Une femme voilée se dévoile :

Femme voilée

Par Faten Mag – Notre invitée pour l’article de la Femme Voilée se dévoile

Je souhaitais écrire un article sur la femme voilée, mais quand j’ai lu celui-ci, j’ai préféré inviter Faten Mag car je crois bien que je n’aurais pas fait mieux.

Lionel Belarbi

J’ai écrit un texte il y a quelques jours abordant le comportement d’un élu local et plus largement le port du voile. Cela m’a valu quelques insultes, quelques courageux par messages privés dont un que je remercie fortement d’être venu m’avertir du danger qui plane sur notre pays et du risque que je cours un jour de n’avoir « que des bites de musulmans à sucer ».

C’est toujours important de se soucier de l’épanouissement sexuel de son prochain. Je ne garderais pourtant de tout ça que le meilleur : les témoignages de ces femmes qui sont venues me remercier de les « considérer ». J’en ai la gorge qui se serre parce que certaines ont l’âge d’être ma mère. D’autres pourraient être mes sœurs, mes amies. Elles sont ingénieures, mamans au foyer, mariées, célibataires. Elles ont des rêves, des projets et de l’espoir. L’espoir de vivre en paix, comme beaucoup d’entre nous, dans ce pays.


Je ne me sens ni le porte-parole, ni la voix de ces femmes. Elles ont la leur et c’est pourquoi j’ai demandé à l’une d’entre elles de témoigner. De qui elle est, de ce qui la porte, de ce en quoi elle croit et de ce qui la fait avancer. La femme qui se cache derrière le voile. Derrière ce morceau de tissu qui pour certains définit tout ce qu’elle est. Ce n’est pas un texte que je partage pour mettre le feu aux poudres. C’est juste un voile sur la haine que j’aimerais poser. Ou un voile sur l’amour que j’aimerais lever.

Tu m’as demandé Faten, comment je faisais pour gérer sur les réseaux sociaux la violence de certains commentaires. Grâce à toi, Faten. Parce que la vie dans ce monde fictif, c’est exactement comme à l’extérieur. Il faut garder la tête haute, sourire à ceux qui te le rendent et s’entourer des meilleurs. Le reste, c’est le travail de ceux qui font le choix de la haine.

Et à vous qui avez fait le choix de ne pas passer de l’autre côté, je vous laisse découvrir avec ses propres mots et sa propre voix, qui est Faten :


Française musulmane de 38 ans, j’ai grandi dans le département de la Seine Saint Denis dans une famille très modeste. Les inégalités sociales qui étaient mon lot quotidien, m’ont permis de développer un sens de la débrouille et de la détermination.

Je suis née d’une mère française algérienne et d’un père tunisien. Je n’ai reçu aucune éducation religieuse, j’ai jeûné quelques fois par mimétisme, car mon père pratiquait le jeûne durant le mois de Ramadan.

J’ai toujours eu cette envie viscérale de m’extraire de mon milieu social premier qui me donnait peu de chances d’avenir. Les conditions sociales, ainsi que ma cellule familiale dans lesquelles je vivais, ne m’offraient aucune vision du champ des possibles qui pouvait s’offrir à moi. La littérature que j’empruntais à la bibliothèque municipale et l’écriture, ont été des outils de délivrance. J’ai tenu un journal très tôt, après la lecture du journal d’Anne Franck. J’ai pris mon indépendance très tôt, et avais une vision erronée du mot « Bonheur ».

J’ai donc suivi comme certains d’entre vous, un cheminement tout tracé, à savoir un emploi stable, un logement, une voiture, des voyages, un mari et des enfants pour en arriver à un constat tragique de perte de repères car toutes ces choses n’ont pas comblé ce vide existentiel.

J’ai bien tenté quelques alternatives comme l’alcool, les hommes, la reconnaissance sociale, les achats inutiles, les voyages, les antidépresseurs, mais ces camisoles ne m’ont contentées qu’un temps.
J’ai été dans une quête de sens et me suis orientée vers le développement personnel. Après une introspection, j’ai fait des recherches sur la religion musulmane.

