La santé Homme Femme et les inégalités

La santé Homme Femme
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Il y a un peu plus de deux ans, plusieurs médias – dont les Inrocks ou encore Femme Actuelle – se sont extasiés d’une étude qui prouverait, selon leurs dires, que la femme est le sexe fort, avec un article tout aussi putaclic que le mien (à ceci près que le mien vous choquera sans doute plus que celui des Inrocks).
Pourquoi j’y donne suite maintenant ?

Parce qu’avec la situation sanitaire, de nombreux articles se sont empressés de dire que les femmes étaient beaucoup moins vulnérables face à la Covid-19 que les hommes… ce qui est très simplificateur. Et, contrairement à de nombreuses idées reçues, ni les femmes ni les hommes ne sont le sexe fort en matière de santé… mais leur santé est très différente et ces différences sont très, mais alors très loin de se résumer aux organes reproductifs.

Je ne vais pas parler du sexisme en médecine, qui est malheureusement très fréquent que ça soit à l’encontre des patientes ou des étudiantes en médecine, mais ce sujet mériterait une série d’articles (et je pense, pourquoi pas, en parler un de ces jours). Non, je vais parler uniquement de médecine et d’épidémiologie. Parce que soyons clair : quelque soit votre âge, votre sexe, votre poids… la santé est quelque chose de précieux, et de facile a perdre.

Hommes et femmes : inégaux face à la Covid-19

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à la Covid-19, ce n’est pas un scoop. Déjà, sur le plan de la mortalité, et ça a été beaucoup dit dans les médias : dans la plupart des pays du monde, dont la plupart des pays d’Europe, d’Afrique et en Chine, les hommes sont en moyenne plus nombreux a être admis en réanimation, mais aussi plus nombreux a en mourir.

Cependant, l’importance de cet écart diffère de beaucoup entre chaque pays et est, dans de rares cas, favorable aux hommes. À titre d’exemple, en Thaïlande, les hommes représentent 76% des décès, contre seulement 37% au Vietnam. En France, en Espagne et en Allemagne, les hommes meurent le plus, au Canada et en Belgique, les femmes meurent plus. En Corée du Sud, il y a parité.


Les hommes seraient plus nombreux à mourir de la Covid aux États-Unis, mais (un peu) moins nombreux à en mourir en Inde. Mais dans l’ensemble, la tendance mondiale montre une surmortalité masculine non négligeable. (source)
De plus, les femmes gardent plus longtemps leur immunité contre le virus, immunité qui décroit significativement plus vite chez les hommes.

Cependant, la gent féminine a également toutes ses raisons de continuer à appliquer les gestes barrière malgré tout : l’immunité chez les hommes est plus prononcée que chez les femmes juste après l’infection (d’où pourquoi les donneurs de plasma antiviral sont principalement des hommes) et les femmes sont beaucoup plus à souffrir de séquelles de la maladie : 7 mois après la fin de l’infection, elles sont sept fois plus nombreuses à ressentir des difficultés pulmonaires et deux fois plus nombreuses à souffrir de fatigue que leurs homologues masculins.

Globalement, les séquelles de la Covid sont toujours plus nombreuses chez les femmes et ne peuvent pas s’expliquer par le fait que les femmes en meurent moins, car la surreprésentation des femmes dans les cas de séquelle est bien plus élevée que la surmortalité des hommes. Ces risques concernent également les femmes jeunes.


Les femmes sont également quatre fois plus à risques d’avoir des effets secondaires des vaccins contre le virus, mais ces vaccins seront plus efficaces pour celles-ci. Pas de panique cependant, le risque d’effets secondaires de ce vaccin est bien plus faible que la prise d’un analgésique ou d’une contraception.

De ce fait, quelque soit votre sexe, prenez vos précautions.

Les hommes vulnérables aux infections, les femmes a l’auto-immunité

D’une manière plus générale, toutes les études concordent : les femmes sont beaucoup plus résistantes que les hommes face à la plupart des infections (virales, bactériennes ou parasitaires) que ça soit en termes de nombre de cas, de mortalité ou de symptômes infectieux. Bien qu’il y ait des exceptions, comme l’infection urinaire ou le VIH, cette relative robustesse féminine face aux infections se retrouve dans toutes les époques et dans tous les pays.

Cela vaudrait également pour la grippe et le rhume banal bien que ça soit controversé.
Ainsi, l’étude citée par les médias il y a deux ans ne visait pas à prouver que les femmes résistaient mieux aux maladies infectieuses et avaient globalement une meilleure espérance de vie : c’est connu depuis les débuts de la médecine. L’étude ne visait pas non plus à en expliquer le pourquoi du comment.

Non, l’étude visait à prouver que cet avantage existait également chez les jeunes enfants dans les cas de crises majeures, et à montrer le côté biologique de cet avantage. Cet avantage s’applique également aux famines pour lesquelles les femmes, mais aussi les petites filles sont plus résistantes.

