La réalité virtuelle des violences conjugales : Il suffisait de presque rien …

La réalité des violences conjugales
La réalité des violences conjugales

La réalité virtuelle des violences conjugales

Il suffisait de presque rien …

….quelques minutes de réalités virtuelles pour transformer la réalité des violences conjugales.

L’avez-vous remarquée cette super info ? Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, a lancé une nouvelle arme contre les violences conjugales : un court-métrage en réalité virtuelle.

Ce film, sans doute très bien fait, a été travaillé avec les experts psychiatriques, les neuropsychologues ou encore les conseillers d’insertion. Il permet à l’auteur d’agressions de s’immerger dans une situation de violence par différents niveaux d’empathie. D’abord une situation sereine, puis la souffrance de la dame et cerise sur le gâteau, monsieur partage l’émoi de l’enfant.

Sommes-nous revenus aux idées du film « Orange mécanique » ? Où, là aussi, le cinéma devait guérir la mauvaise personne ? Non, pour Orange mécanique, les images servaient à formater, à laver le cerveau, ici, c’est tout le contraire, il s’agit d’éveil ! L’homme violent doit, par ce court-métrage prendre conscience qu’il a mal agi, que sa compagne souffre, et que son enfant est victime. La nouvelle astuce est l’empathie.

Le progrès nous permettrait dont de franchir en quelques minutes des fossés qui font tranchée dans la guerre des sexes depuis longtemps. J’ai plus de soixante ans, et j’ai été éduqué dans l’homophobie, la « sacralisation » de la femme, et dans le mythe du bon père de famille. Je ne suis sans doute pas très futé, mais il m’a fallu du temps pour sortir de ces pièges sociétaux ; il m’a fallu rencontrer, réfléchir, écouter, travailler sur moi. Vraiment, je n’ai pas eu de chance, il suffirait maintenant d’une heure, voire de deux heures de réalité virtuelle pour atteindre ma compréhension actuelle des rapports humains.

Je lisais hier encore le livre de Virginie Despentes « King Kong Théorie » (livre de poche) et je cite un court extrait : 

« On s’obstine à faire comme si le viol était extraordinaire et périphérique, en dehors de la sexualité, évitable, comme s’il ne concernait que peu de gens, agresseurs et victimes, comme s’il constituait une situation exceptionnelle, qui ne dise rien du reste. Alors qu’il est, au contraire, au centre, au cœur, socle de nos sexualités. »

Virginie Despentes « King Kong Théorie »

Mais Virginie, vous aviez sans doute raison, mais ça aussi, c’est bientôt fini. Ça aussi, c’est « guérissable » ; imaginez quelques films, de l’empathie, et plus de viols, bon sang, mais c’est bien sûr !

À ce moment précis, j’ai un souci, j’ai l’impression de retomber sur le concept « orange mécanique ». Un peu de formatage ?

Un détail qui m’intéresse actuellement, c’est la remise en valeur de cette fameuse empathie, cette capacité à se mettre à la place de l’autre. Dans cette nouvelle initiative ministérielle, c’est le moteur. Dans mes nombreuses erreurs, je suis ponctuellement formateur dans l’éducation spécialisée, et là aussi, l’empathie est devenue presque obligatoire, une « qualité » incontournable du travaileur social. Nous retrouvons aussi l’empathie dans des projets scolaires, on parle de « cours d’empathie ».

Alors je m’autorise quelques rappels, l’empathie a été utilisée et développée comme méthode thérapeutique par Carl Rogers … il s’agissait d’un outil dans la méthode non-directive, associé à l’écoute, l’accueil inconditionnel, la reformulation… Dans nos exemples actuels, nous sommes loin. L’empathie, c’est bien une méthode … de torture par exemple. Il est conseillé au bon tortionnaire de comprendre les peurs et les souffrances de l’autre pour être efficace (cf « le meilleur des mondes »). Une technique de recherche des populations juives… pour mieux réussir le massacre.

Pour que l’empathie devienne un acte humaniste, il est également nécessaire de faire un travail sur soi, d’élever ses capacités relationnelles. Dans son ouvrage, « l’empathie au cœur du jeu social » (Albin Michel) Serge Tisseron conclut : 

« L’empathie affective complète ne comporte pas un seul étage ni même deux, mais trois. Le premier est la capacité de tout être humain de ressentir ce que l’autre éprouve, en se mettant à sa place. Le second est l’empathie réciproque qui suppose de renoncer à contrôler autrui et d’accepter qu’il puisse se mettre à ma place. Enfin, le troisième est l’empathie extimisante : j’accepte que l’autre me révèle à moi-même. L’empathie est alors une construction mutuelle et dynamique qui n’a plus grand-chose de commun avec le seul fait de ressentir ce que l’autre éprouve… »

Serge Tisseron

Ces quelques réflexions me font envisager que la violence conjugale est une réalité complexe… Aie ! Cela veut dire alors que nous n’aurions pas toutes les clés de compréhension. Cette violence serait inscrite entre l’histoire collective, et l’histoire individuelle (comme le viol !), qu’elle raconte deux éducations, deux mondes rêvés, deux montagnes de désillusions… Situation complexe, donc il faut du temps, de l’écoute. Situation violente, il faut des réponses immédiates.

L’homme agresseur n’est pas un homme qui a soudain un état de colère, il est le fruit de cultures, de sociétés, et penser que de lui faire verser une larme va résoudre le problème est une ineptie.

En fait notre ministre de la Justice, homme de cinéma, a sorti son revolver… Encore une fois. Il renforce cette société imbibée de simplisme, qui anéantit notre capacité à réfléchir… et qui crée des abrutis qui un jour seront peut-être violents par manque d’imagination.

Je crois qu’en réalité absolue et non virtuelle, on vient de se foutre de nous !

David Lerenard

Écrivain /Agitateur en communication constructive

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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