Le Gipsy King : le dernier round

Le Gipsy King
Le Gipsy King

Le Gipsy King

Sensation samedi pour le Gipsy King: devant un stade de Wembley en furie, Tyson a offert son dernier combat ponctué par un KO digne de sa légende. Une victoire de plus pour celui qui aura relancer l’ère et l’aura des poids lourds, dans une période archi-dominée par le style controversé des frères Klitschko, le seul à avoir tenu son rang dans un monde de la boxe où le business prime sur la légitimité des combats organisés, où le sportif davantage une image de marque qu’un acteur de sa discipline. Fury aura traverser cet époque comme il est: un OVNI. Il aura affronter par trois fois le plus terrifiant des boxeurs poids lourds de son époque, Deontay Wilder, en le surclassant de son génie pugilistique avant de s’offrir un dernier baroud d’honneur contre Dillian Whyte.

Mais derrière le sportif, il y a l’homme. Et le ring aura été l’exutoire d’une vie de hauts et de bas marqué par l’innommable: la maladie mentale. Et lorsqu’il l’aborde, on comprend mieux l’importance de la boxe dans sa vie. Dès lors, deux personnes coexistent: l’homme tourmenté, le boxeur invulnérable.

« Le Gypsy King n’a jamais connu de problème de santé mentale. Il n’a jamais connu de temps d’arrêt ou de dépression, ni de dépression ou d’anxiété, n’a jamais eu de pensées suicidaires. Je n’ai jamais rien eu. »

« Rien ne frappe plus fort que la vie »

Mais derrière l’invincibilité du champion, la réalité est toute autre.

« Pour la première fois j’ai pensé au suicide. J’ai pensé au fait de foncer dans un arbre avec une voiture ou encore à me jeter sous un train, a encore lâché celui qui était alors champion du Commonwealth et invaincu en 19 combats. Je me disais simplement que je ne voulais plus être sur Terre. »

Après la pluie vient le beau temps…ou les giboulées !

Loin d’être linéaire, sa carrière aura été marqué par des come back phénoménaux et une défiance de l’opinion publique presque insultante. En 2015, il défait l’indétronable Wladimir Klitschko pour devenir le champion unifié des poids lourds. Un moment de grâce pour le natif de Manchester?

Tout le contraire! Souffrant de ce qu’il désigne comme un « tueur silencieux », il n’aura pas le coeur ni la tête à la fête. Le néant absolu et ces fichues pensées suicidaires, comme un leitmotiv sans frein et sans fin, il amorce une inexorable descente aux enfers. La drogue, l’alcool comme exutoire, son poids grime à plus de 400 livres et la sanction médicale tombe: il n’est plus apte à boxer. Hospitalisé d’urgence après une crise de panique, le diagnostic tombe: il est bipolaire.

« Il faut que les gens réalisent que l’on peut signer un come-back jusqu’au sommet après avoir pensé au suicide. »

C’est au fond du trou qu’il a puisé la force de ses retours. L’autodestruction, c’était aussi celle des gens qui l’aimaient, impuissants face à ces agissements. Le déclic activé, il a besoin d’aide et de se battre à nouveau. « J’ai souffert de problèmes de santé mentale toute ma vie et je ne savais rien à ce sujet, où aller pour obtenir de l’aide, ni même par où commencer pour y remédier », explique-t-il. “Et un jour, j’ai réalisé que j’étais allé trop loin. Je suis revenu à moi et j’ai su que j’avais besoin d’aide. Pour être honnête, je ne pensais pas que ce serait pour moi au début, mais il s’est avéré que ça m’a vraiment aidé.« 

Au sommet, toujours plus proche du précipice

Dompter la tête par l’activité intense, tel est le nouveau mécanisme de Fury. Aujourd’hui, capable de déceler les premiers signes annonciateurs de son tueur silencieux, c’est l’heure du renouveau pour Tyson Fury. Son retour contre Wilder aura subi les mêmes critiques face à la puissance de punch de Bronze Bomber. Mais le génie pugilistique sommeillait et a éclaboussé le monde de sa classe.

Samedi, il signait son dernier combat…avant d’en aborder un autre. Un autre colosse, Francis Ngannou, champion des Poids Lourds UFC. Un nouveau défi en perspective avec probablement de nouvelles règles permettant au combat d’avoir lieu, un jour. Nul doute que le clap de fin n’est pas définitif.

A croire qu’il faille prouver, par la force de sa différence, pour être estimé à sa juste valeur.

Le sport au même titre que l’art est un vecteur d’ intégration sociétale. Enfin, pour les  plus talentueux ou chanceux. Mais la réalité, celle qu’on aimerait vendre par le prisme de la sacro sainte inclusion, est bien différente: la marginalité des existences dans une société qui apprécie la différence à petite dose (surtout celle qui s’ éloigne le moins possible des standards sociaux), le bien sous tout rapport.
La fureur de vivre, Tyson l a peut etre plus que les autres. Un jusqu’ au-boutisme pathologique aussi exacerbé dans l autodestruction que dans sa volonté de se transcender pour s accomplir. Plus qu’ un champion, un exemple.

L accomplissement sportif engendre profits et reconnaissance. Mais pour un Tyson, combien d anonymes? En ligne de mire, l’ échec. La société demande aux plus marginaux de s adapter, de se rapprocher de ses normes. On ne demande pas particulièrement à une personne valide de s accomplir pour être considéré. C est pourtant ce qu’ elle demande à celles et ceux qu’ elle ostracise.

Sur les sentiers de l inclusion, le chemin est encore long. Pourvu que l’aura d un Fury, à l instar d’ un Ali en son temps, marque son époque. Au delà du boxeur et de son palmarès, l homme est source d inspiration; il devrait etre une source de réflexion à plus grande échelle.

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