« Le journal d’Eva Braun » ou la fabrique des monstres

« Le journal d’Eva Braun » ou la fabrique des monstres - LJA
« Le journal d’Eva Braun » ou la fabrique des monstres – LJA

Le journal d’Eva Braun

La lecture de « Le journal d’Eva Braun » a une résonance particulière en cette période où nous voyons la montée des extrêmes droites, et la guerre tuer des populations, des enfants sur un fond d’accusation de nazisme. Ce livre est un roman, même un roman d’amour, et ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, et pourtant, j’ai trouvé utile de lire ce bouquin, et de vous faire part de mes réflexions.

« Le journal d’Eva Braun » ou la fabrique des monstres
« Le journal d’Eva Braun » ou la fabrique des monstres

 C’est un roman, sur fond historique.

C’est un point remarquable du livre, tous les faits relatant le contexte historique sont réels, vérifiés. Les personnages ont existé, ils se sont rencontrés, associés, trahis, tués, protégés. On y voit ainsi, au-delà de l’histoire d’amour, le désespoir de l’Allemagne entre les deux guerres, l’ascension de Hitler avec ses idées atroces, l’adhésion des masses, la banalisation de la mort, et enfin l’effondrement du nazisme. La création du nazisme apparaît au départ en débat d’idées. Un mec, un peu original, amène ses solutions, teintées de haine et de morale. Cela fait partie du « jeu démocratique », c’est un peu comme si aujourd’hui un candidat portait la responsabilité de la crise économique sur les immigrés, et la dégénérescence  des mœurs sur l’homosexualité. Vraiment, ce n’est qu’un débat d’idées, dans la critique d’une partie de la population, il ne faut rien voir de personnel.

Les ressorts pour accéder au pouvoir sont d’une part la démagogie et d’autre part, la pauvreté. Il faut une population pauvre, humiliée, en mal de considération, et des promesses de renouveau. Ensuite, c’est une histoire de tactique : on crée de faux événements scandales, on se montre dur et droit en salissant les autres, on contrôle l’information. Les antisystèmes deviennent des illuminés, des gens sans intérêts, des complotistes, des ennemis. 

Faut-il raconter la suite ?

Le fond historique, c’est également la guerre, celle qui tue, celle qui accuse l’autre camps des pires actes. La guerre, c’est aussi une bataille de propagande. C’est très impressionnant, mais c’est le hasard, de voir toutes ces ressemblances entre le conflit 39/45 et la guerre Russie / Ukraine.

Chaque peuple a évidemment la certitude de connaître la vérité.

C’est une histoire d’amour… Dégueulasse.

Et là, ça me gêne. Que voulait exprimer Alain Régus l’auteur ? Eva Braun dans son journal (imaginaire) se présente d’abord en gamine amoureuse, puis en femme soumise, et enfin en femme dévouée. Je vous le dis direct, si l’amour doit prendre modèle sur cette mièvrerie, oubliez le. Je trouve la description de l’héroïne empreinte de machisme, d’un regard d’une complaisance malsaine. S’agit-il de faire de Eva une femme amoureuse, incapable de voir la réalité ? 

Page 381, soit 20 pages avant la fin funeste et connue, l’auteur prête ces mots à Madame Hitler : « Quand mon cher amour parle « d’éliminer les Juifs », il s’agit bien sûr, de les enfermer dans des ghettos ou des camps de concentration pour les empêcher de nous nuire, certainement pas de les massacrer. Personne ne le connaît comme moi. C’est un être bon, attentionné, courtois, délicat. »

Quel est le sens de cet écrit ? Expliquer que Eva est une cruche innocente ? Expliquer que l’amour rend aveugle, ou innocenter pour naïveté toutes les braves personnes qui ont fréquenté les monstres, mais qui n’ont pas vu ?

Je trouve cette histoire infecte, n’oublions pas, c’est un roman. Soit c’est un livre misogyne, soit c’est un livre qui permet à chacun de laver sa conscience. Ce bouquin est donc parfait pour excuser les sympathisants d’extrême droite, pour excuser les partisans des massacreurs de toutes les couleurs. Tout devient facile, quand tu soutiens un dictateur, c’est simplement que tu es aveuglé. Le seul salaud, c’est le dictateur…

La fabrique des monstres.

Eva Braun, le personnage du roman, plus précisément, est un monstre. Elle ne tue pas comme son mari. Elle aime bien les noirs, les homosexuels, les opposants, les Juifs… Elle aime tout le monde et par intérêt personnel (ou par amour ?) elle cautionne tout.

Elle est sûrement le monstre le plus dégueulasse de l’histoire. Sur un fond d’attachement, de bons sentiments, le personnage est celui qui a le moins le visage de la monstruosité, c’est le personnage le plus proche de nos réalités, celui qui nous habite. Les nazis sont « moches », ils sont des monstres identifiés. Eva, c’est chacun d’entre nous, et si le monde est peuplé d’Eva, le monde est foutu

.

Eva Braun
Eva Braun
Avatar photo

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.