Le mal-logement : le quotidien de 4,1 millions de personnes

Le mal-logement en France en 2022
Le mal-logement en France en 2022

Le mal-logement

En France, la crise du logement touche près de 12 millions de personnes et lorsque l’on parle du mal-logement, c’est un problème qui touche environ 4,1 millions de personnes. Détails sur ce phénomène.

Le mal-logement en France en 2022

Le mal-logement est une situation persistante en France malgré l’augmentation de l’aide au logement pour les foyers ayant les revenus les plus bas. Ces derniers ont profité d’une hausse de 7,4 points contre 2 points pour le reste de la population. La hausse du prix de l’immobilier accentue davantage cette difficulté d’accès à un logement. Face à ce constat et à la saturation des hébergements, le Gouvernement recherche continuellement des solutions opérationnelles. 

La situation du mal-logement en France

Le mal-logement regroupe des situations de logement qui ne sont pas conformes aux normes minimum données au sein d’une société. Il peut se traduire à travers la mauvaise qualité de l’habitation ou le manque de superficie. Les personnes mal logées ont toutes des situations différentes. 

Sur les 15 millions de personnes en France qui sont touchées par le mal-logement, il y en a près de 4 millions qui sont très mal-logés ou dépourvus de logement personnel. Selon le rapport :

  • 902 000 individus ne possèdent pas de vrais logements personnels, c’est-à-dire qu’ils sont sans domicile fixe, vivent chez des tiers ou dans des abris de fortune ;
  • 934 000 personnes sont en situation de surpeuplement accentué conformément à la norme de peuplement ;
  • 2,1 millions de personnes vivent dans des logements sans confort (sans salle d’eau, sans chauffage…).

Ce problème fragilise plus de 12 millions de personnes en France. Les études menées pointent plusieurs cas de figure liés au phénomène : 

  • un nombre élevé des nuitées hôtelières, soit près de 49 733 individus mal logés hébergés chaque nuit dans des hôtels. Cela fait une hausse d’au moins 5 % ;
  • un nombre d’expulsions locatives considérables de près de 15 993, soit une augmentation d’au moins 3 % ;
  • un accroissement des fréquences de coupures d’énergies suite aux impayés, soit près de 572 440 interventions. Une étude menée en 2018 a montré une augmentation de 4,2 % par rapport en 2017 et une hausse de 20 % lors du premier semestre de l’année 2020.

Les différentes étendues du mal-logement

Il y a cinq dimensions qui reflètent le mal-logement en France. Les données utilisées pour expliquer ce phénomène résultent de sources administratives et sont rattachées à des interventions publiques. 

L’absence de logement

L’absence de logement se traduit de différentes manières. Il y a principalement 3 situations qui relatent ce problème : 

  • les personnes contraintes de vivre dans la rue ;
  • les personnes contraintes de vivre en permanence dans les campings ;
  • les personnes ayant recours à différentes formes d’habitation typiques telles que les habitations de fortunes et les constructions provisoires ;
  • les personnes dans une situation précaire.  

L’absence d’un domicile permanent et personnel est la forme la plus criante du problème de logement. 

Les problèmes d’accès au logement

Ce problème touche les ménages qui ont besoin d’accéder à un logement. Tous les ans, c’est près de 2,5 à 3 millions de ménages qui en font l’expérience hormis ceux qui veulent le faire, mais qui n’ont pas les moyens pour cela. 

Chaque année, c’est près de 400 000 à 450 000 personnes qui ont recours au logement social. Avec un écart conséquent entre l’offre et la demande de logements, cet exercice est de plus en plus difficile pour les ménages souhaitant accéder à une habitation conforme aux normes.

Cette difficulté se confirme avec les différents faits constatés sur le terrain après des études menées dans différentes zones géographiques de la France. Entre autres : 

  • la demande de logement social augmente considérablement ;
  • la mise en application du Droit au logement opposable s’accroît ;
  • l’activité des dispositifs d’aide à l’accès augmente de manière significative.

Les fonds de solidarité pour le logement et la garantie des risques locatifs sont de plus en plus utilisés pour aider les personnes mal logées. Le marché de l’immobilier est un secteur très sélectif et les critères de sélection des locataires deviennent plus drastiques.

