L’alliance de feu, de sang et de haine

police alliance
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L’alliance de feu, de sang et de haine

Je sais, nous sommes en période électorale, alors la démagogie, le simplisme, la manipulation sont autorisés. Il faut être naïf, ou puriste comme je le suis pour être heurté par ces concours de haine et d’imbécilité.

Je parle du « grand oral » des candidats devant le syndicat de police « Alliance. »

Petite revue d’effectif.

Le syndicat de policier s’autorise à se situer sur la scène politique nationale. Est-ce sa place ? Sa compétence est, à mon avis, la défense des intérêts de nos policiers et gendarmes. Je suis entièrement d’accord qu’ils ont des revendications à défendre, et pour avoir des réelles sympathies avec quelques-uns, je suis toujours choqué quand on tire sur eux, quand ils deviennent les ennemis. Ils doivent, légitimement être protégés par la loi. …. Mais cette légitimité ne s’étend pas sur la vision de la société, elle ne s’étend pas sur le législatif.

Je compare avec un métier qui m’est cher, les éducateurs. Les éducateurs ont raison de descendre dans la rue, ils ont raison de revendiquer, mais ce n’est pas la fonction d’éducateur qui légitime la volonté de modifier des lois, de revendiquer une connaissance globale de la société. Quand un éducateur exprime des opinions politiques, c’est un citoyen, ce n’est plus le professionnel qui parle au nom de la profession.

Alors c’est un peu étrange qu’un syndicat de policiers convoque les candidats. En effet, ce n’est pas le seul groupement, la fondation Abbé Pierre l’a fait, par exemple. La différence est majeure, la fondation n’est pas aux ordres, c’est même un contre-pouvoir. La police est aux ordres, la première mission est de garder la paix… Sociale. Alors sous le couvert du métier, la discussion doit se limiter aux conditions de travail, avec l’employeur. (l’Etat)

Ma logique choque ? Alors il faut que le milieu hospitalier, les fonctionnaires des impôts, et les gardiens de prison convoquent les candidats.

Revenons à ce « grand oral ». Tous les candidats sont convoqués, ainsi que l’État. Vous voyez l’anomalie. L’état, représenté par son ministre de l’Intérieur, participe aux débats, il se met à égalité avec les candidats. Je crie au scandale ! On ne peut pas être en fonction et solliciter les voix de son personnel.

Il faut choisir, c’était soit une réunion électorale, soit les débuts officiels de l’Alliance des droites !

Dans la revue d’effectif, une autre particularité. Mélenchon n’était pas convoqué suite à ses affaires judiciaires pour outrages à la police. Ce qui veut dire, que Mélenchon a ce privilège d’être banni, d’être officiellement en double peine et surtout reconnu par le syndicat comme citoyen à exclure. Je n’apprécie pas le personnage, mais il représente une partie de la population, et comment des fonctionnaires s’autorisent ils à bafouer à peu près 10 % des électeurs.

Les autres candidats de gauche ont décidé de ne pas se présenter. Sur France-info, des journalistes leur donnent tort. Pas si simple. C’est peut-être une connerie de jouer la chaise vide, mais c’est peut-être aussi un réel respect des institutions que de refuser ces manœuvres pas franchement respectueuses de la République.

J’ai entendu des réactions sur la forme, pas sur le fond, alors je ne me prononce pas.

Ensuite, il y avait les trois candidats d’extrême droite. Je dis bien d’extrême droite, car la première dans ce jeu de haine  la girouette n’a pas démérité.

La girouette souffle un air nauséabond et pestilentiel…



Jeu classique, elle a tiré sur le président en place : « « Jamais je ne dirai qu’il y a des violences policières dans notre société » et déclare : « Un président de la République ne devrait jamais dire ça. »

Belle démagogie, mais l’heure est au Karcher, au nettoyage et surtout l’identification du camp des mauvais. Pour la girouette, il est impossible qu’un corps d’État déraille… Pourtant, l’histoire nous raconte d’autres choses…

Elle a aussi demandé « que l’excuse de saisissement, c’est-à-dire la surprise, soit prise en compte dans la légitime défense », s’est prononcée en faveur de la majorité pénale dès 16 ans et a promis une grande loi de programmation et d’orientation pour la police. (Le Monde)

Encore plus un mélange des genres, est-ce avec les policiers que l’on doit débattre de la majorité à 16 ans ? Est-ce avec les policiers que l’on doit énoncer cette nouvelle notion « la surprise » ? Évidemment, elle a, au passage égratigné la Justice . Démagogie quand tu nous tiens !


Cerise sur le gâteau, lors de son exposé, elle a également établi un lien « entre immigration et terrorisme », et « immigration, et délinquance », et a souligné sa volonté d’expulser les ressortissants étrangers condamnés. Elle s’est déclarée favorable à la mise en place de quotas migratoires. (Le Monde)

Avec des phrases plus sobres, elle défend les thèses d’extrême droite, histoire de ne pas leur laisser de place.


Eugène Z, préparateur en guerre civile !

Il se devait de faire mieux, plus fort que la girouette. Eugène Z a fait valoir que la lutte contre l’immigration était « la mère de toutes les batailles » et a estimé que les policiers sont « aux premières loges d’un combat de civilisation », évoquant la théorie xénophobe du « grand remplacement ». Le Monde

Pas une surprise, il précise l’ennemi au cas où certains n’auraient pas compris, mais il fait encore plus fort :
D’abord des classiques du genre : expulsion des détenus étrangers, suppression des allocations familiales aux parents de mineurs délinquants » ainsi que leur « expulsion de leur logement HLM » s’ils habitent ce type de logement.
Il monte en puissance : la « suppression du juge des libertés et de la détention, qui a un rôle néfaste dans les procédures, l’expulsion des mineurs isolés.

Et la nouvelle folie ! Il n’a pas parlé de « violences policières » et a proposé un assouplissement de la légitime défense. Ce dernier souhaite qu’elle soit remplacée par la notion de « défense excusable » avec l’instauration de la « prescription de légitime défense » et d’un « principe de présomption [d’innocence] » pour les forces de l’ordre.
Bref, le policier aura toujours raison, c’est vrai qu’ainsi il n’y a plus besoin de se poser des questions… Sauf que c’est la porte ouverte à la guerre civile…


La fille presque sage…

Elle a été fidèle à son image remodelée, presque modérée. Avec elle, c’est « l’autorité retrouvée », des moyens supplémentaires, la confiance sans faille. Elle reprend l’idée délirante d’Eugène Z avec une formulation plus soft, plus perfide : « Présomption de légitime défense renforcée » pour les forces de l’ordre.
Elle joue la candidate la plus présentable…



Quant au ministre de l’Intérieur…


Il n’est plus le patron, mais le représentant de son candidat, l’emmerdeur en chef. Il tire sur Ciotti le véritable adversaire (camp de la girouette).


Pour surtout ne pas conclure…


Ce n’est pas qu’un mauvais spectacle, c’est, pour moi, un drame complexe à multi-facettes. Drame par la forme, l’État qui devient candidat devant ses fonctionnaires, un syndicat qui démontre qu’il est en capacité d’imposer son diktat.


Drames sur le fond, les mauvais sont désignés : les étrangers, la justice, les opposants. Les bons sont les policiers, dans toutes les circonstances…
Cette réunion était en France, juste avant la proclamation de la prochaine disposition liberticide…

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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