des deux.

La logique de la lecture n’est plus basée sur une assimilation, mais sur une réelle approche complexe. Les étudiants sont divers…

Je ne maîtrise pas encore à l’écriture la méthode, mais je vais m’améliorer ; j’avais hésité suite à différents débats où des femmes criaient « on s’en fout », où des écrivains de qualité criaient à l’assassinat de la langue, ma conviction est faite. Vive l’écriture inclusive !

Toutes afghanes (collectif d’écrivains) éditions de l’observatoire.

C’est un tout petit livre, composé de poèmes, de nouvelles, de propos … et c’est mon coup de cœur.
J’ai aimé pour la diversité, les petites touches géniales, l’humanité.

Ce livre est un hommage aux femmes afghanes qui sont bafouées, écrasées, violées, tuées…
Un détail important, ce bouquin, qui coûte 6 €, a la particularité de voir tous ses bénéfices reversés à l’association Afghanistan Libre.

Voici quelques extraits qui m’ont emballé.


Emilie Frèche est écrivaine, sa participation s’appelle « chère petite fille afghane ».

Elle juxtapose 23 lois absurdes crées par les talibans et 28 petits plaisirs… Que la vie est géniale !


«loi N°3 _ interdiction d’être traitée par les médecins hommes.


Plaisir n°3 : Me faire accoucher par un homme, car jamais je n’aurais osé hurler sur une femme comme j’ai hurlé sur ce gynécologue entre mes cuisses, qui tardait à faire venir au monde mon enfant. Soulagement absolu. »

Chékéba Hachemi est la fondatrice et présidente de l’association « Afghanistan Libre », elle choisit de nous présenter quelques textes écrits pas des femmes afghanes dans le chapitre « leur courage… » :


« Lorsque mes sœurs s’assoient ensemble, elles louent toujours leurs frères. Quand les frères sont assis ensemble, ils vendent leurs sœurs aux autres ».

Rachel Khan, essayiste et chroniqueuse, a choisi d’écrire « « des silences et des cris » :


« Au regard de nos humanités reliées, il y a un droit et même un devoir , de dénoncer ces exactions et les règles islamistes qui les permettent. La raison est simple : nous sommes « toutes et tous concernés » par l’humanité.
Si nos écrits paraissent insignifiants face à l’ampleur du désastre, ils sont malgré tout ce que nous souhaitons partager avec ces femmes, mais aussi avec les hommes afghans qui ont à soumettre leurs femmes, leurs sœurs, leurs amies, leurs mères. »

Amanda Stthers est écrivain, elle a écrit une nouvelle bouleversante « Dieu au moins » :

« Zahar pense à Wonder Woman. Pourquoi ne fait-elle rien ? Se pourrait-elle qu’elle soit un mensonge ? Zahar ferme finalement les yeux pour s’en aller ailleurs, respire comme elle peut sous le poids du corps crasseux qui la pilonne, et se raisonne. Si wonder Woman ne vient pas, Dieu au moins la sauvera. »


Caroline Fourest est en particulier la réalisatrice de ce film remarquable « Sœurs d’armes ». Elle écrit un texte « Si j’étais née afghane. »

« Si j’étais née afghane, je maudirais ces commentateurs et ce diplomates jurant leurs grands dieux que les talibans ont changé.
Si j’étais née en Afghanistan, je crierais.
Je suis née en France. Mais les femmes libres du monde entier sont mes sœurs.
Et comme elles, j’ai envie de crier. »

Je ne cite pas toutes les contributions… cet ensemble  est beau et profond !

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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