« A ces paysages en forme de Matin du Monde … » – Ressentis trollesques sur la Nature et l’Avenir.

Paysage Nature Matin du Monde
Paysage Nature Matin du Monde

La nature et l’avenir

Chers lecteurs et amis du Journal Abrasif, ces paysages en forme de Matin du Monde dont je vais vous parler, vous en connaissez tous au moins un, vous avez sans doute votre favori. Parfois, quand pointent le désespoir, la rage, le dépit, la haine, la colère sourde, l’avalanche de questionnements existentiels, la torture des nuisances infligées par la « norme » et son cortège de funestes beuglements, comme moi sans doute, vous n’avez envie que d’un coin de Nature, propre et préservée, pour vous y recueillir quelques heures en solitaire … 

Ou, plus encore, si votre idéal de vie se rapproche du mien, un beau jour, vous laisserez la Nature entrer en vous, ne plus quitter votre corps et vos pensées, pour vivre à son rythme, en craignant ses forces, en respectant ses faiblesses et en faisant tout pour la préserver, jusqu’au crépuscule de votre existence terrestre.

En ces grisâtres temps de second confinement, d’incertitudes, de montée des ressentis négatifs, de l’augmentation des troubles psychologiques et psychiques liés à cette chape de plomb proprement infantilisante, j’ai le droit (par dérogation) vu mon statut de « travailleur handicapé » diagnostiqué autiste Asperger, d’aller me balader dans « la verte » quand je le veux, autant que je le veux, seul, sans aucune interaction ni contact avec quiconque, sans aller dans un commerce. J’en ai conscience, tout le monde n’a pas accès à cette petite bouffée d’air frais, je le sais et je contrebalance donc mes petits malheurs quotidiens en sortant le plus possible de l’univers gris et sans horizon de mon HLM.

[Mais au-delà de ça, l’idée que l’on puisse dire de moi que je suis « privilégié par dérogation », avec mes 902.28 € mensuels d’AAH et ma mise au ban de la société du travail, me répugne, m’horripile et me rend furieux. Furieux et capable de haïr dans la minute, puis de casser définitivement ce qui n’était en fait qu’une « amitié à sens unique », vis-à-vis d’une personne médiocre qui aura révélé là sa bassesse.]

Et je fais tout pour en profiter. Après tout, tant que je reste dans les clous de la légalité, que je respecte les règles et les milieux naturels, qui donc pourrait me reprocher quoi que ce soit ? Je vais me balader en pleine nature pour moi et moi seul. Je ne le fais pas pour y rencontrer « les gens » et écouter leurs habituelles déblatérations de familles nombreuses ou de vieux sur le déclin, ni pour y respirer les effluves de mobylettes braillardes ou de boissons « énergisantes » à la con, et encore moins si c’est pour y entendre la « musique de la norme ». Ça, c’est juste pour remettre les choses en perspective, vous le savez bien, je n’impose mes idées à personne … et je déteste que … bon, je m’égare.

Je vais me ressourcer en pleine Nature, pour faire le vide dans mon esprit. Pour purger tous les mauvaises idées, pour expulser de mes hémisphères cérébraux tous les « plats de nouilles » de pensées qui engloutissent trop souvent mon temps, pour vénérer la Nature en tant que Force Primaire. Car, étant fidèle aux Anciens Dieux des panthéons Nordiques et Celtiques, et tout Troll que je suis, j’en suis venu à acquérir, depuis une décennie, la conviction ferme et profonde que ma place, mon avenir, ma destinée, se trouve non pas dans un cube de béton avec un voisinage insupportable et abject de malhonnêteté intellectuelle … Mais bel et bien dans la simplicité et la rusticité, en plein milieu de nulle part.

Oui, quand je pars me balader dans une forêt où siège une ancienne chapelle, une fontaine, un mégalithe, ou tout autre symbole d’une époque semblant révolue aux yeux de tant d’autres, soit en écoutant les chants des oiseaux, les bruissements des feuilles, les lichens secs craquer doucement sous mes Rangers, soit en me saturant l’esprit à grandes goulées de mes groupes préférés de Black Metal Atmosphérique/Ambiant/Folk/Pagan, c’est d’abord pour renouer le contact avec les sentiments qui me rassurent, qui m’étreignent comme des bras protecteurs et saturés de puissance. 

