La valeur travail… On vend sa force de travail

La valeur travail
La valeur travail

La valeur travail

Hier encore, je rencontrais une jeune femme de 25 ans, profondément triste car son emploi était finalement très éloigné de ses rêves et des promesses. En période d’apprentissage, elle n’avait ni tuteur, ni directives, seulement des heures à s’ennuyer.

Hier encore, je bloquais deux « amis » FB qui faisaient la guerre aux fainéants qui profitent des aides sociales. Le scandale se limitait, selon eux à la paresse de certains.

Il y a peu de temps aussi, j’ai vu les larmes de salariées, qui se sentaient humiliées par l’attitude de chefaillons, je vois poindre la dépression.

Avant de revenir chez moi, mon vieux voisin, retraité de la sidérurgie, protestait contre le nouveau voisin « un jeune branleur qui ne travaille pas »

Et juste d’avant d’écrire ce texte, ma fille me racontait son plaisir de travailler…

Il y a des gens heureux de travailler, ou de ne pas travailler, et pour les personnes malheureuses…c’est la même diversité…

Alors le travail fait-il le bonheur, ou notre malheur ?

« On vend sa force de travail. »

Pépère Marx l’avait bien dit, l’emploi est une transaction marchande, on vend cette fameuse force de travail pour un salaire.

Mais ce que l’on vend, c’est bien plus qu’un effort physique et/ou intellectuel. On met du temps dans la balance, donc on renonce à des plaisirs, de la vie famille. On vend notre besoin d’être reconnu, parfois notre raison de vivre. On vend notre fierté, notre orgueil… notre autonomie.

Oui, le travail est aliénant…

Mais le paradoxe, c’est qu’à travers le travail, chacun cherche à prendre place, créer, à dominer, à exister.

Oui, le travail est libérateur.

J’avais une petite blague de directeur : « Pour être directeur, il faut connaître deux phrases par cœur :

« C’est bien ce que vous faites… » Et « Continuez comme ça. »

C’est tout le paradoxe de l’emploi, on s’aliène, on s’enferme, on se soumet, car on est bien, on y trouve un sens à notre vie, une reconnaissance… »

Bien sûr, même si on trouve un certain épanouissement au travail, on peut ne pas être satisfait des conditions, des salaires.

Les revendications ne signifient pas que l’on refuse le boulot… Les cheminots qui sont en grève aujourd’hui ne menacent pas de quitter la SNCF.

Ceux qui travaillent sont dans ce tiraillement : je suis exploité, mais c’est comme ça que je construis ma vie…

On profite du système…

Et toutes les personnes qui ne travaillent pas… Les chômeurs, les retraités, les personnes « en situation de handicap » …

Eux aussi peuvent vivre un tiraillement, ils ne sont pas forcément satisfaits de leur sort. L’absence de boulot est souvent perçue en exclusion. Même le retraité peut être malheureux d’être mis dans le grand sac des inutiles, des « usagers », des « périmés ». Quant au chômeur chercheur d’emploi, il vit de belles galères, financièrement et humainement.

On se sent constamment scruté, on est coupable. Fabienne Desseux dans son bouquin profondément humain et intelligent décrit la situation :

« Quand tu es au chômage, tu as la sensation de devoir t’excuser de tout. De vivre au crochet des autres. De ne pas être assez bon, assez pugnace, assez volontaire.

Tu es un mouton noir, alors tu penses faire ce qu’il faut sans cesse, pour être dans les « codes » imposés. Tu refais ton CV pour qu’il soit bien dans l’air du temps. Tu ajustes ton discours, ta parole, ta garde-robe. Tu oses à peine dire que tu ne penses pas à décrocher un vrai boulot, mais plutôt un moyen d’en trouver un temporairement. Juste pour recharger tes futurs droits au chômage. Tu te culpabilises, te demandant bien ce qu’il faut faire pour sortir la tête hors de l’eau. »

La valeur travail
La valeur travail

Virée ! Fabienne Desseux dB éditions

Et les chômeurs non-chercheurs d’emploi ? Il en existe, mais pour eux aussi tout n’est pas simple. Une conseillère RSA me relatait deux infos. D’une part, des employeurs appellent le Conseil départemental, ils cherchent à recruter, et ils ne trouvent pas « alors que vous payez des fainéants au RSA ! ». D’autre part, dans le cadre de son job, elle joue l’employeur dans la formation d’une collègue, un candidat bloque dès la première question, il se trouve nul, il est perdu…

Le monde du travail rejette, humilie et détruit beaucoup de personnes… À force de n’être rien, on se protège en se repliant sur soi, en ne tentant plus rien.

Et on perd son âme…

Dans le système, chacun voit « midi à sa porte », chacun se débrouille … On arrive à « chacun pour sa gueule ! » Puis quand c’est difficile, on devient haineux contre le fonctionnaire, le gréviste, le fainéant.

Le plus grand tour de magie du capital, c’est sans doute de nous diviser…

Avons-nous vendu notre âme et troquer notre intelligence contre une bonne dose de connerie ?

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

3 réponses

  1. nana dit :

    belle ouverture d’esprit sur journalabrasif.fr !
    Je suis entrée sur ce journal en cherchant à comprendre le wokisme. Cet article m’a laissée un goût amer : « tel police secours si… » mais je crois avoir compris le concept du wokisme un peu mieux. Merci. J’ai donc lu plusieurs articles récents : « si dieu n’existait pas ! » et « la valeur travail » m’ont définitivement réconcilier avec l’Humain. Provisoirement… tant les discussions sont souvent plates ou émotionnelles seulement dans ce monde difficile où la réflexion est accessoire et la réaction la règle. Travail rafraichissant, avec une capacité à résumer des sujets complexes, pour penser activement et partager une base argumentaire de discussion au présent !

  2. Et oui malheureusement on est souvent déçu par la réalité du monde dans lequel on vit. J’ai 35 ans et j’arrive à peine à payer mon loyer avec mon art, alors vivre de ma passion je n’en parle même pas. Il ne faut cependant pas se décourager et perséverer.

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