Ma campagne présidentielle 2 : Une limitation des délégations

Une limitation des délégations
Ma campagne présidentielle 2

Ma campagne présidentielle 2 : Une limitation des délégations

Une limitation des délégations des missions d’utilité publique aux associations, entreprises privées et administrations.

De quoi s’agit-il ? Peu de personnes le savent, mais pratiquement toute l’action sociale en France est confiée à des opérateurs très peu contrôlés. Au nom de la libre entreprise, de la liberté associative et de la démocratie, les opérateurs sont très souvent des bandes de copains, qui décident du sens des valeurs humaines et financières.

Les groupes privés :

Là, l’actualité va vous parler. Les résidences de personnes âgées créent un secteur marchand, et qui dit secteur marchand, dit rentabilité. C’est un secteur qui reste particulier, car nous ne sommes pas face au marchand de chaussures, les prestations sont régies par de nombreuses lois, et elles sont aidées financièrement par des dispositifs légaux. De fait, il s’agit d’une politique d’Etat qui est pour partie confiée au privé, c’est le même schéma que pour les autoroutes. Vous avez payé l’infrastructure, et vous payez l’usage, et les « opérateurs » se font un maximum de fric.

Ce système de privatisation ne concerne pas que le secteur des personnes âgées, mais aussi le soin et depuis quelques années maintenant, directement l’action sociale. Groupe « SOS », très proche du président emmerdeur se développe en récupérant toutes les structures qui battent de l’aile, et d’ingénieries financières en petites économies de terrain l’empire se développe, et développe surtout ses intérêts.

Ces évolutions vont dans le sens de la libre entreprise, et je sais que beaucoup n’y voient aucun mal. Sauf que l’action sociale a pour vocation de faire société, de servir l’ensemble de la population, pas d’enrichir certains, pas de faire des travailleurs pauvres et malheureux, et surtout pas des usagers maltraités ou insuffisamment considérés.

Les associations :

Souvent, je vois des posts faisant la louange des bénévoles, c’est beau, mais arrivé une certaine dimension, c’est totalement irréaliste. La réalité est que les administrations confient des millions d’euros à des groupes de copains qui se connaissent, car ils gèrent un château, forment le Rotary club, ou sont francs-maçons… Ou autre chose. Ils n’ont ni la compétence, ni l’expérience, mais ils vont décider du sort de milliers de personnes vulnérables, et de centaines de salarié.es. Ils ont une place de toute-puissance : ils décident des valeurs, ils décident du sort des bénéficiaires, ils décident de ce qui est professionnel, ils décident des investissements.

Ils peuvent par exemple restaurer leur château par le travail de jeunes accueilli.es, et les fonds publics, ils peuvent se construire une magnifique villa, s’acheter des voitures de luxe, ils peuvent faire de magnifiques opérations immobilières à la Réunion, par exemple et faire travailler ainsi les amis architectes. Ils peuvent également faire au passage des emplois fictifs pour leur maîtresse ou leur conseiller politique… Et éventuellement payer des fausses factures aux amis.

Dans mon livre « éduc’acteur », je relate quelques exemples de dérives associatives, voici un exemple « gentil ».

« Une association bienpensante…

Il s’agit au départ d’une association sportive, animée par des personnes honorables et dévouées qui gèrent parfaitement leur association. La municipalité associée à la commune voisine crée un club de prévention (avec trois éducateurs et un secrétaire) afin de répondre aux phénomènes de délinquance de plus en plus nombreux dans les quartiers populaires des deux communes très ouvrières. Les deux municipalités décident de confier la gestion du club à l’association sportive.

• Les administrateurs de l’association sont honorés de cette délégation. Par leur pratique sportive, ils se disent également éducateurs, ils connaissent le public cité et enfin, ils sont des citoyens responsables et soucieux du bien-être pour tous.

• Les éducateurs parviennent progressivement à nouer des liens avec les jeunes des quartiers. Ces derniers expriment leur ennui, leurs inquiétudes pour l’avenir, leurs rêves de consommation, le chômage des parents licenciés en masse par les différentes usines.

• La délinquance se maintient, mais les éducateurs se centrent également sur d’autres problématiques : la condition des filles, la propagation des MST, l’enfermement dans la micro-culture des cités.

• Les éducateurs envisagent de distribuer des préservatifs, et d’organiser un « transfert » à l’étranger (lieu à déterminer).

• Le conseil d’administration refuse catégoriquement, car pour eux, le transfert serait une « prime » à la délinquance, et les préservatifs une incitation à la débauche. »

Ma carrière m’a permis de connaître « intimement » plusieurs dizaines de grosses associations, ce que je mets en exergue ne correspond pas à la dérive de quelques-unes, mais à un fonctionnement normalisé.

