La résistance aux médicaments, c’est quoi ?

La résistance aux médicaments
La résistance aux médicaments

Définition : La résistance aux médicaments

La résistance des agents pathogènes (organismes vivants causant potentiellement une maladie) est bien connue sous sa forme principale : l’antibiorésistance, la résistance des bactéries aux antibiotiques.
Mais cette résistance n’est pas la seule, et elle n’est elle-même pas toujours bien comprise, donc parlons en !
Repartons sur nos bonnes vieilles bases et parlons de médecine, ou plus précisément d’infectiologie car l’infectiologie, c’est génial et c’est pas du tout mon sous-IS.


Je préfère vous prévenir à l’avance : ça va parler de maladies et de scénarios effroyables et dégueulasses. Il y a des choses que vous ne voulez peut-être pas connaître, donc si vous voulez rester bien au chaud dans le déni, faites CTRL+W. Si vous êtes bien accroché (et encore je vous ai pas parlé des maladies tropicales lol) n’hésitez pas, continuez.

La résistance aux anti-infectieux, c’est quoi ?

La résistances aux anti-infectieux
La résistance aux médicaments

Un anti-infectieux est un médicament qui permet de traiter les maladies infectieuses chez l’homme ou l’animal. Attention : un anti-infectieux chez les plantes est appelé produit phytosanitaire, abrégé dans le langage courant en pesticide.
Déjà, savez vous combien de types d’infections il existe ? Vous allez probablement me citer les bactéries et les virus. Vous avez raison mais ce n’est pas tout : il en existe 5 types :


-Les virus


Ce sont des organismes si simples que la communauté scientifique n’arrive pas a se mettre d’accord si ils sont vivants ou non, car ils ne produisent pas leur propre énergie.
En effet, ils se servent de la cellule qu’ils infectent : c’est vos propres cellules qui produisent les prochaines particules virales.
Exemples de maladies virales : Grippe, Herpès labial, Covid-19. Exemples de traitements antiviraux : Aciclovir, Ribavirine, Moroxydine.


-Les bactéries


Les bactéries, elles, sont de vrais cellules vivantes : elles mesurent a peu près un tiers de la taille de nos cellules. La plupart sont extracellulaires : elles ne rentrent pas dans les cellules elles-mêmes. Certaines sont intracellulaires et demandent alors des traitements spéciaux : la tuberculose et la brucellose sont de bons exemples. Les maladies bactériennes sont plus graves que les maladies virales mais sont efficacement contrôlées par les antibiotiques, sauf en cas de résistance.
Exemples de maladies bactériennes : légionellose, syphilis, salmonellose. Exemple d’antibiotiques : azithromycine, amoxicilline, ciprofloxacine.


-Les champignons


Ils causent des mycoses, ce sont pour la plupart des infections opportunistes. En effet, il y a peu de chances que vous attrapiez une mycose si vous n’avez pas pris d’antibiotiques et si vous n’êtes pas immunodéprimé, et dans un tel cas, elle restera probablement limité.


Il existe des mycoses intracellulaires et des mycoses malignes mais elles sont généralement rares. La candidose chronique n’existe pas, oubliez ça toute de suite. (No #FakeMed) Exemples de mycoses : candidose vaginale, aspergillose pulmonaire (rien a voir avec mon syndrome hein) et histoplasmose. Exemples de médicaments antimycosiques : éconazole, flucytosine (sujette a résistances) et amphotéricine B.


-Les parasites


Eux, on les divise en deux types : les helminthes, ou vers dans le langage courant, infectent les compartiments extracellulaires (poumons, intestins, peau et lymphe) et les protozoaires, des micro-organismes unicellulaires, qui, contrairement aux bactéries, ont un noyau au centre de leur cellule. Exemples de maladies dues aux vers : onchocercose, myiase, ascaridiose. Exemple de traitements anthelminthiques (vermifuges) : ivermectine, albendazole, praziquantel. Exemples de maladies à protozoaires : paludisme, blastocystose, cryptosporidiose. Exemples d’anti-protozoaires : chloroquine, métronidazole, nitazoxanide.


