Le grand remplacement ou l’art de l’épouvantail

Le grand remplacement
Le grand remplacement

Le grand remplacement

La vie est souvent faite de collusions, d’éléments qui se télescopent et s’assemblent. Lionel me demande si je suis intéressé pour écrire un article sur le « grand remplacement », et dans le même temps, je suis dans la lecture de deux bouquins différents (j’alterne pour dynamiser mes neurones.). D’une part « Quelle France, on vit » Anne Nivat (Fayard), et » Marianne face aux faussaires » Fatou Diome (Albin Michel).

Pour ces deux livres, je suis en cours de lecture, et je vous ferai sans doute des articles après (je le fais chaque fois qu’un livre me semble intéressant à découvrir.), mais les deux « par hasard » flirtent avec le sujet. Pour Anne Nivat, elle relate son escale à Laon, et partage les réactions face à la montée du FN : « En 2009, grâce aux efforts de Marie-Jeanne, une famille de Mongolie avait résidé neuf mois au village sans le moindre problème. « Avant de les avoir rencontrés, le moulin à rumeurs fonctionnait, mais, dès qu’une vraie rencontre personnelle a été organisée, la peur a cessé. Je ne sais pas quoi dire… mes concitoyens ont peur dans le vide, ils ne savent même pas de quoi ils ont peur. »

Fatou Diome, romancière franco-sénégalaise, rapporte quelques courriers reçus : « Salut, Madame la scribouillarde. En fait, je te salue même pas, t’es qu’une guenon. Dégage de chez nous ! T’es là pour profiter des allocs avec ta putain de marmaille. Alors tu dis merci la France et tu la fermes, sinon, va crever dans ton bled avec tes sales gosses ! »

Vous le savez, la théorie du grand remplacement est cette idée que nous sommes en train de nous faire envahir, sournoisement, par les migrants, les étrangers. Elle est ancienne, mais malheureusement réactualisée par les candidats de droite et d’extrême droite lors de cette campagne présidentielle.

Faut-il théoriser sur la théorie ?

Je me dis que si vous lisez ces lignes du journal Abrasif, il y a véritablement peu de chances que vous acceptiez cette ineptie ; dans le cas contraire, mes mots n’auront pas le pouvoir de vous convaincre de lire les études scientifiques, les chiffres et les démonstrations ; moi, ce qui m’intéresse, c’est ce que dit finalement cette théorie, et à quoi elle sert.

Le sens réel du concept de remplacement.

Ne mâchons pas nos mots, l’idée d’un péril « étranger » est le fondement du nazisme. À l’époque hitlérienne, le moustachu a trouvé intelligent de stigmatiser une partie de la population, les Juifs, qui devenaient les mauvais, et qui voulaient dominer les bons « les ariens ».

Ce schéma simpliste a fonctionné. Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, « pour souder la meute, il faut définir l’ennemi. »

Ce système a été utilisé partout, et a permis tous les massacres sur les cinq continents.

Le remplacement exprime donc qu’il existe un bon peuple et un mauvais. Le bon peuple vit sereinement avec sa culture, son économie, ses règles, ses religions et il est perturbé, agressé par « d’Autres », des peuples qui ne partagent rien des fondements du « bon peuple ».

D’abord, cette idée est amusante au regard de l’histoire, car les Indiens d’Amérique, les noirs d’Afrique ou d’Océanie , les Palestiniens par exemple qui étaient les peuples qui vivaient sereinement sont tout de même devenus les mauvais peuples, mais il faut dire qu’il n’avaient pas les bonnes valeurs (la preuve, ils ont perdu).

Donc, pour être complet, le grand remplacement concerne les bons peuples qui ont les bonnes valeurs … sinon il s’agit juste d’aide au développement (surtout ne pas confondre !)

Quelles sont donc nos valeurs en péril dans notre beau pays la France ?

Non, pas la religion. Nous sommes en république laïque, donc c’est fini de protéger nos crucifix, ce serait une bataille rétrograde. La pureté nationale, aie, contrairement aux ariens, nous sommes en fait tous métis (moi-même j’ai épousé en premier mariage une Espagnole, désolé).  La culture ?  zut, elle vient de partout, désolé encore, je suis fan de jazz….

Je ne sais pas quoi défendre, hors Liberté, Egalité, et Fraternité. Ces valeurs sont-elles en danger , évidemment, oui, tous les jours, partout . mais le danger ne vient pas des étrangers mais d’ici, des exploiteurs, des politiciens, des religieux de tous bords.

Sont-ils menaçants ?

Les non-français qui viennent sont-ils menaçants ? Apparemment, quand ils sont Ukrainiens, ou Kosovars … pas de soucis. Non, les étrangers qui font peur, il faut le dire, viennent d’Afrique. Tout comme Fatou Diome, noire, jolie, et surtout intelligente. L’Afrique avec ses religions, sa jeunesse, et peut-être même son esprit de vengeance (alors que l’on voulait seulement les aider), oui elle fait peur.

Monde cinglé, à force de regarder nos images coloniales, de nous gaver de De Gaulle et autres héros nauséabonds, nous pensons devoir protéger un monde menteur, pollué et assassin.

La menace ?

Si la planète pouvait parler  encore plus fort, peut-être entendrions- nous, les icebergs se briser, et les océans gronder. Si nos télés cessaient de vomir, peut-être sentirions nous la magnifique odeur de la fraternité, et nous récolterions la jolie fleur de la libre pensée. Si la journée des voisins devenait la journée de l’abolition des frontières, peut-être serions-nous émerveillés par la beauté des ailleurs, et des gens d’ailleurs, et peut-être deviendrions nous fiers de présenter notre beauté intérieure.

ERIC ZEMMOUR, JORDAN BARDELLA ET LE « GRAND REMPLACEMENT » DE LA POPULATION  FRANÇAISE. UNE THÉORIE FUMEUSE, ALARMISTE ET DE GUERRE CIVILE – Journalisme  d'idées

L’épouvantail

La théorie du remplacement est un épouvantail. Elle permet que vous ne ramassiez pas les graines sur le champ des exploiteurs. Ayez peurs, ne venez pas, restez cachés chez vous, n’ayez jamais confiance aux étrangers !

Cette théorie protège les « grands » de ce monde. Ils ont toujours utilisé la division. La haine est le ciment de l’exploitation des hommes.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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