Droits des femmes – Le 8 Mars : Journée internationale

Le 8 mars : journée internationale de « l’Autre ».

Finalement, je préfère ce raccourci. En fait, vous le savez tous, le 8 mars est la journée internationale du droit de la femme, mais on raccourcit souvent l’expression à « journée de la femme », ainsi, on efface la question des droits, et on classe cette journée bien intentionnée aux côtés de la fête des grand-mères et de la journée mondiale des animaux.

Quelle insulte !

Non pas la journée internationale des droits de la femme, mais la journée de la femme. Ce raccourci ramasse des années de luttes, des combats essentiels à une forme gentillette du machisme ordinaire.

Un premier regard sur ailleurs…

Il ne s’agit absolument pas d’être gentil. Dans l’expression « droit international », il y a déjà un constat international à faire ;

J’avais il y a quelque temps présenté quatre ouvrages féministes qui parlaient « d’ailleurs ». Je m’autorise un petit rappel.

Tatiana Mukanire Bandalire : Au-delà de nos larmes

Tatiana nous parle da femme souillée, tuée, martyrisée, violée, torturée et tuée au Congo. Elle ne demande pas une journée de gentillesse, mais le droit de vivre !

Toutes afghanes (collectif d’écrivains) éditions de l’observatoire.

Vous vous souvenez ? C’était l’actualité, il y a quelques mois. Le livre collectif nous parle d’elles, les oubliées, les femmes derrière les voiles. L’horreur banale.

« Lorsque mes sœurs s’assoient ensemble, elles louent toujours leurs frères. Quand les frères sont assis ensemble, ils vendent leurs sœurs aux autres ».

Apprendre à transgresser. Bell Hooks (éditions syllepse)

Voyage aux Usa, pas de dénonciation d’horreur, mais une réflexion sur le quotidien de la femme noire.

Bell Hooks défend un enseignement critique, ancré dans les fondements des acteurs : « Le manque de volonté d’inclure la conscience de race, de sexe et de classe sociale vient souvent de la peur que les cours deviennent incontrôlables, que les émotions et les passions ne puissent pas être contenues… L’expérience des enseignant.es cherchant à développer l’esprit critique montre que beaucoup d’étudiant.es, en particulier des étudiant.es racisé.es, peuvent ne pas du tout se sentir « en sécurité » dans un contexte neutre ; C’est l’absence de sens de sécurité qui provoque souvent les silences prolongés, ou l’absence d’implication des étudiant.es »

 « À quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes musulmanes n’avaient pas été oubliées ? » de Attika Trabelsi Femmeuses édition.

L’auteure nous fait voyager dans sa religion, et explore la place légitime que les femmes devraient avoir.

Ces quatre livres ne couvrent absolument pas l’ampleur du problème international, ils permettent juste de se rappeler que la journée du 8 mars a un sens crucial, encore aujourd’hui et partout.

Ferreira Dias e Noites: PHILIPPE GELUCK - Journée(s) de la femme

Mais ici, plus de problèmes !

Si c’était vrai… Je ne vais pas recoller les chiffres de féminicides, les salaires indécents pour les femmes, la participation minime aux postes clé …

Pour moi, l’essentiel en France est d’aborder enfin le fond du problème : notre culture, avec son machisme ordinaire.

Il y a urgence d’éduquer. Les garçons et les filles. Il y a urgence de parler librement de sexualité. Il y a urgence d’être frères et sœurs ;

Dans son excellent livre « La pensée blanche » Lilian Thuram décrit le racisme ordinaire, et fait le parallèle avec le machisme ordinaire. Par automatisme, par culture ambiante, nous nous enfermons dans des stéréotypes où en particulier la femme devient « l’Autre » comme le dit Simone de Beauvoir, ou comme le noir devient le non-blanc.

Le 8 mars n’est pas la journée de la femme, elle est le rappel que nos schémas sont des schémas patriarcaux qui méprisent les autres : Femmes, noirs, pauvres, handicapés…etc.

Aujourd’hui, j’entendais encore le ministre de l’Éducation nationale qui s’insurgeait contre l’écriture inclusive, hors de tout débat, rien ne lui donne le pouvoir de prôner l’écriture exclusive, de refuser le débat sur la place de tous.tes, genré.es ou non.

On peut ne pas aimer, mais où se trouve le débat. Qui a le droit de trancher ? Le mot Iel est maintenant dans le dico, et pour moi, c’est une victoire.

Je m’autorise à poursuivre le rappel de mes lectures conseillées :

Dora MOUTOT, « Mâle Baisées » (édition Guy Trédaniel)

Manon Garcia « on ne naît pas soumise, on le devient » (champs)

Victoire Tuaillon « les couilles sur la table. » (Points)

Virginie Despentes « King Kong théorie » (livre de poche)

Et je reproduis de nouveau la conclusion de Thuram :

« Indifférence et neutralité ne sont plus possibles. Ayons le courage d’ôter nos différents masques, de Noir, de Blanc, d’homme, de femme, de juif, de musulman, de chrétien, de bouddhiste, d’athée, de sans-papiers, de pauvre, de riche, de jeun, de vieux, d’homosexuel, d’hétérosexuel… pour défendre la seule identité qui compte l’humaine. Le « Je » c’est « Nous ».

Enfin, j’ignore ce qui distingue au profond les femmes des hommes, je sais uniquement que quand nous nous aimons, c’est superbement beau.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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