Le syndrome du téton nu : Une censure contemporaine

Le syndrome du téton nu
Le syndrome du téton nu

Le syndrome du téton nu

Souriez, vous êtes tracés. Tout le monde en parle, tout le monde le sait mais ça ne choque en définitive que ceux qui en sont victimes. Un peu comme le cancer ou un AVC ou encore la pauvreté, tant que l’on n’est pas touché soi-même ou un de ses proches, on s’en balance pas mal.

Pourtant la question de la censure et de l’autocensure se pose de plus en plus fort dans notre société. Pour les plus anciens, le web fut un nouveau far-west où chacun pouvait développer le pire comme le meilleur discours. Et généralement, ça n’était pas pire qu’une vie dans un quartier sans foi ni loi ou encore l’affligeante destruction des individus par un système mondialisé promouvant avant tout la réussite.

Revenons à nos jours. Un monde dit « ouvert », un monde qui se satisfait d’un progressisme à la silhouette réactionnaire, un monde où tous les voyants sont au rouge sauf, bien entendu, les rayons bien achalandés des centres commerciaux. Les zombies sont partout. Comme l’avait prédit George A. Romero dans la Nuit des Morts-Vivants ou de son premier Zombie (et oui les zombies sont en fait les êtres humains totalement lobotomisés par la consommation, mais la métaphore ne peut évidemment pas être comprise par ces mêmes lobotomisés du bulbe), nous avons atteint un point de non-retour. Chacun, entendez le « citoyen », n’est plus qu’un consommateur abruti par les victuailles et les loisirs onéreux dont il se goinfre. N’y voyez rien de politique.

Nous avons simplement changé d’époque. Une époque où l’on est tous détenteurs d’un compte sur un réseau social, où l’on y publie ses photos de chaton, de repas (comme pour se vanter de la bouse que l’on éjectera quelques heures plus tard par l’anus), ses passions, ses joies, ses peines et pire encore, ses opinions.

On entend ici et là que les « cons » seraient manipulés par les algorithmes des réseaux sociaux. Trump aurait usé de ces fallacieuses méthodes pour accéder au pouvoir. Mais doit-on rappeler que son prédécesseur Obama usa des mêmes méthodes pour se faire élire ?

La manipulation de masse, au sens méthodique et scientifique du terme, existe depuis la première guerre mondiale. Pensée, élaborée par l’armée anglaise en premier lieu puis reprise et améliorée par les dictatures et démocraties occidentales tout au long du XXème siècle. D’ailleurs, le terme propagande a été remplacé par le mot « communication » pour faire plus « joli », moins Hitler ou Staline. Mais les recettes sont les mêmes et les objectifs également : forcer les « masses », entendez vous et moi, de façon consciente ou inconsciente à adhérer aux projets des puissants publics comme privés qui les mettent en place.

L’arrivée des réseaux sociaux a quelque peu modifié les méthodes, les techniques mais surtout, et c’est là que la catastrophe pointe le bout de son nez, elle a changé d’échelle, obligeant les non-zombies à s’adapter pour continuer à perturber le système qui nous régit. Cependant, il devient compliqué de tenter de contrer les « puissants ». Ceux-ci laissent proliférer les zombies du café du commerce mondial sur les réseaux ainsi que les idiots utiles qui ne voient de mal nulle part. Le brouhaha a remplacé les goulags, les camps de concentration, les actes de torture et les exécutions sommaires.

Désormais, les maîtres du jeu sont ceux qui donnent le La aux puissants Facebook, Twitter, Tik Tok ou Snapchat. On y est soi-disant libres. Libres d’y raconter n’importe quoi – les zombies du café du commerce mondial – d’y exposer ses griefs ou encore d’y mettre une cible sur un ennemi identifié (Samuel Paty en France, l’année dernière, a été clairement pointé du doigt et a été désigné comme gibier à abattre sur Facebook par des radicaux islamistes à plusieurs reprises avant d’être abattu, pour ne citer qu’un cas emblématique).

Il est possible d’y affirmer que la Terre est plate, que les chemtrails distillent des produits qui contrôlent les esprits, ou encore que ma grand-mère est le fils de Dieu et l’inventeur du Zyklon B. Tout y est possible. Sauf la création… Ah si ! Les poètes à la petite semaine, les photographes grotesques, les œuvres nulles des tatoueurs ou encore les fessiers-grenetiers de Kardashian. Il est aussi possible d’y adorer Zemmour comme de le détester.

