Moi d’abord et que les autres crèvent la gueule ouverte !

Moi d’abord !
Moi d’abord !

Moi d’abord ! Ou les frontières assassines…

Deux faits se sont télescopés aujourd’hui :

« L’ancien ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini sera jugé pour avoir interdit le débarquement de migrants en 2019, a déclaré samedi le tribunal de Palerme en Sicile. » « . Matteo Salvini, dont le parti, la Ligue, fait partie de la coalition actuellement au pouvoir dirigée par Mario Draghi, sera jugé pour avoir interdit le débarquement de 147 migrants secourus en mer par Open Arms en août 2019 et refusé pendant six jours d’accorder un port sûr au navire de l’ONG espagnole, qui mouillait au large de la petite île italienne de Lampedusa (au sud de la Sicile) alors que les conditions à bord s’aggravaient.

et

« Restos du cœur à Fréjus : ils refusent de servir des sans-papiers et démissionnent ».

Une situation qui devrait faire du bruit : la semaine dernière, les quinze bénévoles de l’antenne des Restos du cœur de Fréjus ont brutalement démissionné. En cause selon Var-Matin, leur refus de servir des sans-papiers qui sont de plus en plus nombreux à venir toquer à la porte de l’association. »

Les deux évènements racontent la même chose, priorité aux nationaux, non aux migrants…

La priorité nationale…

On retrouve cette idée partout, dans les slogans des politiciens sombres ou déguisés, dans les idées de beaucoup de concitoyens, dans nos textes de loi. On connait la chanson : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde… »

Salvini estime faire son devoir.

« La défense de la patrie est le devoir sacré de tout citoyen (…). Je vais être jugé pour cela, pour avoir défendu mon pays ? Je m’y rendrai la tête haute ».

Quant aux bénévoles de Fréjus, ils refusent l’accueil inconditionnel qui est pourtant central pour les Restos du cœur « Cela veut dire qu’on accueille n’importe quelle personne qui entre dans les conditions financières. Toutes celles qui entrent dans les barèmes doivent être accueillies sans aucune discrimination et sans aucune sélection. »

Pour les politiciens, et les bénévoles sélectifs, leur mission politique ou solidaire s’arrête dès que la nationalité n’est pas la bonne. Ils ne veulent pas gérer et importer de la misère étrangère.

Cela revient à dire que la mort peut se servir chez les « étrangers », cela ne nous regarde pas…

J’entends les phrases fatalistes « oui, c’est malheureux, mais il faut penser à NOS pauvres, il faut qu’ils se battent dans leur pays, nous, on y peut rien… »

Les bonnes consciences…

Que répondre ? Historiquement, c’est faux, la misère africaine est notre histoire. Économiquement et politiquement, c’est faux… Nos choix créent ces misères… Humainement, c’est faux, nous sommes soumis à un devoir de fraternité …

Mais je le sais, ces arguments n’ont aucun poids dans le cœur de celui qui est gavé au nationalisme, et à l’étroitesse d’esprit. Comme je l’avais expliqué dans un article précédent,

(Les droits de l’homme : Dîtes moi, pourquoi ils nous tuent ?)

Son territoire d’empathie se limite à ceux qui lui sont identiques, au-delà, il considère l’autre comme un non-homme.

Et tout ceci se fait avec une bonne conscience… dans nos pays occidentaux nous nous pensons « civilisés », au-dessus des pays pauvres, et nous devons nous protéger de ces hordes (souvent musulmanes).

Nos consciences sont bien éduquées, elles ont même une unité de mesure : le mort kilomètre.

C’est un rapport mathématique simple : le nombre de morts divisé par le nombre de kilomètres. Voyez un peu, un mort à côté de vous vous touche, cent morts à cinq mille kilomètres vous touchent moins.

Voilà, pour régler le problème, il suffit de mettre de la distance. L’actualité est sans cesse calculée par ce quotient, on entend « un naufrage avec quinze morts en méditerranée », l’info prend trois secondes. Si on découvre, « quinze morts dont trois Français », là, on va vous arracher les larmes.

Le problème est que ce formatage rend les crétins fiers d’eux !

L’accueil inconditionnel…

Certaines associations le mettent réellement en œuvre, Emmaüs, resto du cœur… et cela ne peut être que des associations. Les Etats trient, choisissent leurs bons migrants, évaluent si la mort est due à une cause politique ou juste économique…

Merci, à elles, elles sont celles qui respectent la Déclaration universelle des droits de l’homme (ratifiée par la France).

Pendant des années, j’ai dirigé des Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile. J’ai accompagné des situations terribles, puis aux ordres de l’Etat, j’ai mis des familles à la rue, car elles n’étaient pas considérées comme de « bons demandeurs d’asile ». Heureusement que des associations luttent pour la survie de tous.

J’ai sorti un bouquin de mon expérience, je l’ai appelé « Je prends l’asile », car ma réflexion me dit aujourd’hui, on ne doit pas demander l’asile, on doit le prendre, car c’est un DROIT.

Je vous laisse aux dernières lignes de ce témoignage…

« Je me tuerai peut-être. Peut-être pas. L’amitié avec Stéphanie me réconcilie avec le plaisir, et avec moi. J’ai même une relation intime, avec un homme gentil. Je refuse cette vie entre parenthèses. Je refuse que l’on me remette sur un Zodiac à la dérive. Je suis un être humain, et j’ai le droit de poser mes pieds sur terre. J’ai le droit d’aimer. J’ai le droit de vivre.

Mon avocate me dit : « Heureusement que tu es homosexuel, j’aimerais tant qu’elle me dise heureusement que tu es vivant. »

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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