Ce que j’ai découvert faisait écho en moi, après plusieurs lectures, mon cœur commençait à reprendre espoir et je suis devenue musulmane à 34 ans.
Les valeurs que prône l’islam me poussent quotidiennement à me réformer, à aider mon prochain, et à suivre des prescriptions divines comme la prière, le jeûne, l’aumône, le port du foulard…
Dans mon cheminement spirituel, j’ai décidé de porter le foulard à 35 ans.
Ce choix intime a été le fruit d’une longue réflexion. Je le porte depuis bientôt 4 ans. Mes proches en ont eu peur au départ, pour finalement l’accepter.
L’acceptation a été tout un processus auquel il m’a fallu faire face. J’ai affronté l’indignation des miens. Les questionnements sur la recherche de mes motivations, le sens que j’y mets derrière, ont duré quelques mois, ce qui au passage est légitime avec tout ce que l’on entend sur l’Islam de nos jours. Ils ont fini quelques temps plus tard par l’accepter, me voyant plus sereine sans avoir recours à tous ces substituts de bonheur qui comblaient ce vide.

Femme voilée

Vu ce que les médias diffusent sur notre noble religion et les parallèles mis en évidence entre le terrorisme et cette dernière, il est difficile de ne pas en être effrayé. L’incompréhension de certains français est légitime jusqu’à ce qu’ils se donnent la peine de comprendre par eux-mêmes. Non pas en allumant la télé non, car c’est un tissu de mensonges. Il y a des réalités sur le terrorisme que l’on ne peut pas nier tant c’est évident, et malheureusement de pauvres citoyens en ont payé le prix. Mais ne mélangeons pas tout et méfions-nous des apparences : regardez comme le sel ressemble au sucre.


Faites travailler votre esprit critique, comprenez les objectifs des médias, intéressez-vous à la géopolitique, et à la religion musulmane mais pas de manière fictive à travers un écran, où l’on peut y trouver à boire et à manger tout comme pour la religion d’ailleurs.

Coluche disait : « On ne peut pas dire la vérité, car il y a trop de gens qui regardent ».

Coluche

Dans « Le cercle des poètes disparus » le professeur Keating donnait des conseils qui ne datent pas d’hier, mais qui sont pourtant toujours d’actualité :
Ne pas céder au conformisme, apprendre à suivre notre propre cadence, ne pas laisser l’auteur décider pour nous, penser par nous-mêmes, regarder les choses sous un autre angle en changeant de perspective afin de mieux comprendre les différences d’opinions et requalifier parfois même notre pensée.


Gandhi disait : « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité sous des angles différents. L’ignorance, elle brille avec éclat, chacun a raison de son point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort ».
Je m’inspire de certains pour trouver ma propre cadence. Je pense par moi-même, je réfléchis comme beaucoup d’entre vous. Je tombe, je me relève et j’avance, mais je ne porte pas le poids du monde sur mes épaules.

Pourtant, les choses que j’ai lues m’ont blessé mais de nature optimiste, je me focaliserais toujours sur le verre à moitié plein, à savoir les personnes qui me veulent du bien, qui sèment l’amour autour d’elle. Je suis tolérante face aux différences d’opinion religieuse, d’orientation sexuelle, de pensée et j’attends que l’on soit aussi à mon égard, et puis c’est aussi un peu le pari de la démocratie.

Je ne cherche ni à convaincre, ni à me poser en tant que victime. Je suis actrice de ma vie et en tant que citoyenne française musulmane, j’ai voulu vous confier ô combien certains mots m’ont heurté.

femme voilée

Une remise en question est à envisager lorsque des milliers de personnes se sentent heurtées. N’oubliez jamais une chose « Nous avons-nous aussi des cœurs ».
Sans cet effort de réflexion, nous fonçons droit dans le mur. La parole des principales intéressées est confisquée, et une vision fantasmée de la femme musulmane voilée est dépeint.