-Les protéines


Ceux-là sont assez particuliers : ce sont de simples molécules, qu’on appelle « prions » et qu’on a naturellement dans le cerveau. Cependant, des formes dites « mal conformées » transforment nos prions naturels en prions « vérolés » donnant ainsi la maladie de la vache folle, ou vMCJ. Exemples de médicaments au potentiel anti-prion : astémizole, doxycycline, imiquimod. Nous n’en reparlerons pas dans l’article, c’est juste pour expliquer le 5e type. Si ça vous intéresse, le sujet sera abordé dans un autre article.

Virus et résistances aux traitements antiviraux

Virus et résistances aux traitements antiviraux
La résistance aux médicaments

Cette partie va être un peu rudimentaire étant donné le peu de traitements antiviraux sur le marché et la simplicité d’une particule virale, mais je vais pouvoir vous expliquer ce qu’est la pression de sélection.


On va prendre deux exemples : les virus herpétiques et les virus grippaux. Les virus herpétiques (responsables de plusieurs maladies virales, dont l’herpès labial et génital, le zona, la varicelle, la mononucléose et la roséole infantile)
Ces virus « mutent » peu : ils sont ADN. Certaines souches de la varicelle, mais aussi du cytomégalovirus (infection oculaire) ou de l’herpès génital résistent aux traitements. Tandis que chez les immunocompétents (n’ayant aucune maladie du système immunitaire, qui n’est déficient que lorsque l’on souffre d’une maladie très grave) il s’agit de cas cliniques, chez les immunodéprimés le taux de personnes infectées par un virus résistant aux traitements antiviraux classique s’élève a 10%.


Mais d’ailleurs, comment ça se fait qu’un virus sensible à un traitement auparavant efficace y devienne résistant ?
C’est assez simple en réalité. Prenons l’exemple du virus de la Grippe, un virus a ARN, qui résiste souvent aux traitements antiviraux (jusqu’à 100% de résistances a l’amantadine et son dérivé la rimantadine)
Chez toute population d’une espèce vivante, il y a aura statistiquement un individu ayant une particularité génétique : l’amantadine se fixe sur un récepteur qui s’appelle M2 ce qui neutralise le virus. (C’est beaucoup plus complexe que ça mais on va vulgariser).


Chez l’écrasante majorité des virus (99,9999%) le récepteur va être bloqué par l’amantadine. Cependant, des virus ayant une anomalie génétique ont un récepteur M2 différent : l’amantadine ne peut plus s’y fixer.
Si ces virions ne sont pas neutralisés par le système immunitaire ou inactivés par autre chose, ils auront le champ libre pour se reproduire là ou les virus « normaux » seront bloqués par l’amantadine : les virus anormaux deviennent majoritaires car ils se reproduisent plus vite et survivent.


Ce mécanisme est le même chez tout les types de maladies en réalité, à l’exception des vers parasites pour qui la pression de sélection va être plus difficile car là ou les virus ou bactéries sont plusieurs milliards chez un même hôte, ce n’est pas le cas des vers parasites. La sélection de parasites résistants se fait donc à l’échelle régionale.

Bactéries et résistances aux antibiotiques

Bactéries et résistances aux antibiotiques
La résistance aux médicaments

Pour les bactéries, le principe de sélection est le même mais les mécanismes de résistances sont différents :
-Certaines bactéries forment des biofilms, c’est à dire une couche solide et imperméable qui les sépare de l’environnement extérieur, et donc, du contact avec l’antibiotique.


-D’autres bactéries utilisent l’efflux : elles « recrachent » l’antibiotique d’elles-mêmes, un peu comme quand vous étiez bébé et qu’on vous donnait des épinards qui n’atteignaient, de fait, jamais votre estomac.


-D’autres bactéries ont une mutation de la protéine cible : voir mécanisme expliqué pour les virus, le principe est exactement le même.


-Enfin, certaines bactéries produisent des enzymes qui détruisent l’antibiotique (clivage) et on peut le contourner : le médicament Augmentin © contient un principe synergiste qui empêche la destruction de l’amoxicilline par la bactérie.


Cela crée divers problèmes de santé publique : une bête infection bactérienne peut devenir incurable, à l’hôpital mais aussi en ville. En île-de-France, le taux de résistance de la pneumonie à pneumocoques atteint 50% pour les antibiotiques de première intention.
De même, la moitié des cas de tuberculose aux USA est résistante, compliquant le traitement de cette maladie dont le taux de mortalité s’élève à 10% sans traitement.


