La récupération, ou le régime alimentaire de la politique

La récupération politique lola
La récupération politique lola

La récupération politique

Le drame du meurtre de Lola défraie l’actualité, mais le « fait divers » est le catalyseur de plusieurs débats nationaux, très éloignés de la réalité humaine.

Lola, une éternelle inconnue.

Je ne sais rien de Lola, rien de plus que ce que la presse diffuse. D’ailleurs, elle n’intéresse pas vraiment notre petit monde. Rapidement, on préfère mettre du vocabulaire afin de « classer l’affaire ». On l’appelle « petit ange », les superlatifs ne sont jamais assez forts pour qualifier le drame, et enfin on range le crime dans la rubrique « fait divers ». Lola n’est déjà plus là dans ces verbiages, elle devient une image, elle a quitté la réalité.

Immédiatement, il faut prendre conscience que tout ce qui s’écrit, tout ce qui se dit au nom de Lola est du domaine de la légende, de l’invention, du fantasmé. Pour de bonnes ou de mauvaises intentions, nous utilisons tous le nom de la gamine pour livrer une partie de nous-même. En la nommant, on se présente en défenseur de l’enfance, de la pureté, en citoyen protecteur … Comme d’autres avant, Lola devient un symbole, une image abstraite, une nouvelle Jeanne d’Arc, donc une icône utilisable et récupérable.

Chaque médiatisation tue une nouvelle fois les victimes …

Lola devient pour certains la victime de la horde algérienne en situation illégale en France, Samuel Paty est devenu le soldat de la République alors que dans l’heure qui a suivi sa mort, sa hiérarchie signalait un enseignant aux méthodes discutables, les journalistes de Charlie représentent les garants de la liberté d’expression, eux qui ont tant connu la censure légale et « morale » … Le fait divers livre en pâture la « véracité », et chacun se fait alors son écho, son utilisation. Le fait divers autorise à avoir « son point de vue », à intégrer l’événement à sa pensée, à son discours.

La connaissance publique d’un fait détruit le fait, et assassine de nouveau les victimes. La presse nous autorise à savoir, sans connaître, à analyser sans données, à disserter avec le cerveau vide.

Vous avez dit récupération politique ?

Oui, évidemment oui, il y a récupération politique. Quand on explique un crime par la nationalité de la suspecte, qu’on l’explique par le statut juridique … c’est une grosse ficelle. Quand on invoque la dignité du débat, on récupère la récupération … Car, la politique vit et se nourrit du fait divers. Être politicien c’est commenter le quotidien des citoyens, y apporter sa petite pensée souvent préfabriquée, près mâchée.

Par exemple, le président du Sénat, Gérard Larcher explique qu’il est logique de refuser d’inscrire la loi sur l’IVG dans la constitution, car « on doit manipuler la constitution en tremblant », voici une démonstration de la haute réflexion politique… contentez-vous d’une phrase et cessez de réfléchir.

Le politicien a pour rôle de surfer sur l’actualité et de mener les citoyens vers la docilité confortable. Il faut penser pour les gens, et cela fatigue tellement les gens de penser par eux-mêmes. Tous les moyens sont bons : l’émotion, l’amalgame, le simplisme, la démagogie, le discours scientifique ou militaire, le patriotisme…etc.

La parole politicienne sert toujours une finalité, la préservation d’un intérêt, elle se moque du sens, de la vérité, des victimes. L’intérêt pour Marine marchande de haine et les autres sombres personnages représentants de « notre République » est de gêner le gouvernement et de démontrer aux foules que les théories « migratoires » sont les meilleures.

Il s’agit de faire de Lola la victime des arabes en situation illégale …

Ce crime reste un mystère…

Aux dernières infos, la suspecte apparaît plutôt en jeune femme ordinaire avec un profil sur les réseaux sociaux sympa. Comment expliquer cette atrocité ? Bien sûr, je n’ai pas la réponse. Comment est-il possible qu’une personne méprise à ce point une autre personne ?

La haine est banale, elle est même le fondement de certains discours. Partout sur la planète, cette option, du rejet de l’autre, se développe. En France, en Suède, en Russie, en Italie, en Chine …et dans beaucoup d’endroits. Non, je ne vais pas récupérer à mon tour le crime, je vais juste me contenter d’affirmer que ce l’avenir de ce monde n’est pas dans la haine, mais dans l’entraide.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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