Quand l’Etat faisait du trafic d’enfants …

Quand l’Etat faisait du trafic d’enfants …
Quand l’Etat faisait du trafic d’enfants …

Quand l’Etat faisait du trafic d’enfants …

C’est presque une vieille histoire, achevée en 1976. L’Etat français avec ses représentants tels que De Gaulle, Debré, et autres fonctionnaires, aidés par les curés et les Francs-Maçons organisaient la déportation d’enfants de la Réunion vers la métropole, en particulier la Creuse.

Il s’agit des « enfants de la Creuse », si vous atterrissez à Roland Garros, aéroport de St Denis de la Réunion, vous remarquerez, peut-être, un petit monument qui leur est dédié. Ils ont été 1600 déportés entre 1960 et 1976.

 RÉSUMÉ

1600 garçons et filles sans parents, enfants des rues, enfants de la misère, orphelins ou abandonnés, ont été arrachés à l’île de La Réunion où ils vivaient et transportés en France au cours des années 1960-1970, au nom de la raison d’Etat.

Ce département français d’outre-mer cumulait les handicaps : une croissance exponentielle de sa population et un sous-développement alarmant. Devant l’urgence de la situation, les hommes politiques, sous la férule de Michel Debré, ont mis en œuvre une politique ambitieuse : un flot de crédits ont été débloqués qui, en l’espace d’une décennie, ont permis de rattraper un certain retard, et une politique volontaire de migration, considérée comme la panacée à l’explosion démographique, a été mise en place.

Des fonctionnaires zélés et cyniques ont appliqué celle-ci à marche forcée, commettant de graves erreurs, des mensonges et des négligences, afin de grossir le flux des contingents exigés. Consentements extorqués à des parents illettrés, rafles dans les bidonvilles, placements en foyer. 1 600 enfants furent déportés et placés dans des départements déshérités de l’Hexagone : la Creuse, le Tarn et le Gers, à dix mille kilomètres de leur île, sans espoir de retour. On leur promettait de brillantes études, de bons métiers, mais nombre d’entre eux se retrouvèrent garçons de ferme, abandonnés, maltraités.

Quelques-uns en sont morts ou ont sombré dans la folie, d’autres se sont acclimatés avec bonheur. La plupart sont aujourd’hui des hommes et des femmes déracinés, qui gardent une haine tenace envers les voleurs de leur enfance.

Il n’y a pas pire fascisme que de décider du bonheur des autres… (M Rocard)

Je n’ai pas choisi le terme de déportation au hasard. Le 3 septembre 1975, le Pr Pierre Denoix, Directeur général de la santé, dans le ministère de Simone Veil écrit au Préfet de la Réunion Robert Lamy : « ./. Il me paraît souhaitable qu’il soit mis fin à de telles pratiques, les jeunes ainsi écartés de leur milieu naturel étant dans des conditions psychosociales propres à favoriser leur inadaptation. Ces « déportations » d’enfants ne suffiront d’ailleurs probablement pas à résoudre le problème de l’emploi dans les départements d’outre-mer que l’on met en avant pour les justifier. »

Je reviens sur cette question ancienne, car tout simplement je viens de lire « Ti’paille en queue » de William Luret, que ce livre de 2004 fait écho à des questions d’actualité, et nous fait réfléchir sur « La Politique ».

Ce livre est à la fois émouvant, et révoltant par ce qui est décrit. Il démontre le cynisme de l’organisation sociale en France. Certes c’était dans les années 1960, 70, certes j’avais déjà dénoncé les phénomènes en métropole en présentant mon livre « L’asociale, lettres ouvertes d’une enfant protégée », certes le temps a passé, et nous avons sacrément bien évolué … mais, la vie fait que justement, je peux affirmer que nos progrès sont bien minimes.

Le livre est une démonstration de la violence des institutions, la violence des z’oreilles (le pouvoir blanc). Les logiques sont directement issues du colonialisme, nous savons mieux que les populations indigènes ce que sera leur bonheur.

L’Etat sait tout, décide tout, et ne respecte même pas les élus locaux. Il crée son armée de fonctionnaires zélés qui trie les « marmailles, » les oriente, et les expédie.

Cette règle de la suprématie blanche existe encore, il suffit de visiter les bureaux officiels.  Les administrations, que ce soit en métropole ou à la Réunion sont l’émanation du pouvoir technocrate, pas des populations.

La suite du tri massif… l’adoption bâclée.

Pour terminer la déportation enfin reconnue comme inhumaine, on choisit alors de favoriser l’adoption. La politique est alors de ne pas être trop regardant. Tout enfant confié à des parents blancs en métropole aura plus de chances de bonheur que sur le sol réunionnais. Ainsi, on ment, on cache l’histoire réelle des enfants adoptables.

Je vous conseille la lecture de « Un matin de septembre, Nathael nous a quittés » de Gérard et Catherine Sauzet. Ce témoignage, tout en finesse, en intelligence, en humanité est troublant, et émouvant. Il dénonce « par accident » le mépris des institutions pour les enfants et les adoptants, et de fait la vénération du résultat, des chiffres.

L’histoire est tellement ancienne que certains des intervenants sont toujours en poste !

Vous ne vous rendez pas compte, il y a un vrai problème d’éducation à la Réunion !

J’entends cette remarque à travers les océans et toutes les administrations concernées.  Oui, il existe un problème d’éducation sur toute la France. En métropole, et à la Réunion, il existe des parents toxiques, très dangereux. Il existe des enfants détruits, et sans doute pas ou peu « réparables », des enfants barbares (M. Berger).

Il existe aussi des parents vulnérables, méprisés, qui ne savent pas faire.

Et, il y a aussi toutes ces personnes qui ont une autre vie, une autre vue de l’éducation, de la culture que les riches blancs.

Partout en France, l’action sociale participe au contrôle social des pauvres ». à La Réunion, je me souviens d’un psy spécialiste qui voulait différencier la notion de maman et de mère quand il n’existe qu’un seul mot en Créole, je me souviens de cette magnifique association nationale qui faisait l’accueil des enfants à « Z’oreilles land », pour des raisons de stratégies immobilières, je me souviens de cette maman qui disait « ici, on ne parle pas, on aime… », je me souviens de ces enfants qui m’ont appelé « papounet » et que j’ai dû m’expliquer aux prud’hommes sur cette appellation…

Je connais aussi la violence, le désarroi. Je connais ces gamines enceinte à 13 ans. Je connais le massacre de l’alcool. Je sais que tout n’est pas beau …

Et alors … ?

Il y a du pain sur la planche pour que chaque enfant soit assuré de vivre en sécurité et en amour, il reste beaucoup de choses à dire et à faire. Mais, je suis certain d’une chose, on ne forcera personne à être heureux selon nos choix… le bonheur se construit avec son histoire personnelle.

L’évolution passe obligatoirement par une reconnaissance des populations, et un projet partagé, on ne décrète pas le bonheur, au mieux on peut l’accompagner.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

2 Responses

  1. Avatar photo Nicolas dit :

    Un pan de l’histoire de France dont on a pas de quoi être fier.
    Pour ceux qui veulent approfondir ce reportage de France Ô est assez remarqubale.
    https://youtu.be/pRRzeWyiAF0

  2. Avatar photo David Lerenard dit :

    merci +++

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