C’est pour m’émerveiller, l’été venu, de voir une libellule voleter tranquillement près d’une petite source, ou à l’automne, pour apercevoir la fuite superbe d’un écureuil ou d’un lapin de garenne auquel, pourtant, je ne ferais aucun mal. C’est pour entendre le croassement des grands corvidés, en les saluant à chaque fois, car ces oiseaux, « maudits » aux yeux de certains, ont une place primordiale dans mes croyances. Hugin et Munin, les messagers d’Odin, parcourant le monde …

Quelquefois, même, j’ai chialé, seul, en pleine nature. Pourquoi ? Parce que j’y ai vu ou vécu quelque chose de magnifique ou de bouleversant. Je repense à cette chapelle isolée en pleine forêt, non loin de chez moi, au printemps dernier, où j’ai assisté au ballet d’un couple de mésanges charbonnières entrant et sortant d’une faille du mur de la chapelle, pour aller chercher de quoi nourrir leurs oisillons tout juste nés. J’y ai vu la capacité de renaissance de la Nature, après l’hiver.

Je me remémore aussi les quelques bons côtés de mes aventures en Limousin, quand j’ai pleinement admis que j’étais bel et bien un « cultiste » des Anciennes Divinités de la Bière et de la Baston. Alors que je m’approchais d’un mégalithe étrange et raviné nommé « Pierre aux Sacrifices », du côté de Cinturat (Haute-Vienne), j’ai ressenti en posant ma main sur la pierre multi-millénaire une vibration étrange, d’une puissance que j’ignorais, semblant venue du fond des âges, et attendant qu’on vienne la quérir … 

Dans le même temps, une brise rafraîchissante s’est levée sur les chardons de cette lande rase évoquant l’Écosse, et j’entendais dans mon esprit un passage d’un morceau du groupe finlandais Moonsorrow, nommé « Varjojen Virta » (« Courant d’Ombres ») … Puis vint une sorte de message des Divinités de ce Lieu, me disant « Nous avons reconnu en toi un de nos fidèles. Nous avons conscience de tout ce que tu as vécu, et des épreuves qui t’attendent. Ici, il faut que tu le saches, les Anciens Peuples se sont côtoyés, parfois entre-déchirés, leur force ancestrale, leur sang versé, leurs croyances et leur mémoire imprègnent cette Terre, et nous t’en transmettons maintenant une infime part ».

J’étais bouleversé, et j’ai prononcé comme serment : « Gloire à vous, Anciennes Divinités, j’ai foi en vous et en la protection que vous m’offrez. Je me battrais jusqu’à mon dernier souffle pour exister et pour vous vénérer, je ne vous décevrais pas, je ne me soumettrais pas ». Les événements de toutes les années qui ont suivi, à savoir deux hospitalisations en psychiatrie sur deux faux diagnostics, l’abandon forcé de ma courte carrière de camionneur, l’accumulation de peines, de chagrins, de rancœurs, de haines diffuses envers tant de personnes et de comportements …  

Tout cela n’a pas réussi à me faire prosterner, face à un mode de vie contraire à ma philosophie profonde, à mes idéaux, à ma culture, à mes croyances et à mes rêves d’accéder à ce que j’ai toujours ardemment voulu depuis lors. Tous ces défis ne m’ont pas emporté vers les brumes éternelles du Nifelheim (le « Monde des Brumes » de la cosmogonie Viking, autrement dit la dernière demeure de ceux qui ne sont pas tombés au combat, contrairement au Valhalla).

Ces paysages en forme de Matins du Monde, je les aime de tout mon cœur, je les vénère comme une Entité à part entière, et, si telle devient ma destinée de solitude acharnée, je ne prendrais d’un amour fou et absolu, nulle autre femme que la Nature elle seule. J’y ai toute ma place, mes repères, j’y puise une énergie régénératrice, j’y renouvelle ma foi, totalement dans mon élément. 

Et, quand bien même je me suis exilé notamment pour mettre le plus de distance entre moi et certains malfaisants – essentiellement dans le milieu Metal de ma ville d’origine – j’ai parfois la nostalgie de mes montagnes natales. 