Les dirigeants prennent la grosse tête, ils s’accrochent au pouvoir, deviennent des gestionnaires de patrimoine.

Tous les jours, par mes différentes activités dans l’action sociale, je constate l’ampleur du dysfonctionnement. Il ne peut pas en être autrement, le fric et le pouvoir sont au centre de l’organisation !

Les administrations :

Et non… La solution n’est pas l’administration. Que ce soit le Département ou l’Etat, l’efficience et la démocratie ne sont pas au rendez-vous. Nous entrons dans le monde politique, où les chiffres peuvent gêner, où les migrants sont dérangeants… La mission des administrations est la paix sociale, la paix apparente, pas la résolution des problématiques.

Ainsi, le mineur non accompagné devient majeur par miracle, le malade psy devient résident d’une structure quelconque (sans moyens), l’enfant difficile est placé dans un établissement en attendant la rue ou la prison…
Les administrations gèrent dans des méandres étranges, des strates toujours compliquées, et souvent sans cœur.


« Lettre ouverte aux « protecteurs » : Les familles d’accueil
Extrait de « l’asociale ; lettres ouvertes d’une enfant protégée »

« Vous avez construit un autre réseau : celui des familles d’accueil. Au nom du bienfait de la cellule familiale, vous salariez des mamans pour accueillir des enfants sans parents. Il s’agit d’accueil, mais surtout pas de remplacer les parents absents. Le contrat est un contrat financier, pas un contrat d’amour.
D’ailleurs vous veillez bien à ce que le contrat reste dans ses limites. Chaque fois que j’ai souffert, l’assistante sociale m’a maintenue dans la famille, chaque fois que j’ai dit que j’étais bien, l’assistante s’est dépêchée de me retirer, particulièrement quand j’ai appelé madame E. « maman ».


Je vous entends sur la théorie du lien, si l’enfant s’attache, il va entrer en conflit de loyauté, à la séparation ce sera un deuxième abandon, il faut conserver la place des parents …etc.
Et je suis certaine que vous avez un chapelet d’arguments.
Je n’étais qu’une enfant, et quand je disais que j’avais mal, j’avais mal. Vos théories ne pourront rien changer, ma douleur m’appartient, et votre indifférence, voire votre cruauté ne trouvera jamais d’excuses.
Je n’étais qu’une enfant, et je savais reconnaître le miel qui nourrissait mon âme, je connaissais le pansement de la tendresse. Aujourd’hui encore madame E. est ma maman.
Vos sciences et vos bonnes consciences sont des créations diaboliques. »


Tout cela n’est pas le fruit du hasard…
Le social est similaire au traitement des ordures ménagères : il est indispensable, mais il doit être discret, coûter le moins possible et être le plus éloigné possible des centres-villes.
La politique nationale est de réduire et de regrouper les opérateurs, si ma mémoire est bonne le pari était de diminuer les opérateurs associatifs de 90 %.


La volonté est donc de planifier, de traiter en gros, grossièrement. Les établissements ne sont plus des établissements, mais des succursales, des annexes. Les responsables sont devenus des irresponsables sans formation.
Il m’arrive de rencontrer des cadres dépassés, malheureux, tiraillés.
Pour les bénéficiaires, évidemment, la dégradation est encore plus terrible. Ils n’étaient pas grand-chose, ils sont encore moins… et malgré la loi de 2002 qui les met au centre des dispositifs. Ils sont des pions face aux grandes machines, et quand ils sont particulièrement vulnérables, ils sont tout juste des numéros de compte.

Ma proposition :

D’abord cesser toute délégation à tout opérateur à partir de 500 000 €. Cette limite permet d’éviter les spéculations immobilières, les « régiments » de faux travailleurs sociaux, et les centres de pouvoir.

L’idée est d’organiser dès que nécessaire des comités de gestion composés par des salariés (syndicats, représentants des équipes, médecine du travail…), les administrations concernées ( Etat, département, commune, écoles, gestionnaire des bâtiments) et évidemment des usagers… Mais pas quelques-uns… Avec éventuellement des avocats, des associations de soutien, des médecins…

Il suffirait d’une à deux réunions par an, la direction propose le bilan et les axes de travail.
Si les trois collèges sont à égalité de pouvoir, la triche devient difficile, et les directions doivent être transparentes.

J’ai vu ce système en œuvre, et c’est opérant.

Il reste ensuite les associations qui sont non subventionnées (comme Emmaüs) qui gardent leur liberté.

Le sens de cette démarche est simplement de rendre l’action sociale, la solidarité, la fraternité aux citoyens. 

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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