Les débats de l’écran… La dette sexuelle

la dette sexuelle
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Les débats de l’écran… Les dossiers de l’écran

Dans mon enfance, « Les dossiers de l’écran » avaient un sens précis. Il s’agissait d’une émission hebdomadaire dont le principe était simple : Un film suivi d’un débat de « spécialistes ». Mes parents m’autorisaient à regarder l’intégralité de l’émission quand le sujet m’intéressait. Souvent, je passais la semaine, à repenser aux échanges, à tricoter et détricoter les arguments. J’ai appris ainsi à ne pas me fier aux évidences, et à apprendre à faire des choix, se faire une opinion.

Aujourd’hui l’émission n’existe plus. Les seuls débats se font en période électorale. Il n’y a pas de vrais débats, il y a des joutes verbales, des polémiques. Le jeu consiste juste à renforcer son opinion de départ, pas de se construire sa propre réflexion.

Cette culture du débat s’est étiolée avec le temps, nous avons maintenant l’information en continu. Une question, et la réponse est chez Siri ou Alexa ou Gertrude. Net.

Ainsi, nous sommes tous des spécialistes, tout sujet … Nous sommes libérés de l’apprentissage, des leçons, des maîtres, et de la réflexion.

Même un prix Nobel peut être contredit sur la toile. Plus personne n’a d’autorité. Il m’arrive parfois d’intervenir sur des sites de VAE, où des candidats démontrent des inquiétudes. Je réponds par exemple « non, les entretiens se font en français, on ne vous demande pas de langue étrangère », et des spécialistes mystérieux viennent m’insulter.

Je le sais, il ne faut pas sur les réseaux sociaux ouvrir un débat, c’est automatiquement un gouffre à conneries. Je publie peu, et non pas que je ne donne pas mes opinions, mes posts sont déclaratifs, fermés, informatifs.

Et pourtant, aujourd’hui, j’ai failli à ma « bonne conduite ».

La dette sexuelle a la pêche !

Claire est une amie FB qui publie beaucoup de blagues et des choses censées. Je l’apprécie. Parfois, je lui fais un commentaire, je like souvent et très rarement, je partage. Aujourd’hui, elle publie une petite BD sur « la dette sexuelle ». L’idée est « ce n’est pas parce que tu as fait un ciné, bu un coup, que tu dois dire oui sexuellement à l’autre ». j’ai trouvé la Bd sympa, vraie et… utile ? En une seconde, je me suis dit, c’est bien de réaffirmer que nos rapports sociaux peuvent exister sans transaction sexuelle. J’aime parler des belles personnes.

Et diantre ! Pourquoi ai-je partagé ce post ? Aussitôt, une première réponse apparaît : «

• « C’est triste ! Finalement, les femmes n’aiment pas tellement le sexe… »

Tout de suite, j’ai vu la polémique se faire. Était-ce l’humour ? De la bêtise ? J’ai pensé répondre que sociologiquement, la notion de femme ou d’homme n’a pas de sens…Mais … :


« Non mais à un moment, faut VRAIMENT arrêter, Jo… Ça devient pathétique, là, toutes ces injonctions complètement archaïques et ces stéréotypes bien ancrés (et encrés) dans vos idées ! N’importe quoi ! Ce n’est pas du tout la première que je … »

37 commentaires dont :

• «  Il me semble que ce qui est important, c’est de comprendre que quand ça ne fait pas rire les personnes concernées (par exemple les femmes, les noir•e•s, les trans, etc.), c’est que c’est malvenu.

• Celui qui paye prend toujours des droits sur celui qui reçoit quel que soit le sexe ou le non sexe et le contexte. Chacun devrait s’en souvenir. Justement, je suis pour une équité. Mais il y a des règles et des coutumes relationnelles surannées et trom…

• Les femmes aiment autant le sexe que les hommes, on leur répète seulement depuis leur enfance qu’une femme n’a pas de désir, que le sexe, c’est mal, qu’elles ne sont là que pour donner du plaisir aux hommes !