Rien que pour pouvoir aller respirer, le temps de quelques jours, l’air pur du Haut Trièves verdoyant, de la Chartreuse Sauvage et mystérieuse, du Vercors aux hauts lieux du devoir de mémoire, ou de l’impitoyable Dévoluy aux plaines pelées par le déchaînement des âges et des éléments.

Les « Bestioles du Chaos », telles que votre humble serviteur, en viennent de fait à la simple ambition d’avoir leur propre petit territoire, ainsi qu’au besoin de se créer, au fil des ans et des expériences qui font la grandeur de l’homme intègre et libre, un imaginaire, un ensemble de rêves, de mysticisme, de plaisirs et loisirs simples, de flux d’énergie salvateurs … 

A terme, il n’est pas à exclure que moi et les miens, formant le véritable bataillon d’insurgés, marchant sur les chemins moussus et empierrés des futurs « Maquis aux Lutins Noirs », reprendront les domaines sauvages qui leur appartiendront alors de plein droit. Une fois que cette foutue « norme » se sera répandue en convulsions, en implosions, et que le « Grand Effondrement du Bouzin » passé, permettra aux Enfants de la Forêt et des Anciens Dieux de vivre simplement … pour simplement, vivre. 

Pour un idéal que je décris là, pour une utopie qui se réalisera, au nom de la plus belle et de la plus pure des convictions, la Liberté. Après avoir, à notre tour, comme plus belle vengeance … condamné aux ténèbres de l’oubli les yeux inquisiteurs de ceux qui nous empêchent de vivre, les « lois de l’apparat », les « trompettes de la croissance durable », sans parler bien évidemment de toutes les « injonctions sociétales », qui n’auront plus aucune raison d’être dans un Monde où le Soleil ne se lèvera plus sur la « norme », et où la Lune saluera chaque soir venu celles et ceux qui vénèrent sa beauté luminescente dans le Ciel assombri, zébré du ballet des étoiles.

Pour recréer autre chose. Une façon de vivre empreinte de beau, de noble, de puissant, de vénérable, de pur, après des décennies de laideur, de décrépitude intellectuelle, de relativisme spirituel, d’adulation du matérialisme irrationnel, bref, un mode de vie où la Nature sera au centre des préoccupations, et où on ne lui prélèvera que ce qu’elle sera en mesure de renouveler pour nous. Ni plus, ni moins, il ne sera alors plus question que de subsistance, au rythme des saisons, des travaux de la Forêt, de la pêche et de la chasse ancestrales, et des récoltes.


Peut-être que je ne serai plus de ce Monde, le moment venu, si Odin et le géant Ymir décident de m’appeler au Jotunheim (« Monde des Géants »), ou au Valhalla si je tombe en combattant pour les miens, pour tout ce que je suis et pour tout ce qui constitue le serment que j’ai fait. Mais d’autres viendront après moi …

Et ceux-là, croyez-moi, « parole de Troll », une fois que les lierres, les plantes vivaces, les arbrisseaux, auront achevé de foutre en l’air les derniers vestiges de la « norme », sauront quoi faire pour vivre, créer, cultiver, réparer, fêter, simplement exister … dans ces éternels Paysages en forme de Matins du Monde.

– Krähvenn « Sombrelance » Vërkhörr.

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Krähvenn « Sombrelance » Vërkhörr.

Krähvenn « Sombrelance » Vërkhörr.

"Un Troll du Chaos en immersion dans le monde des hommes. Ses sentiments bruts, ses rêves, ses idéaux, il les assume, et quand il montre les crocs, ça n'est jamais bon signe. Ne plaisantez pas à son sujet au pied des mégalithes ... il pourrait vous faire un coup de troll-falgar." ("coup de Trafalgar" façon troll) Mon blog : =>http://dernier-bastion.eklablog.com/

1 réponse

  1. Mais c’est de la prose nature ! De toute beauté très cher Troll ! Merci pour ce voyage hors normes, cette œuvre littéraire, ce texte fabuleux. Bravo !

    Merci pour ce beau cadeau offert au journal abrasif !

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