Cependant, cela ne veut pas dire que la femme est réellement le sexe fort, et, de la même manière que vous avez probablement cliqué sur mon article à cause de son titre d’une beauferie sans nom (mais qui n’est qu’un titre putaclic, hein), ces articles visaient à vous faire cliquer.


Cependant, les femmes ont également des problèmes de santé plus sévères que les hommes, dont notamment les dérèglements immunitaires : elles sont beaucoup plus concernées par les maladies auto-immunes (les maladies contre lesquelles le système immunitaire se « retourne » contre lui-même) comme la sclérose en plaques ou la maladie de Crohn.

Dans l’ensemble, les femmes sont huit fois plus concernées par l’auto-immunité, mais aussi par les allergies : elles sont deux fois plus touchées par l’asthme allergique. De même, le diabète de type 1, c’est-à-dire le diabète n’étant pas dépendant du mode de vie, mais d’une attaque auto-immune du pancréas, est plus fréquent, mais surtout 40% plus mortel chez les femmes.

Les femmes vivent plus longtemps, mais pas en meilleure santé

Les femmes vivent plus longtemps, c’est un fait. Globalement, quel que soit le pays, l’époque ou les conditions de vie, les femmes vivent environ 4 ans de plus que les hommes. Cet écart peut varier selon les conditions locales malgré tout.

C’est d’ailleurs drôle de remarquer que, dans les pays à forte consommation d’alcool comme la Russie, l’écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes grimpe jusqu’à 13 ans en faveur des femmes (source). Inversement, dans les pays où l’air est particulièrement pollué, comme la Chine ou l’Inde, cet écart descend à seulement deux ans en faveur des femmes, car ces dernières sont plus vulnérables à la pollution chimique de l’air.


Cet écart est en grande partie comportemental (les femmes boivent moins, fument moins et font moins de métier à risque que les hommes), mais une partie, un peu près 3 ans, reste biologique. En effet, la plupart des maladies, qu’elles soient infectieuses ou non, tuent considérablement moins les femmes que les hommes, et la raison en est mal connue pour ce qui est des maladies non infectieuses, bien que le double chromosome X des femmes soit mis en cause dans leur avantage.

De plus, l’apnée du sommeil, le diabète de type 2 et la maladie de Nash (« maladie du foie gras »), autant de fléaux du 21e siècle, concernent plus les hommes que les femmes.

Cependant, histoire de consoler ces messieurs : les femmes ne vivent pas beaucoup plus longtemps « en bonne santé » que les hommes, c’est à dire qu’elles ne vivent pas plus longtemps sans souffrir de problèmes de santé. Quoi que : un léger avantage féminin persiste (les femmes vivent quelque mois, maximum deux ans et demi en bonne santé de plus par rapport aux hommes).

Les causes de mortalité restent très différente, et le vieillissement aussi

Contrairement a une idée reçu, les maladies cardiaques touchent beaucoup plus les femmes que les hommes, celle-ci en mourant plus et en ayant plus de séquelles. De plus, l’infarctus nocturne, au taux de survie effroyablement bas, de seulement 10%, est plus fréquent chez les femmes, ce qui fait que la mortalité cardiovasculaire est la principale cause de mortalité chez les femmes. Chez les hommes, pour les raisons immunitaires et comportementales que j’expliquerait plus bas, le cancer est la principale cause de mortalité.

Une telle différence est aussi constatée pour le vieillissement en général. Par exemple, les femmes commencent a perdre l’ouïe par vieillesse 5 a 10 ans après les hommes, et la perdent généralement moins. Cependant, les femmes sont plus vulnérables aux problèmes de vue (myopie, astigmatisme, presbytie ou encore DMLA) et sont donc plus nombreuses a devoir porter des lunettes. De même, la maladie d’Alzheimer est plus fréquente chez les femmes mais la maladie de parkinson est plus fréquente chez les hommes.

Mais ce ne sont pas les seules différences médicales

Contrairement à ce qu’on dit souvent, ce sont les femmes qui sont les plus vulnérables a la douleur : celles-ci ressentent 20% de douleur en plus a symptôme douloureux égal que les hommes. Les femmes dorment également 19 minutes de plus que les hommes et se sentent beaucoup plus fatiguées en cas de manque de sommeil. En conséquence, le syndrome de fatigue chronique et la fibromyalgie sont plus fréquents chez les femmes.

L’idée reçu selon laquelle les hommes sont plus vulnérables a la douleur vient du fait que les hommes ressentent plus de symptômes lors de maladies saisonnières comme la grippe, le rhume ou encore la mononucléose et a été perpétuée par le fait qu’une étude sur les souris démontre que les souris mâles sont plus vulnérables a la douleur, au contraire de l’humain.