• Donc quand on fait un cadeau à quelqu’un, c’est forcément pour avoir l’ascendant sur ellui ? C’est une façon de penser qui est pour le moins archaïque et totalement fausse. Quand on fait un cadeau à quelqu’un, c’est pour lui faire plaisir, pas …


• Comme précisément, j’aime le sexe, je ne le considère pas comme un travail rémunéré. Et comme précisément, j’aime le sexe, j’évite les partenaires qui pensent devoir payer.

• Maaaais non, eeeenfin : c’est de l’huuuuumour… Franchement, tu trouves pas ça suuuper drôle.

• Chers Amis FB, à quoi bon discuter si tout le monde est d’accord ? Il faut bien, parfois, se faire l’avocat du diable, titiller les avis trop tranchés !

• Et bien voilà, N a tout compris ! Et oui quand on fait un cadeau, on attend de la reconnaissance, de l’amour, de l’intérêt… Toutes choses nobles ou d’autres, moins nobles.


• quitte à ne pas accepter un rapport sexuel, autant ne rien accepter du tout ! Ça va plus vite et c’est encore plus clair !
Je fais attention à ce que j’accepte.
Et quand j’accepte, je sais à peu près où je veux aller.

• C’est la nouvelle génération de femmes qui se soumet à un acte sexuel en remerciement …..? C’est très grave, elles deviennent de la marchandise !

• Ce qui est pratique, David Lerenard, avec ce genre de publication, c’est que rapidement, tu vois qui, parmi tes ami•e•s, est complètement coincé dans des stéréotypes archaïques et n’essaie pas d’évoluer… »


Cet échange est banal, devenu normal, quotidien et sans doute sans intérêt… Eh bien, pas pour moi.

L’échange et le débat…


L’objet d’un débat, c’est d’être plus riche à l’arrivée qu’au départ. C’est comme une lecture, prendre un bouquin, c’est accepter de rencontrer. Je lis en ce moment « une vie » de Simone Veil. C’est un récit, elle explique sa vie, ses idées. C’est une richesse énorme, et je ne lis pas pour renforcer mes idées, mes impressions. Pour exemple, là où j’en suis, elle parle en bien de VGE, moi cet homme n’attire pas ma sympathie, il faudra pourtant que j’accepte qu’il a su défendre des conceptions progressistes.
Chaque lecture, chaque rencontre ouvre l’esprit, à condition de cesser de se dire « mon point de vue est le meilleur, je sais ».

Je reviens sur « l’échange » cité plus haut. Certains amis ont défendu des positions avec lesquelles je suis d’accord, mais la forme des rencontres ne peut qu’être conflictuelle. En particulier, un ami FB, que je suis et je trouve passionnant défend ce droit à la liberté, ce refus de la dette… Mais ses mots appellent le combat.


Le besoin de communiquer.

Quand je l’ai posté, je trouvais juste positif d’affirmer ce droit à la liberté, une évidence pour moi. Je n’étais pas sur une pseudo-analyse « toutes des putes ou tous des salauds ». Il a déclenché de l’humour maladroit, des déclarations intempestives, des mini-engueulades.
Cherche-ton à exister par nos déclarations ? Nous, rédacteurs, cherchons nous à exister par nos articles… Évidemment oui.


Communiquer est un besoin, on peut l’inclure dans le besoin d’estime et le besoin d’accomplissement décrits par Maslow.
J’invite à privilégier sa communication dans le dernier besoin : l’accomplissement. La communication est alors plus créative, plus sublimée… Plus belle aussi. Mais qu’importe, l’essentiel est dans le droit de communiquer, et de respecter le droit de l’autre à communiquer.
Il ne s’agit pas d’écraser l’autre, la différence entre un débat et un combat, c’est que dans un combat, il n’y a qu’un vainqueur, dans un débat, il y a deux vainqueurs, et pas de perdants.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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