On ne le répétera jamais assez : les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Ça fait vingt ans qu’on vous le dit. Mais rassurez vous, vous n’êtes pas le seul coupable, d’autres facteurs rentrent en jeux : des mouches aux téléphones des soignants en passant par les amibes, un nombre colossal de facteurs y contribuent malheureusement.
Un contre-article dédié à
la lutte contre les résistances des 4 types sera fait, si ça vous intéresse.

Mycoses et résistances aux antimycosiques

Les mycoses sont des infections dues à des champignons microscopiques et unicellulaires. La cause principale de résistance est la mutation des protéines synthétisant l’ergostérol (l’ergostérol est un composant chimique gras qui sert au champignon pour sa membrane, si sa membrane est insuffisante, le champignon est détruit)
Bien que cela ne soit pas grave dans le cas d’une mycose localisée, cela peut être très compliqué dans le cas d’une mycose systémique : poumons ou cerveau par exemple.

Vous avez bien lu : certaines mycoses peuvent atteindre les poumons et le cerveau. Elles sont généralement rares, elles s’observent surtout dans des pays chauds affectés par un tremblement de terre, par exemple, qui cause la dissémination de spores. Là encore, il s’agit souvent d’immunodépression, ce sont des infections opportunistes.
Le risque de résistances est également nosocomial : le Candida peut créer un biofilm, et une infection septicémique résistante tue un patient profondément immunodéprimé sur deux.

Parasites et résistances aux antiparasitaires

Le principal problème lié a la résistance aux antiparasitaires est le paludisme. Cette maladie qui affecte jusqu’à 450 millions de personnes chaque année, et qui en tue 450 000 (bienvenu dans la réalité) est due à un protozoaire, le plasmodium, qui peut être efficacement prévenu et traité par l’association de plusieurs médicaments : l’association d’un dérivé de la quinine et d’un dérivé de l’artémisinine est la règle. Si on les associe, c’est pour réduire le risque de résistances. Cependant, le parasite peut devenir résistant par la pression de sélection : généralement par efflux. Dans certaines régions d’Afrique, le taux d’infections résistantes à la chloroquine peut atteindre 20%, compliquant la maladie.


Cette résistance peut aussi se manifester pour les arséniés et les antimoniés (En médecine tropicale, pour certaines maladies à protozoaires telles que la maladie du sommeil ou la leishmaniose, nous en sommes réduits à injecter des métaux lourds au patient afin d’éviter son décès sous peu, pour la maladie du sommeil par exemple, le taux de mortalité du traitement en phase tardive s’élève a 5% mais sans traitement le patient décède dans 100% des cas en quelques mois voir années) pour lesquels il existe peu d’alternatives thérapeutiques.


Enfin, il peut se manifester chez les vers parasites : certains parasites du foie deviennent résistants par efflux et donc compliqués à traiter, et la neurocysticercose (infection du cerveau par des larves de ténia du bœuf, aka ver solitaire) peut également être sujette à résistances aux anthelminthiques traditionnellement utilisés comme le praziquantel ou l’albendazole.

Mais c’est pas tout…

La résistance existe chez toutes les espèces vivantes : des insectes (dont les moustiques ce qui rend difficile la lutte contre… le paludisme) mais aussi des plantes (résistantes au glyphosate) et même… des cancers. En effet, ce qui rend impossible le traitement continu du glioblastome (cancer du cerveau incurable et systématiquement mortel, le plus fréquent des cancers au système nerveux central dans les pays développés) à long terme est le fait que le cancer devient résistant à la chimiothérapie anticancéreuse et même a la radiothérapie.

La résistance aux médicaments ?


Je vous ai prévenu au départ : c’est cash et il y a probablement certaines choses que vous auriez aimé ne jamais savoir. Sur ce, bon appétit, et faites de beaux rêves.

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Asperger Défense [Rédacteur en Chef]

Asperger Défense [Rédacteur en Chef]

Autiste asperger en lutte contre les soins sans consentement, pro-choix, et souhaitant, non pas fournir un simple avis comme généralement c'est le cas sur les réseaux sociaux, mais des analyses plus rationnelles et nuancées.

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