Tout y est autorisé. Sauf le téton nu. Le téton des femmes, pas ceux des hommes. Il est interdit de montrer ça, tout comme on est passible d’un bannissement à vie pour l’exposition d’un tableau tel que l’origine du monde. On ne peut montrer des nus artistiques, on ne peut surtout pas y montrer deux poils pubiens. Nous devez y accoler une croix pour cacher « ce sein que je ne saurais voir ». Mais on peut en appeler à la mort d’un professeur d’Histoire d’un collège tranquille.

On peut aussi y partager des milliers de livres de tête de gondole aussi stupides et mal écrits les uns des autres, mais jamais y mettre les extraits d’un ouvrage à la première personne qui raconte la vie d’un hooligan vociférant des slogans haineux et racistes tant bien même que l’auteur veut les dénoncer.

L’ère du premier degré des zombies a triomphé. Les plus sales, les plus « honnêtes gens » ont vaincu la critique, l’esprit critique et la liberté d’expression. Les bots de Facebook et les autres sont à l’affût. Téton de femme? Banni ! Propos au 2ème degré ? Banni ! Humour potache et caricature ordurière assumée des puissants ? Banni ! Les seins des femmes, la pensée critique et l’humour sans entrave, c’est terminé !

Vous avez le droit de diffuser la vidéo d’un chevreuil qui se fait abattre, d’un type qui se fait broyer la jambe sous les roues d’un train, d’une adolescente – à condition qu’elle cache ses tétons – qui se vend sur MYM ou ONLYFAN, mais vous ne pouvez plus montrer des nus peints par des artistes, vous ne pouvez plus écrire en commentaire « Tarlouze » à un ami homo qui sait que vous avez du deuxième degré, pas plus que vous ne pouvez écrire à votre frère aimé, et au millième degré, qu’il n’est qu’un « mongole »… RAUS! VERBOTEN !

Ah si vous pouvez le dire au café du commerce du coin déserté par les gros cons au premier degré qui, désormais, ont pris le pouvoir sur tous les réseau sociaux.

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Léonel Houssam

Léonel Houssam, rédacteur, romancier et biographe français né en 1973. Connu entre 2005 et 2013 sous le pseudonyme Andy Vérol, il s'attache à écrire le monde sans filtres ni concessions.

1 réponse

  1. nana dit :

    ah…! enfin un humain qui réfléchit avant de dire. Bien utile cette réflexion et intéressante. Il y a peu, j’ai eu une discussion avec un ami sur les tetons des femmes interdits, dans l’image culturelle comme dans le lieu public. Car s’il existe des lieux naturistes ou le teton est unisexe, dans l’espace public estival il n’est que masculin (sauf sur le sable), et ce mondialement. Et qui a dit que des mamelles féminines seraient plus sexualisees que les torses masculins ? des hommes bien-sûr qui nient toujours la sexualité libre des femmes sur l’autel de la même loi qui dissimule un téton plutôt qu’un autre.

    Dans l’art, comme dans la vie, une femme cis-genre me ressemblant aime regarder des oeuvres, les commenter et se mettre torse nu dans un parc quand il fait chaud ou ne pas porter de soutif si cela la gêne : pour moi, c’est un outil désagréable et inutile. Que neni ? Mon frère que je garde en grande estime, un homme réfléchi et intéressant, intelligent, qui me connaît bien me fait la réflexion que un soutif ce serait « mieux » sous ma robe, plus « joli ». Me sentant libre, j’ai éludé cette injonction nouvelle de beauté. Mais, je me suis rappelée quelques commentaires sur la vision de l’ombre de mes tetons sous mes vêtements par des copines bien intentionnées. Et alors, me voilà acheter des dessous qui d’inutiles pour moi, sont devenus un atout de séduction…

    Aujourd’hui, vous me voyez en plein doute sur la vue publique de mes tétons, voilés ou non.
    Quel est le plus sexualisé ? le soutif joli qui fait face l’apesanteur ou le teton ? dilemme du voile ou non, du nombril ou non, les hommes intrumentalisent le corps des femmes à leur convenance… et il y en a marre !
    Laissons vivre nos tétons comme notre tête pleine. Le torse d’un homme mammifère est un autant sexuel que la poitrine d’une femme mammifère. Un corps peut être attirant sexuellement sans être nu comme nu. Je rappelle aux hommes que les femmes sont des animaux comme tout le monde, elles ont des désirs comme les hommes, des orgasmes aussi… et je n’ai jamais vu une femme demander à un homme de cacher un torse puissant ou lui dire de remonter ses couilles, et pourtant ! Ahh ! la puissance du téton….

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