Ces femmes voilées sont plurielles, et je ne représente que moi-même en tant qu’individu. Nous sommes toutes différentes, comme toutes les femmes de ce monde.


Ces derniers jours, à travers les réseaux sociaux, j’ai pu y lire des choses qui s’apparentent à de la haine.


Ma religion est amour au quotidien, elle me permet de parfaire mes qualités, de reconnaître mes défauts et d’y travailler. Les prescriptions divines que je suis, sont réalisées dans un souci de plaire au divin. Je m’engage dans diverses associations 1901 qui encouragent l’accompagnement de jeunes issus des quartiers populaires, des jeunes filles pour les aider à viser l’excellence. Je donne des cours particuliers, je partage mon réseau professionnel avec mes contacts, si ça ce n’est pas de l’émancipation !


Une légende amérindienne raconte :


Un jour, il y eut un grand incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment le tatou agacé par cette agitation dérisoire lui dit : « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le Colibri lui répondait : « Je sais, mais je fais ma part. »
Voilà, je fais moi aussi ma part.


J’ai par ailleurs, fondé une association 1901, qui vise à initier un public intergénérationnel, interculturel et inter social à l’écriture et à l’art oratoire dans un premier temps pour ensuite mobiliser ces compétences auprès des personnes les plus vulnérables, tels que les retraités, les sdf…en leur contant des histoires inspirantes et en leur proposant de nous conter les leurs, afin de les retranscrire. Cette idée est née des différentes lectures sur le principe de résilience, pour tenter de distancier la douleur à travers l’écriture et des différentes épreuves que j’ai affrontées dans ma vie. Et à travers cette structure, je souhaite les transcender en du positif.


A la manière de Charles Baudelaire qui disait : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

L’écriture est une de mes grandes passions, elle m’a permis de remanier mon histoire. Je souhaite donc faire partager cette découverte. Je tiens un journal depuis de longues années, après avoir lu le journal d’Anne Franck. J’écris des textes que je présente parfois lors de scènes slam. J’y rencontre des personnes plurielles extraordinaires, qui ont des valeurs similaires aux miennes.
Je suis dans une dynamique d’amélioration, je sème le meilleur de moi-même chaque jour, et travaille comme tout un chacun, sur mes points faibles.
J’ai pour projet d’ouvrir une école d’écriture qui offrirait des ateliers d’accompagnement et d’échanges.


Je suis issue d’une formation commerciale, j’ai très vite évolué dans ce domaine à des postes d’animation d’équipe, qui ne correspondaient pas à mes valeurs.
J’ai fait une reconversion professionnelle il y a trois ans, et me suis orientée vers l’enseignement. J’y suis restée deux ans, et me suis arrêtée en août pour me consacrer à mon projet personnel, ainsi qu’à l’approfondissement de certaines compétences.

Je me considère française à part entière, et je ne reconnais pas l’islam qui est relayé par les médias. J’ai été profondément touchée par les propos de certains élus et de personnes sur les réseaux sociaux.
Je suis confronté à des difficultés comme beaucoup d’entre nous, la baisse du pouvoir d’achat, les délocalisations d’entreprise, le chômage, le délit de faciès, les inégalités scolaires, le harcèlement scolaire, les pesticides et j’en passe.


J’essuie aussi beaucoup de préjugés du fait de mon appartenance religieuse. Les principes fondamentaux de notre pays sont la tolérance par la liberté de conscience, l’égalité et la fraternité entre les divers acteurs de ce pays. Je suis une résistante et crois avec force à ces nobles valeurs que porte notre pays.

femme voilée

Mon grand-père a participé à la libération de la France, et j’en suis très fière car c’est honorable.
Pourtant, forcé de constater que nous sommes très loin de cette réalité. La division que tente d’amener certains politiques, à travers les médias n’améliore pas les choses.

