L’accompagnement social : Dois-je dire du bien ou du mal ?

L’accompagnement social
L’accompagnement social

L’accompagnement social

L’objet de mon cas de conscience est un livre de Claire Jouffray (les éditions presses de l’EHESP)

« Développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectifs » « Une nouvelle approche de l’intervention sociale. »

Ça m’intéresse , j’ai plus de trente années de direction dans l’intervention sociale, et on m’invite à découvrir la nouveauté, voir la révélation. Pour rien vous cacher, rien que l’idée de la formule miracle m’agace ; mais comme tout l’objet de ma vie est d’être en accord avec moi-même, je décide de lire l’ouvrage avec attention, et si possible un minimum de bienveillance.

Ça commence mal !

Dès le début, la DPA-PC se présente en méthode. Or, mon expérience m’a toujours conduit hors des modes d’emploi. Les « usagers » ne sont pas de meubles IKEA, ils sont vivants. Les problématiques sont des croisements entre des histoires individuelles et collectives. Personne ne s’est construit tout seul, et aucune vie n’est que le fruit des conjonctures économiques, sociales, politiques, idéologiques. Bref, je ne suis pas un pro-méthode. Je conseille juste d’être bien dans ses godasses, d’écouter, et de ne pas savoir, ne pas juger… Mais d’avoir un maximum de clés pour conduire la réflexion, pour éclairer les chemins possibles.

Le travailleur social n’est pas supérieur, il est juste présent, et son boulot, c’est d’aider l’autre à retrouver sa confiance en soi.

Et je lis : « Quatre points d’appui : la conduite du changement qui caractérise l’approche DPA-PC repose sur quatre points d’appui : le repérage des acteurs, de leurs enjeux et de leur contexte, l’implication des personnes concernées dans la définition des problèmes et des solutions, la conduite contextuelle des interventions et l’introduction d’une démarche conscientisante. »

Là, je ne suis pas loin de péter un câble ! Rien que l’expression d’une démarche conscientisante me fait revomir le « Manifeste du parti communiste », avec les masses abruties et l’avant-garde révolutionnaire.

Le problème est là ! Il y a le peuple et il y a les travailleurs sociaux. L’approche méthodologique est une notice pour bien travailler.

Dans ma colère, bien intime, je repense à mon propre bouquin : « Essai pour une communication constructive » (éditions Edilivre) . Moi, oui moi, je ne mets pas le travailleur social dans un extérieur, il est mêlé à l’histoire, il coconstruit avec chacun une nouvelle histoire…

Développement

Je m’énerve, mais je continue la lecture. Lecture ardue parfois. Les auteurs sont des formateurs, et ils veulent sans doute que le lecteur ne l’oublie pas. Un petit exemple « ne soyons ni radicaux, ni présomptueux. Il existe d’autres voies qui précèdent, et de loin l’approche centrée sur le DPA des personnes et des collectivités. Inutile de garder plus longtemps un suspense surfait, car notre raisonnement nous mène tout droit vers la psychosociologie. Cette science « tente de faire le lien entre ce que l’on sait des modes de fonctionnement individuel et collectif, et d’étudier les modalités de leurs interactions. »

L’approche « enseignante » ne me séduit pas, mais certains paragraphes sont, selon moi, pertinents.

« Les intervenants sociaux aujourd’hui.

Plus personne, en tant qu’intervenant social, ne se considère comme missionnaire ou technicien. Nous nous plaçons aujourd’hui dans un modèle réflexif qu’on peut relier au concept « d’accoucheur » de Socrate ou « d’enseignant centré sur l’élève » de Rogers. L’action de l’éducateur, du travailleur social, ne pourra tirer tous ses effets que si elle trouve un écho et une collaboration chez l’usager. Du consommateur d’un produit proposé par un spécialiste, celui-ci devient expert de sa propre situation, l’intervenant étant dans l’accompagnement plus que dans la surveillance. On est loin ici de la logique du donneur de leçons imbu de son savoir ; la relation est empreinte d’humilité. »

Il y a du mieux, la critique du donneur de leçons me plait, même si à regarder de près le travailleur social reste extérieur, il s’agit de collaboration.

Les exemples : la montagne, accouche-t-elle d’une souris ?

Je ne sais plus où j’ai lu que si une montagne accouchait d’une souris, ce serait extraordinaire, une véritable révolution biologique. Non, les exemples ne sont ni extraordinaires, ni ordinaires. Par mon expérience, ils illustrent un travail participatif « normal », une co-construction usager travailleur social bien légitime. On y voit du bonheur de tous les acteurs. Et c’est là que je vois l’intérêt de cette démarche. Pour des travailleurs sociaux modelés par les stéréotypes de la formation, « je sais aider », la méthode est, en effet, renversante.

Ils quittent le savoir, l’aide pour rencontrer l’autre ; la réalité sociale et eux-mêmes.

C’est aux conclusions que j’ai un déclic, je choisis cet extrait du paragraphe sur la distance :

« Par ailleurs, on parle souvent d’une bonne distance à trouver. Pourquoi ne parle-t-on pas de bonne proximité ? » Cette réflexion est mot pour mot celle que je fais lors de mes interventions. Nous avons donc des points communs…

Alors bien ou mal ?

La leçon de ce livre est finalement réconfortante. Par des chemins qui ne sont pas les miens, le regard technique, institutionnel, les auteurs parviennent à proposer une approche égalitaire, une co-construction, de l’humilité … De l’humanisme.

Je suis d’accord sur ce projet, d’accord sur la critique du système actuel… Et il me faut accepter, que la richesse vient de la diversité. Ma façon de réfléchir n’est pas une réponse universelle, et l’essentiel est bien de modifier définitivement les règles du travail social.

Claire Jouffray
Claire Jouffray
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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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