Guerre : Le massacre de Boutcha en Ukraine

Le massacre de Boutcha en Ukraine
Le massacre de Boutcha en Ukraine

L’actualité vomit aujourd’hui le massacre de Boutcha en Ukraine

Quoique de plus banal que la mort… Des autres ? 

L’actualité vomit aujourd’hui le massacre de Boutcha en Ukraine. Les morts gisent dans les rues, certains ont les mains liées, ils ont tous une balle dans la tête… Maintenant, la discussion porte sur qui retombe la responsabilité.

Dans notre société, les morts meurent plusieurs fois…

Pour ces malheureux, tués dans la rue, jetés dans des charniers, écrasés par des chars, ils doivent mourir une seconde fois. Ils ont quitté l’existence, et maintenant, ils doivent quitter leur histoire personnelle pour devenir les objets des débats internationaux.

Toutes les personnes assassinées doivent ainsi mourir plusieurs fois. Le fait d’entrer dans le néant n’a que très peu d’importance, il faut ensuite devenir un objet politiquement encombrant. Quand on meurt au fond de la méditerranée, de faim en Afrique ou sur un champ de bataille moins renommé, la deuxième mort n’est pas médiatique, elle s’appelle l’indifférence.

Soyons honnêtes, les morts violentes ne sont pas si dérangeantes, surtout si elles ont la politesse de se produire éloignées de nous.

Par exemple, Eugène Z annonce que s’il est élu, il renverra un million de migrants, alors que la plupart craignent pour leur vie, pour cause de guerre, de faim, d’homophobie, de luttes politiques… Bref, soyez polis, allez mourir ailleurs !

L’émotion politique est indécente.

 Ils sont tous à crier au scandale, alors qu’ils ont tous du sang sur les mains. Les politiciens sont dans la logique du politiquement correct, et du politiquement incorrect. Ils s’indignent selon les circonstances, et leurs intérêts. Les morts chinois, africains, palestiniens, de l’Ukraine du Nord, d’Asie…, ne comptent pas de la même façon. Si l’éventuel responsable est quelqu’un de bien, il s’agit d’accidents, d’incidents, d’impossibilité à secourir. Si les morts ont pour assassins des despotes peu recommandables, on crie au scandale.

Mais la mort a la même odeur partout, les bombes françaises ne sont pas plus gentilles que les autres, la faim ronge avec autant d’avidité en Afrique qu’en Asie, le manque de soin est fatal pour tous.

Il faudrait réécrire l’Histoire.

Imaginons que l’Histoire devienne la compilation de toutes les histoires de toutes les victimes. Hassan, chauffeur de Taxi, tué dans l’explosion de sa voiture, Samia, morte avec sa fille de deux ans en tentant de traverser la Méditerranée, Hugo, tué par balle quelque part en Europe, Andy, lapidé car il était homosexuel.

Nous n’allons pas passer notre temps à pleurer pour chaque mort, mais nous n’allons peut-être pas, non plus, porter les mêmes indignations indignes et complices des dirigeants.

N’oublions pas, par exemple, que la France est un des plus grands marchands d’armes. Que nos politiciens emportent aussi notre colère quand les capitalistes français ne vendent pas de sous-marins ou d’avions.

La Géopolitique est devenue un jeu macabre, avec les bons et les méchants, avec les meurtres autorisés et les sales meurtres.

Quant aux ex-vivants, ils doivent se débrouiller pour être encombrants s’ils veulent que l’on s’intéresse à eux.

La mort est inscrite dans la nature…

Rien n’est plus naturel que de mourir, d’ailleurs la vie sans sa fin n’aurait pas de sens. La mort rend le temps précieux. Quand un proche s’en va, même si « c’est normal », nous sommes émus. L’être va nous manquer, et surtout, on se sent fragile, on prend encore plus conscience de l’importance du plaisir, de la joie.

La barbarie est-elle naturelle ? Est-il humain de tuer 900 000 personnes à coups de sagaie, de liquider des personnes dans les rues de Boutcha, d’affamer des peuples entiers ?

J’espère que non, j’espère que l’humanisme et notre capacité à refuser la barbarie, j’espère que la vie de l’autre compte.

 Je me joins à Edgar Morin dans ce cri : Réveillons-nous !

« L’esprit humain a surdéveloppé ses pouvoirs sur le monde physique et sur le monde vivant, mais sous-développé sur tout ce qui est humain. »

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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