Un argument souvent donné par des militants pour les droits des hommes (le féminisme des hommes, en gros) est que les hommes se suicident 3 fois plus que les femmes. C’est vrai, mais les femmes font cependant 3 fois plus de tentatives de suicide, en utilisant des moyens plus violents. La santé mentale est également sujette au dimorphisme sexuel : la schizophrénie et la dépendance aux substances étant plus fréquentes chez les hommes tandis que la bipolarité, la dépression et les troubles alimentaires sont plus fréquents chez les femmes.


Enfin, le surpoids (stade intermédiaire entre le poids normal et l’obésité) est plus fréquent chez les hommes, ce qui explique pourquoi les hommes sont beaucoup plus touchés par le diabète de type 2, la maladie de Nash et l’apnée du sommeil, tandis que l’obésité, en particulier l’obésité morbide, mais aussi la maigreur extrême est plus fréquente chez les femmes, en partie à cause de la plus haute incidence des troubles alimentaires chez celle-ci. L’ostéoporose, maladie qui cause une fragilisation des os, est moins fréquente chez les hommes, et les hommes cicatrisent mieux d’une plaie ce qui peut expliquer pourquoi le tétanos est plus fréquent chez les femmes.

Enfin, les vagues de chaleur sont bien plus dangereuses pour les femmes, qui sont surreprésentées de 80% par rapport aux hommes dans les morts de la canicule de 2003.

Cet effet s’explique en partie par le fait que les femmes vivent plus longtemps et que les personnes âgées sont plus vulnérables a la chaleur, mais dans toutes les classes d’âge la mortalité est supérieure de 15 a 20% chez les femmes que chez les hommes, cela peut paraitre contrintuitif quand on sait que les hommes résistent mieux au froid et sentent moins le froid, mais c’est plutôt logique : les femmes commencent a transpirer moins vite que les hommes et retiennent plus la chaleur que ces derniers en raison d’un tissu adipeux plus important.

Mais pourquoi ?

Mais pourquoi ces différences ? On ne sait pas les expliquer précisément, mais on a quelques pistes.
Déjà, il y a le comportement. La surmortalité des hommes a tout les âges s’explique avant tout par une plus grande prise de risque – près de 90% des Darwins Awards, prix ironiques récompensant les morts stupides, sont détenus par des hommes – et par une plus grande consommation d’alcool et de tabac par ceux-ci, mais aussi par des métiers plus dangereux. Cependant, l’écart de consommation de tabac et d’alcool entre hommes et femmes a tendance a se rétrécir.


Au-delà des différences comportementales, il faut savoir que les estrogènes, hormones principalement féminines, stimulent le système immunitaire améliorant considérablement la résistance aux maladies infectieuses, tandis que les androgènes – dont le chef de file est la testostérone – réduisent l’efficacité du système immunitaire donc limitent les réactions immunitaires excessives.

Concernant les différences face a la famine, les femmes y résistent plus, car elles ont un besoin calorique plus faible, mais aussi de plus importantes réserves de graisse, toujours grâce aux estrogènes. Enfin, les estrogènes descendent rapidement après 40 ans chez les femmes – c’est la ménopause – tandis que les androgènes descendent beaucoup plus lentement chez les hommes. Les estrogènes augmentent également la quantité de tissus adipeux, augmente la sensibilité a la douleur et ont des propriétés neuroprotectrices, tandis que les androgènes améliorent l’appétit et luttent contre la sensation de douleur, fatigue et de froid.

Conclusion

Les clichés sexistes sur la santé sont loin d’être toujours anodin : on ne compte plus le nombre de femmes mortes d’infarctus car on pensait naïvement que celles-ci n’étaient pas a risques de maladies cardiaques, ou encore le sous-diagnostic de l’autisme chez les filles. De même, les douleurs de règles, le syndrome menstruel et l’endométriose sont perçues comme normales par la société, alors qu’il s’agit dans les trois cas de réelles maladies et qu’il est possible, bien que difficile, de les soigner.


Les hommes, quant à eux, ne sont pas en reste, car ces derniers négligent beaucoup plus leurs symptômes et leur santé sous couvert de virilité, tardant à signaler une douleur persistante et en ne suivant pas les consignes sanitaires (à titre d’exemple, les hommes expriment deux fois moins l’intention de porter un masque en quittant leur domicile que les femmes, malgré le fait que les femmes soient plus nombreuses à adhérer aux théories complotistes antimasques).

On a également privé les jeunes garçons, jusqu’à récemment, du vaccin contre le papillomavirus (qui cause le cancer de l’utérus chez les femmes), une maladie sexuellement transmissible, alors même que ceux-ci peuvent souffrir de cancer de la gorge en attrapant cette maladie, en plus d’en être vecteurs pour les jeunes filles.


Bref, faites attention a vous, et joyeuse fin de fin du monde… jusqu’à la prochaine.


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Asperger Defense

Autiste asperger en lutte contre les soins sans consentement, libertarien et pro-choix, et souhaitant, non pas fournir un simple avis comme généralement c'est le cas sur les réseaux sociaux, mais des analyses plus rationnelles et nuancées.

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