Et loin d’être utopiste, j’ai encore foi en l’humanité et reste convaincue que les êtres de lumières et je ne parle pas de religion, mais plutôt ceux qui croient encore à ces nobles vertus que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, seront vainqueurs contre ces êtres remplis de haine, qui sèment la terreur et veulent amener la France au chaos.


Les fléaux que nous rencontrons en tant que français sont nombreux et nous devons les combattre, que ce soit les inégalités sociales, les violences conjugales, policières, le harcèlement au travail, la précarité sociale, la réforme des retraites, le chômage, la délocalisation, le réchauffement climatique, l’occupation de l’armée française dans certains pays, le terrorisme, la radicalisation, les extrêmes, le racisme, l’injustice…


Ce sont des combats que nous ne devons pas lâcher, et pour lesquels nous devons tous apporter notre contribution, aussi petite soit-elle.
Le climat anxiogène qui règne dans notre pays, ne donne pas pour autant le droit de rejeter la faute sur la communauté française musulmane. Les valeurs de la France sont des valeurs que je prône, comme la grande partie des musulmans.

Ne nous trompons pas de combat, et ne répondons pas à l’affirmative à ces tentatives de discordes, soyons des personnes tolérantes les uns envers les autres.
Avoir des proches athées, gays, juifs, musulmans, alcooliques, chrétiens, n’est pas un frein pour moi, car le dénominateur commun qui nous rassemble est des visions ou des passions communes.
N’oublions pas non plus que les enfants nous regardent, et réfléchissons sérieusement à ce que nous souhaitons leur laisser comme héritage.

J’ai pris la parole car le silence vaut acceptation et terminerai avec ce vieil adage

« Au loin, j’ai vu un monstre
En m’approchant, j’ai vu un homme
En lui parlant, j’ai vu un frère. »

Fraternellement et avec amour,
Faten. K

Crédit dessin : Loon

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Lionel Belarbi

Sur ce blog je traite et analyse des sujets d’actualités qui me font frémir de délire, sans avoir un avis journalistiques ou autres, j’exerce en toute impunité. Écrivain bipolaire à la plume corrosive, poétique, parfois humoristique ou tragique, mais toujours authentique. Merci de me signaler les photes d'orthographes, elles sont nombreuses et je m'en excuses par avance.

3 réponses

  1. Avatar Toto dit :

    Bla-bla-bla…

    Le voile est un marqueur religieux, la religion relève de l’intime, le voile m’agresse, stop au prosélytisme musulman, la France est catholique et laique. Et pendant ce temps des femmes meurent ou sont torturées pour avoir le droit de ne pas porter ce voile….
    Stop a l’islam.

  2. Nans Nans dit :

    Moi, je voudrais vous remercier de ce témoignage qui explique et permet de comprendre ce qui peut motiver à porter le voile, même si pour des raisons de libre arbitre, ce choix peut choquer.

    Personnellement, j’aimerais vivre dans un pays où chacun est libre de s’habiller librement, court vêtu mais sans risquer le viol ou même déguisé en dark vador mais sans se prendre des coups dans la tronche…

    Le libre arbitre, c’est la capacité qu’à chacun de choisir sa voie sans interdire aux autres de vivre la leur. Bien à vous, au pays de l’égalité.

  3. Avatar JapprendsChaqueJour dit :

    Bonjour Faten et merci d’avoir exprimé votre point de vue.
    Il est fait de tolérance et de respect d’autrui ce qui devrait être la base de toute relation sociale.
    Votre retour à l’islam s’est fait, entre autres, à travers le port du voile que vous semblez considérer comme une obligation.
    Permettez moi juste d’apporter un autre éclairage car de nombreux autres mulsuman(e)s ne le considèrent pas ainsi.
    http://www.parlemoidislam.com/le-voile-est-il-une-obligation-religieuse/

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