Les mauvaises conditions d’habitat

Le surpeuplement s’accroît au fur et à mesure que les normes liées à la qualité du parc immobilier évoluent. Dans un contexte où les priorités en termes de logement se renouvellent continuellement, la définition avec exactitude des personnes vivant dans de mauvaises conditions est assez complexe. Toutefois, parmi les critères constatés sur le terrain suite à une étude sur le logement décent :

  • la présence d’installation électrique insuffisante ;
  • l’absence de structure pour faire la cuisine ;
  • une façade en mauvais état ;
  • un logement à l’aspect délabré ;
  • le manque de pièces par rapport au nombre d’individus composant un foyer ;
  • une copropriété délabrée ;
  • etc.

Dans la métropole, on dénombre près de 600 000 logements insalubres ou indignes. Les problèmes liés à ce fléau sont nombreux : risques sanitaires, insécurité et exclusion sociale sont des résultats de ce problème. 

Les difficultés à maintenir un logement

Cet autre cas de figure fait partie des aspects du mal-logement. De nombreux ménages éprouvent encore de la difficulté à faire face aux loyers de leurs habitations. Avec la progression exponentielle de ces derniers, de plus en plus de foyers sont confrontés à des problèmes de budget pour maintenir leurs logements. Différentes données permettent d’attester ce problème de maintien lié au logement. Entre autres, il y a :

  • l’augmentation des expulsions locatives ;
  • l’augmentation des impayés dans le secteur de l’immobilier locatif à l’instar de l’accession à la propriété ;
  • l’accentuation des dispositifs d’aide au maintien tels que Loca-pass et FSL.

La difficulté de conservation d’un logement représente une dimension importante par rapport au mal-logement. Ce problème résulte surtout des soucis financiers ayant pour origine le décès d’un conjoint, la perte d’un emploi et d’autres événements pouvant fragiliser le revenu d’un ménage.  

L’assignation à résidence ou les problèmes liés à d’éventuelles mobilités

En France, il s’agit d’un cas de figure émergent lié au mal-logement. Aussi, les données relatives à ce phénomène sont encore faibles. Quoi qu’il en soit, il y a des faits qui permettent de relater cette situation : 

  • la mobilité dans un parc social ;
  • la demande de mutation d’un logement à un autre suite à des problèmes de loyers ;
  • la spécialisation sociale et économique des zones urbaines sensibles ou ZUS.

La mobilité résidentielle est un axe peu connu et elle est liée à la difficulté d’accès à une habitation. L’effectif des ménages sortant du parc social pour accéder à la propriété a chuté de 27 % entre 2002 et 2013. 

Vers une aggravation de la situation…

Autour des 4,1 millions d’individus qui constituent le noyau dur du mal-logement se forme un halo plus important. Les contours de ce dernier sont parfois assez flous et s’affichent de façon moins prégnante, mais avec des répercussions bien réelles sur la survie d’un foyer, sur son confort et sa santé. Ainsi : 

  • près de 4 299 000 personnes aux revenus modestes demeurent en situation de surpeuplement modéré, c’est-à-dire qu’il leur manque une pièce pour vivre comparé à la norme d’habitation ;
  • 1 210 000 locataires sont confrontés à des problèmes d’impayés et sont proches de la procédure d’expulsion locative ;
  • 1 123 000 propriétaires occupants vivent difficilement dans des biens en copropriétés avec de nombreuses charges impayées ou une absence de travaux d’entretien.

Aujourd’hui, les ménages modestes sont de plus en plus touchés par le mal-logement à travers la précarité énergétique. Il y a près de 3 558 000 personnes qui sont dans cette situation. Certains d’entre eux sont appauvris par des loyers insoutenables, surtout ceux habitant dans les parcs privés. Plus de 5 732 000 personnes consacrent près de 35 % de leurs revenus dans des dépenses relatives à leurs logements. Cela leur laisse moins de 65 % de leurs revenus à vivre, ils sont sous le seuil de la pauvreté. 

En 2022, le mal-logement est un problème touchant 14,6 millions de personnes. De 2017 à 2020, le nombre de personnes sous le seuil de la pauvreté a augmenté de 300 000 selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre. Face à la baisse du pouvoir d’achat, les 5 % des ménages qui sont les plus pauvres ont encore perdu 0,5 % de leurs capacités. 

Le mal-logement et la baisse de l’aide au logement social 

En plus de la pénurie des hébergements d’urgence, la France manque également de logements sociaux. Cette situation résulte de la réduction des logements sociaux face à une augmentation de logements sociaux qui a augmenté deux fois plus vite. 

