Les droits de l’homme : Dîtes moi, pourquoi ils nous tuent ?

Les droits de l'homme
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Les droits de l’homme

La Lybie un pays où on tue sans excuses !

12 octobre 2021

« Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a tiré mardi la sonnette d’alarme sur le traitement des migrants qui sont renvoyés de force dans des centres de détention en Libye où ils sont la cible de violences et de mauvais traitements. »

Non, ce n’est pas un scoop, la Lybie est l’Eldorado de l’esclavage et de l’assassinat depuis des années. Toutes les personnes qui travaillent dans l’accueil des demandeurs d’asile le savent, les témoignages se multiplient. La mer a englouti cette année 1400 personnes qui fuyaient la Lybie, on estime qu’il y a 26 000 personnes qui montent dans les Zodiac.

L’Onu révèle son enquête, elle dénonce les trafiquants et l’Etat libyen…enfin !

Mamery témoigne.

Mais je voudrais partager une réflexion qui découle de cette réalité. Dans le cadre de mes bouquins, j’ai entamé un projet : « Train de vies », qui relate l’histoire de cinq personnes qui s’accrochent à la vie, le troisième récit est celui de Mamery, qui vient de Côte d’Ivoire et qui a connu deux fois l’esclavage en Lybie. Voici un extrait de son histoire, il relate la seconde fois où il a été prisonnier. 

« Le voyage en bateau lui coûte trois cents euros, il lui reste ainsi, un peu d’argent donc un peu de liberté. Le bateau est un énorme Zodiac, il est rempli de personnes, mêmes quelques femmes et quelques enfants. Ils sont les uns sur les autres, le désespoir rapproche.

Un bateau plus puissant les rejoint, les marins crient en arabe Mamery reconnait la langue. Le bateau tourne autour du zodiac, puis tire des rafales sur l’embarcation. Plusieurs personnes sont tuées, d’autres tombent à l’eau. Le Zodiac a un boudin crevé, et ne flotte donc plus que d’un côté.

Mamery est dans l’eau, il s’accroche à la corde sur le côté, « la ligne de portage ». Il se cramponne, il s’accroche. Il voit dans l’eau la dame qui était à côté de lui. Elle disparaît, elle remonte et disparaît de nouveau. La noyade est rapide.

Ils sont encore quelques-uns à survivre et à s’accrocher, les agresseurs prennent l’épave du Zodiac en remorque, et l’emmènent au large, à grande vitesse. Les survivants rejoignent les noyés. Mamery a mal, ses épaules veulent lâcher la ligne de portage, et pourtant il reste là, il reste vivant.

Le bateau arabe cesse son jeu, attend, puis récupère les quelques rescapés.

Mamery est conduit dans un grand camp-prison, où les prisonniers sont nombreux., ils sont livrés à eux-mêmes. Les gardent contrôlent du haut de leurs murs. Parfois ils tirent en l’air, parfois, ils tuent quelques personnes.

Les prisonniers s’organisent par nationalités.  Mamery rencontre d’autres compagnons d’infortune, de différents pays, quelques ivoiriens comme lui, et des Maliens. Pour la nourriture, parfois, quand les gardiens distribuaient des bouts de pains de dix centimètres, quelques sardines. Ils proposaient éventuellement des cigarettes à la place du pain.

Entre les prisonniers, certains se sont accordé les endroits les plus à l’ombre, l’irrespect peut générer des bagarres, des morts. Mamery, raconte l’agonie de cinq jours d’un prisonnier blessé. Les gardes enlèvent les corps ponctuellement.

« Pour un Lybien, tuer un homme, c’est un petit problème, c’est comme tuer un poulet » »

Mamery

La question

À la fin de notre travail de rédaction, Mamery me demande : « Dîtes moi, pourquoi ils nous tuent ? »
Sur le moment, je n’ai pas su répondre. J’ai imaginé qu’il fallait chercher le fondement dans « la haine ». Je n’ai pas trouvé d’origine à l’hypothèse de la haine. Historiquement, rien ne racontait un amour et un désamour entre les peuples. Alors le racisme ; Mamery est noir, mais lui-même m’assure qu’ils sont bien indifférents à la présence des noirs. Il me parle d’enfants libyens armés qui rançonnent les « étrangers », et qui tuent éventuellement, sous le rire des parents.


Puis ma réflexion m’a conduit sur une autre rive. L’empathie, et l’absence d’empathie ; je découvre à travers mes lectures deux notions : le territoire d’empathie, et la bêtise meurtrière.

Le territoire d’empathie

L’empathie se limite à celui qui est semblable. Pour certains, cette limite est la famille, pour d’autres le village, le pays… Rappelez-vous les guerres de clocher, ou regardez aujourd’hui les guerres des clans. Si l’autre est différent, s’il est d’ailleurs, il n’est pas plus intéressant qu’un poulet.


Serge Tisseron (L’empathie au cœur du jeu social. Albin Michel) relate l’histoire de ce tortionnaire qui achève sa journée. Sa dernière victime lui demande si à la maison avec sa famille, il raconte son travail, les tortures. Le tortionnaire renonce alors à son retour au domicile, il reprend le « travail », et torture à mort celui qui a posé la question. Il lui était insupportable que ce misérable s’assimile un instant à lui-même…
L’empathie se limite et est réservée à nos proches…

La bêtise meurtrière
« Détruire, comme frapper,
est le jeu de ceux qui n’ont pas d’imagination. »

Maurice Berger

Maurice Berger, célèbre en particulier pour son livre « Voulons nous des enfants barbares ? » (Edition Dunod) Explique dans la présentation de son nouvel ouvrage : « Sur la violence gratuite en France. Adolescents, hyperviolents, témoignages et analyses (L’Artilleur, 2019)

« Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences.
Le plus grave est l’absence d’empathie, de capacité de comprendre ce que l’autre peut ressentir. Ainsi, je demande à un jeune qui a mis un adulte dans le coma pour un supposé mauvais regard, pourquoi il n’a pas tué sa victime. Réponse : « Parce qu’un copain m’a tiré en arrière par mon sweat ». 

Je l’interroge sur ce que cela aurait fait à la mère de sa victime si son fils était mort. « Elle aurait été triste un moment, puis il faut passer à autre chose, ne pas s’apitoyer toute sa vie, c’est ballot. Il aurait dû mourir un jour de toute manière ». Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences, ce qui est très déstabilisant pour les professionnels, il faut passer par d’autres voies. »

Arendt décrivait aussi la « bêtise » d’Eichmann.

Oui, les personnes sans éducation, sans réflexion sont facilement et mécaniquement des monstres.

Une tentative de réponse…

Quand je regarde tous les massacres, je vois l’ombre de la bêtise. La misère, le « patriotisme exacerbé », les slogans, les mensonges, les réponses simplistes conduisent aux massacres en Europe avec Hitler, en Yougoslavie, au Rwanda, en Lybie … mais aussi dans des quartiers… sur des terrains de foot parfois (je ferai un article sur les bienfaits et les risques du sport.).

Tu sais Mamery, tu as frôlé des dizaines de fois la mort, tu as vu tes voisins mourir, mais « il n’y avait rien de personnel »… Car aux yeux des monstres tu n’es pas une personne, ils ont moins d’intelligence que mes chiens qui dorment …

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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