Réflexions suite au massacre du 17 octobre 1961

Massacre du 17 octobre 1961 : Un Etat, peut-il être criminel ?

Les autres Etats, évidemment. Il suffit de citer quelques noms est la preuve est faite : Staline, Hitler, Mao, Pinochet… C’est terrible comme à l’étranger, ils peuvent être barbares, sauvages. Mais en France, on n’est pas concerné… ou si peu..

Pourtant la fiche Wikipédia du 17/10/61 pose un souci, pire, le Président vient de déterrer cette « vielle affaire ». Notre Etat a pu mal agir ? c’était la guerre, c’est du passé…

Massacre du 17 octobre 1961
Date17 octobre 1961
LieuParis (France)
VictimesAlgériens manifestant à l’appel du FLN
TypeRépression
Mortsde 38 ou 48 (rapports officiels)
à 98 ou plus de 200 (selon la période couverte par l’estimation)
BlessésPlusieurs centaines
DisparusPlus de cent
AuteursPolice française
Ordonné parMaurice Papon
GuerreGuerre d’Algérie

Une histoire sans tâche ?

Certains aimeraient, avec le temps, blanchir notre histoire, l’édulcorer. Un homme sombre en ce moment nie la collaboration avec les nazis de l’Etat Français. On a du mal à reconnaître l’abandon des supplétifs lors de la guerre d’Algérie, on progresse doucement, tout le monde a oublié les camps de concentration ignobles crées par le gouvernement français pour « accueillir » les républicains Espagnols…

Toutes ces « sales histoires » remontent tardivement. Le temps estompe la douleur, les cicatrices et la colère.

Chacun parvient à supporter que dans le passé, les gouvernements n’ont pas été exemplaires, mais tous ces évènements glissent dans la pochette « Histoire de France » et rejoignent la Terreur, l’inquisition, l’esclavage, le colonialisme, les fusillés pour l’exemple et autres « maladresses » historiques. On vous le dira, de toute façon, il faut toujours replacer les évènements dans leur contexte. Avec un regard actuel, Christophe Colomb était un assassin, Napoléon un tyran sanguinaire, De Gaule un colonialiste sans scrupule, et Mitterrand un pro-Pétain…

Ça ne sert à rien de rester sur de vieilles histoires ? Et c’est anti-patriotique de chercher les parties sombres de ce qui fait notre beau pays.

Mais de ces rappels, je vous propose de tirer trois idées.

Un pays sans mémoire est un assassin en puissance.

Dans l’info du jour, le seul coupable reconnu pour les évènements de 1961 est Maurice Papon, alors préfet. Ce monsieur avait déjà trempé dans le massacre des Juifs, il trempe ensuite dans le massacre des Algériens… Mais a été Ministre du Budget de 1978 à 1981 sous VGE.

C’est plus tard qu’il a été condamné pour crimes contre l’humanité, et maintenant mis au pilori par le gouvernement.

Vous ne trouvez pas incroyable qu’un criminel soir nommé ministre, et que l’on face un hommage à VGE sans souligner une seule fois qu’il a, pour le moins, été naïf dans ses choix.

Au-delà de cet homme, c’est tout le problème du contrôle du pouvoir qui se pose. On peut aujourd’hui trouver des ministres fraudeurs, des Benalla à l’Elysée, des menteurs hauts placés.
La commune de Paris (massacrée également) voulait des élus révocables à tout moment.
Pierre Mendes France militait pour une démocratie directe, où les élus rendaient des comptes, Debré l’a emporté avec sa conception « représentative », en gros, vous votez et après vous vous taisez.

La question est très actuelle, nous sommes en état d’urgence, et le gouvernement cherche à repousser sans cesse les échéances de contrôle… C’est pourtant ce même gouvernement qui a dit que les masques étaient inutiles, et que jamais le Pass sanitaire ne régirait notre vie…

« Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. » (Lord Acton 1834-1902)

La loi sert toujours le pouvoir….

Quand un groupe est au pouvoir, il décrète. La Shoah, l’interdiction de l’homosexualité, l’esclavage sont des expressions légales des pouvoirs. Quand les policiers ont jeté les Algériens dans la Seine, les policiers agissaient au nom de l’Etat.

Mes propos ne sont pas contre les policiers, ils sont aux ordres et ils peuvent exécuter des tâches indignes.
Parfois, le devoir est de désobéir. Il y a peu, on a bien tenté de créer le délit de solidarité.

La loi est le reflet des tensions politiques. Le droit à l’avortement, la fin de la peine de mort, le mariage libre existent, car l’équilibre des forces politiques a changé, un moment donné. Les groupes de pressions morales » ont perdu du poids. Le procès qu’a vécu Charlie Hebdo était non seulement la question de la liberté d’expression, mais aussi la question du poids de la morale islamiste.
Rappelez-vous, il y a quelques temps, le voile a été interdit en public, la loi exigeait que nous devions toujours être identifiables. Maintenant, je vais dans ma banque, masqué avec des lunettes de soleil !

Les victimes sont toujours oubliées…

Quand on corrige le jugement historique, on permet à des familles entières, des générations de retrouver l’honneur. Les fusillés pour l’exemple sont pas exemple « morts pour la France ». Cela ne répare pas les douleurs terribles, la honte qui écrasait les descendants.

La reconnaissance du statut de victime est essentielle pour les familles meurtries.

Il est indispensable que l’Etat s’intéresse aux dégâts humains générés par ses actes. Parfois, ce ne sont pas des massacres, mais des décisions inhumaines. Dans le passé proche : les essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, l’enlèvement des enfants de la Réunion pour peupler la Creuse, les mensonges sur le nuage de Tchernobyl, l’affaire du sang contaminé, l’inutilité des masques ?

Dans mon livre « L’asociale-Lettres d’une enfant protégée » (Éditions Edilivre), je relate la destruction qu’a vécue MJ, cette enfant placée qui a été tapée, enfermée, maltraitée, au nom de la protection de l’enfance.

« Les enfants ont besoin de se sentir en sécurité, et ils ne le sont pas. Ils sont battus, martyrisés, affamés,violentés, insultés, bafoués. Le pire, c’est que c’est nous, les enfants qui avons honte.

Nous avons honte d’être placés, abandonnés. On nous le rappelle sans cesse, on demande ce que nous avons fait, qu’est ce que nous avons, quelle est notre faute, sommes nous méchants, mauvais, pas beaux ? »
Aujourd’hui encore, on parle peu de cette honte républicaine qui n’est pas ancienne…

On ne peut pas changer le passé, mais on peut préparer l’avenir en reconnaissant ses fautes, et en se donnant les moyens de ne pas les renouveler. Soyons toujours vigilants !!!

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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