En même temps, les aides au logement ont considérablement baissé en 10 ans. En 2020, les aides publiques au logement constituent 1,6 % du PIB. À titre d’exemple, l’aide personnalisée au logement ou APL a subi une baisse aux alentours de 5 euros par ménage et par mois. Cependant, avec l’encadrement des loyers par la loi Élan en 2018 et la loi Alur en 2014 commencent à produire ses effets, car elles limitent la hausse des loyers. Le rapport de la commission que préside François Rebsamen en 2021 alerte sur la chute de la construction. En début de quinquennat, la France est passée de 437 000 mises en chantier à 350 000. 

Le mal de logement et les problèmes de santé

Le mal-logement est à l’origine de mortalité durant la période de canicule. Dans le cas de la France, une réhabilitation de 600 000 logements inadaptés et habités par des familles qui vivent en dessous du seuil de la pauvreté peut coûter entre 6,5 milliards d’euros. Selon les estimations, cette initiative peut faire baisser les coûts de santé d’environ 500 000 millions d’euros. 

Une habitation dégradée conduit à un processus de dégradation sociale, de stigmatisation et de perte d’estime de soi. La mauvaise qualité d’une habitation a des effets sur la santé mentale de ses occupants. Cela peut notamment engendrer de la dépression, de l’agressivité et de l’anxiété. Ce sont des constats scientifiquement démontrés. 

Ce phénomène a aussi un impact considérable sur la santé physique des personnes concernées. En effet, vivre dans une habitation délabrée ou indécente peut favoriser la propagation de maladies infectieuses, suite à la présence de moisissures. Une défaillance des canalisations, de l’installation électrique, du système d’évacuation et d’aération peut mettre en péril la santé des occupants d’une habitation. 

Le mal-logement des personnes seules : un cas peu abordé

Couple séparé, jeune en début de carrière, personne âgée, personne migrante, célibataire… il y a près de 22 % de personnes vivant seules qui sont mal logés. En France, elles représentent près de 65 % des SDF ou sans domicile fixe. Leurs ressources sont moindres et elles ont un accès limité au parc social. 

Selon les rapports, 20 % des personnes seules sont affectées par la pauvreté contre 14 % pour l’ensemble de la population. En raison du coût élevé des petits logements, elles ont du mal à accéder à ces derniers. En raison de leur solitude, elles doivent fournir plus d’effort que le reste de la population pour se loger. 

Des programmes encourageants pour combattre le mal-logement

Plusieurs initiatives en matière de mal-logement sont proposées. Entre autres, il y a :

  • le programme « SOS taudis » de l’Abbé Pierre, une démarche visant à permettre aux foyers en situation de précarité de rénover leurs logements ;
  • le Fonds national d’accompagnement dans le logement pour soutenir les demandeurs d’habitation et les locataires dans une grande difficulté économique ;
  • un collectif d’association destiné à accompagner les individus en situation de précarité dans leurs démarches visant à accéder à un logement.  

D’autres actions sont aussi effectuées afin de réduire de manière progressive les problèmes liés au logement. Ainsi, il y a : 

  • la garantie de l’hébergement ou du relogement des personnes en situation d’urgence ;
  • la mise en place de dispositifs destinés à éviter les expulsions et l’encadrement de la trêve hivernale ;
  • le développement des solutions d’hébergements durables et des alternatives aux nuitées à l’hôtel ;
  • le développement d’une nouvelle offre de logement à caractère social ;
  • la mobilisation de parcs privés à des fins sociales ;
  • l’accompagnement des ménages dans le besoin vers des solutions plus adaptées ;
  • la lutte contre les marchands de sommeil ;
  • l’endiguement de la précarité énergétique ;
  • la réduction du nombre de logements insalubres.

En tant que responsable de la solidarité nationale, l’État se charge de piloter et de coordonner des projets de lutte contre les exclusions sociales de grande ampleur. Ainsi, il se charge de prendre en charge les personnes sans abri. Face à ce problème persistant dans l’hexagone, la politique d’accès au logement qu’il mène cherche à mettre en place des solutions plus rapides et opérationnelles aux personnes mal logées ou sans domicile fixe.

Benjamin Turond

Benjamin Turond

Benjamin a commencé sa carrière en tant qu'analyste au club med dans le tourisme. Il s'est ensuite tourné vers l'immobilier et en particulier vers le logement, sensible aux problématiques environnementales. Dans un secteur en pleine révolution, il partage son expérience et avis.

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