Le mythe de la neutralité en politique

Le mythe de la neutralité
Le mythe de la neutralité

Iels existent les élu.es qui se proclament sans étiquettes. Iels revendiquent leur « ni droite, ni gauche », ou leur apolitisme, leur position neutre. Est-ce possible ?

Le mythe de la neutralité en politique.

Il y a peu, j’écrivais un article sur « Apprendre à transgresserBell Hooks (éditions sylepse) », l’auteure, y décrit son engagement dans un enseignement critique, qui inclut la conscience de race, de sexe et de classe sociale. Elle y explique également « « Le système bancaire éducatif »_ basé sur l’hypothèse que mémoriser de l’information et la régurgiter revenait à gagner des connaissances qui pouvaient être stockées et réutilisées plus tard ne m’intéressait pas. Je voulais devenir une penseuse critique. Pourtant, ce désir était souvent vu comme une menace pour l’autorité. Les étudiants blancs (hommes) considérés comme exceptionnels avaient souvent le loisir de tracer leur parcours intellectuel, mais le reste d’entre nous (en particulier les personnes issues de minorités) devait se conformer. »

Dans l’espace universitaire qu’elle présente, elle démontre que la pensée, l’acte de réfléchir, donc d’être critique s’accompagne d’une connaissance du « qui je suis », et du « dans quel milieu j’évolue ».

Chacun est porteur dans l’ensemble de sa vie de ses origines, de sa culture, de son sexe. Être une femme noire issue de milieu défavorisé n’ouvre évidemment pas le même scénario que d’être un homme blanc issu de milieu aisé.

De plus au-delà du « qui je suis », il y a le dessein que la société construit pour l’individu. En particulier, l’histoire est différente quand on est femme ou homme.

Cette question est analysée de nouveau par Manon Garcia dans son ouvrage « on ne naît pas soumise on le devient » (Champs) Elle présente le concept de situation. « le concept de situation ne signifie pas la simple facticité dans laquelle le sujet se trouve (le fait d’être né quelque part, d’avoir une certaine famille), mais la structure sociale et économique dans laquelle les individus se trouvent et qui a pour conséquence que leur mauvaise foi, c’est-à-dire leur tendance à utiliser cette situation comme justification du fait qu’ils ne cherchent pas à être libres, ne leur est pas imputable, n’est pas une faute morale radicale comme elle l’est chez Sartre. La réelle mauvaise foi au contraire, refuser de reconnaître que l’on se trouve dans une certaine situation, dans laquelle la différence sexuelle est signifiante. Être libre, ce n’est pas s’opposer à la facticité, mais c’est connaître et reconnaître cette facticité pour se positionner à partir d’elle. »

Ces deux illustrations littéraires et philosophiques permettent d’envisager que nul n’est neutre, et que personne ne peut prétendre à la neutralité.

Chacune de nos décisions émane d’une histoire personnelle. Aujourd’hui, je travaillais sur une situation dans l’action sociale où un chef de service prend conscience qu’il a dirigé son équipe en fonction de son expérience avec des adultes déficients, et que ses conseils avec une population psychotique conduisent au jeu de massacre. La connaissance est elle-même dépendante de son environnement.

Avant de se définir comme « ni droite, ni gauche », il est important de se définir soi. On peut être un libre-penseur, on peut le revendiquer, mais cette idée même de « libre » penseur n’a pas de sens si on ne prend pas conscience des chemins empruntés pour se construire. Dans le débat, par exemple entre un catholique et un mulsuman, la neutralité n’est pas incarnée par l’athée, mais par la laïcité (si elle existe !), donc une position construite, élaborée, identifiable.



Ni gauche, ni droite.



C’est un mythe très fréquent, bien sûr, nous avons le Président actuel, mais bien avant, il y a eu toutes les politiques « d’ouverture » où la gauche recrutait à droite, et la droite à gauche.
Dans de nombreux pays, la politique est binaire, c’est le cas en France. L’échiquier va de droite à gauche, et les candidats se situent, ou sont situés par les autres. Il semblerait que chaque idée appartienne à un côté politique. En gros, on caricature par les clivages patrons/ouvriers, finances/humains, ordre moral/laxisme…

Quand Giscard décide de présenter la loi sur l’IVG, ou qu’il opte pour la majorité à 18 ans, est-il de droite ou de gauche ? L’abolition de la peine de mort, l’égalité des époux devant la loi, la fin du service militaire, le mariage homosexuel sont elles des idées de droite ou de gauche ?

Ces débats sont des débats politiciens, c’est-à-dire des débats qui sont ancrés dans le simplisme, ou les simplismes gauche/droite. « Le simplisme, c’est l’ensemble des stratégies qui visent à supprimer une ou plusieurs caractéristiques de la pensée complexe. »(François Balta)

En politique, l’objet est de faire adhérer, voter, pas d’appréhender la complexité du monde. Pas de comprendre
« L’instance politique_ « le politique » comme l’on se met à dire aujourd’hui_ est totalement silencieuse. Rien n’a bougé internationalement ni même nationalement, en dehors de réactions partielles de quelques pays courageux. Or, pour être pertinentes et efficaces, les réponses doivent être mondiales ou mondialement coordonnées.
Ce silence du politique est signe de paralysie. Or, cette paralysie est à elle seule une redoutable aggravation de tous ces dangers ou de tous ces risques. » (Michel Rocard)


En effet le débat gauche/droite est un débat stérile, politicien et inutile.



Le vrai débat : le projet de société.


L’expression sans étiquette est dangereuse, elle se confond avec le sans opinion, ou le « je ne vous dirai pas ce que je pense, ou ce que je vais faire ».
Que ce soit pour la gestion d’une commune ou d’un état, il est indispensable de se positionner sur des questions essentielles : le développement économique, la démocratie directe, la protection de l’environnement, les politiques sociales, l’éducation (à propos, l’homme en gris veut sortir les enfants handicapés des écoles.) …Etc.

On ne peut pas se revendiquer sans étiquette, mais au contraire, on doit s’affirmer… Laïc, républicain, féministe, protectionniste, religieux…

La politique est par définition la gestion de la cité, elle n’est pas la neutralité.
Mais oui, le classement binaire (gauche/droite) n’apporte rien, alors à chacun d’apporter ses convictions et de les porter.

Je comprends le raccourci « sans étiquette » qui signifie parfois sincèrement « libre penseur », mais si vous en êtes, distinguez vous, et n’acceptez pas de prendre l’apparence d’un produit trompeur !

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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