Oui, je regrette tout … Le regret d’Astrid

Oui, je regrette tout … Le regret d’Astrid
Oui, je regrette tout … Le regret d’Astrid

Je viens de terminer la lecture de « Le regret maternel » par Astrid Hurault de Ligny (éditions Larousse). L’auteure explique son regret d’être mère, sujet déjà rencontré dans le livre « Mal de mère » présenté dans l’article « Allo, maman bobo, je suis mal dans TA peau » du 10 septembre. Ma réflexion porte sur le regret, y-a-t-il une utilité au regret ? 

Le regret d’Astrid …

Astrid vit au Canada, elle a un garçon maintenant âgé de quatre ans, un mari aimant (il me semble), un compte Twitter qui lui sert de plateforme d’échanges. Son histoire c’est l’histoire du choix ordinaire, normal de vouloir un enfant. La naissance semblait un aboutissement logique à son histoire d’amour, puis dépression, charge mentale trop importante, responsabilité étouffante, vie assujettie aux devoirs parentaux, inquiétudes sur l’avenir ….

Elle n’est pas malade, elle a le regret d’être mère, c’est-à-dire le sentiment d’avoir fait le mauvais choix.

Je rassure tout de suite, si un lecteur a besoin d’être rassuré, elle aime son enfant, le regret est celui de ce choix de vie, pas de la vie du garçon.

Et ce livre explique, justifie ce sentiment. L’auteure se défend de toutes les accusations de mauvaise mère, d’égoïste, d’anormale, de malade …etc.

Comme dans « mal de mère », le mal de père n’est pas reconnu, car les pères ne vivent pas la pression sociale des femmes …

Et lecture faite, je reste sur ma faim, comme si ce livre se refusait de regarder la noirceur du regret…

Que nous dit ce regret ?

Ce secret c’est d’abord la mort d’un rêve, c’est la découverte que la société est loin du conte de fée que l’on nous raconte … conte de fée, ou série télévisée, ou toute notre grande culture. Bref, la petite maison dans la prairie a pris feu, la princesse a divorcé et est explosée contre un pont, et les couples s’emmerdent …

Astrid, comme moi, comme vous a été gavée par des idéaux où nous devions devenir des héros : des bonnes mères, des bons pères. Des mamans aimantes, attentives et épanouies, des papas qui assurent et protègent.

Disons le tout haut, tout ceci c’est de la connerie. Le couple hétérosexuel marié est la cellule de base d’une société qui nous immobilise, nous fidélise au capital, et nous permet de trouver le salut dans Netflix. Rien ne prouve, au contraire, que nous soyons faits que pour une histoire de couple, rien ne prouve que notre raison de vivre soit la reproduction … mais imaginer cela, c’est détruire notre beau monde.

Alors la « MORALE » teintée par toutes les religions nous conduit vers le couple, et la famille. Quand une jeune femme ne veut pas d’enfants, cela ne peut être que provisoire, ce n’est pas un choix de vie possible.

Pourtant la religion catholique dans son immense sainte hypocrisie crée des armées d’hommes et de femmes non reproducteurs (officiellement), donc ne pas procréer par amour de dieu est logique … La leçon est tout de même que la reproduction n’est pas la seule finalité humaine.

C’est extraordinaire, pour être une bonne mère supérieure il ne faut pas être mère, et ceci est aussi vrai pour le saint père …Pour résumer, là-dedans aussi, on fait comme on veut.

Revenons à ce regret… ce qui est finalement terrible c’est cette nécessité de s’expliquer, de se protéger pour faire part d’un regret.

La pression est forte, alors qu’en fin de compte le regret maternel, c’est une position politique dans le sens gestion de la cité. Regretter d’être mère c’est prendre parti pour un autre schéma de vie, certes individualiste voire asocial, mais possible, et acceptable.

Un choix personnel !

Un choix qui envoie la bonne pensée se faire voir ailleurs, un choix qui dit aux jeunes filles et jeunes garçons, vous pouvez avoir une vie passionnante sans être parents, un choix courageux car c’est celui de l’indépendance, du partage choisi…

Le livre « le regret maternel » m’a fatigué par son défilé d’explications. J’aurai aimé une colère, ou un calme déterminé qui dise « non, je ne joue pas votre jeu, je ne vous crois pas ».

A se justifier, je pense qu’un moment l’analyse perd de lucidité ; ce qui est en cause c’est bien le modèle sociétal qui est aliénant, pour tous, femmes et hommes. Il est vrai que les hommes globalement ne peuvent pas comprendre la pression sociale, et la charge mentale subies par la femme. Ils sont moins sollicités dans leur parentalité, il est plus facile d’être considérée comme mauvaise mère que mauvais père. Il suffit pour l’homme de changer une couche de temps à autre pour devenir un père exemplaire.

Mais le mauvais rêve est commun aux deux, et les hommes sont enfermés dans ce rôle de « bon père de famille » (formule juridique !), ils sont eux-aussi piégés, mais pas de la même manière. Ils sont loin de la relation étouffante mère -enfant, ils ne connaissent pas. Le corps de l’homme ne produit que du jetable, de la souillure, il ne produit pas la vie. Mais doivent assurer, protéger, ils doivent incarner le mâle !

L’homme est enfermé dans son inutilité, il peut servir, mais il est secondaire, alors il cherche sa place, il cherche à se valoriser, lui, qui ne peut rien produire de vivant.

Alors, classer la valeur des regrets me semble absurde, l’individu qui rejette la vie programmée, l’individu qui prône le libre choix, la libre pensée a le droit au même respect.

Liberté …

Oui, liberté de choix de penser. Il s’agit de se libérer de la bonne pensée, de la morale, du poids religieux. On peut vivre seul ou avec qui on veut, on peut décider d’avoir des enfants ou pas. Finalement, il ne faudrait pas écrire de livres pour expliquer les regrets, mais des livres de dénonciation des manipulations et mensonges de notre belle société.

« Le regret maternel » par Astrid Hurault de Ligny (éditions Larousse)
« Le regret maternel » par Astrid Hurault de Ligny (éditions Larousse)

Je m’en fous de la France. Maxime Leforestier

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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