La psychothèque ou la communauté des fous (Extrait)


Me voici à nouveau hospitalisé chez les fous pour une crise de panique intense, suivie par des pulsions suicidaires, pulsions de mort, et ce, pour une cinquième saison, en ce 1er février 2013 à Paris.
Comme à chaque hospitalisation, mon arrivée dans les coulisses
de ce monde meurtri me paraît bien morbide. La lumière
est faible, j’ai l’estomac comprimé par un stress démesurément
carabiné, à peine supportable ; aucune émotion ni aucun désir
sexuel, j’attends. J’évoque le désir sexuel, car il faut le reconnaître,
les infirmières sont des bombes atomiques lâchées en plein
spectacle de fou. Et tout ça, je m’en fous…
Je me laisse aller, je dérive, ne ressens aucune peur, et pourtant
c’est officiel, bienvenue chez les fous.
Depuis mon admission, une heure est déjà transformée en
cendres. Elle a été rapide, un véritable moyen-métrage
d’épouvante. Ce film à caractère macabre se réalise progressivement
devant mes yeux.


Certains patients, drogués par des bonbons et sirops (médicaments) au vrai goût de mort, se promènent – ou plus précisément errent – tristement tels des zombis autour de moi. Mais il y a pire à entendre, c’est le hurlement à la mort des patients difficiles enfermés en chambre d’isolement (CI), les pieds et poings liés. Ces lieux sont réservés aux malades refusant
de façon brutale leur traitement, ou tout simplement, à ceux violents pour eux-mêmes ou pour les autres, voire les deux.


Zombi, un des mots très graves dans le jargon de la psychiatrie pour définir les patients dont les comportements n’ont plus rien d’humain. Leurs pensées, réflexions, mouvements sont devenus, avec les médicaments à haute dose, très dégradés. Ils traînent les pieds, me regardent telle une chose non humaine ni identifiée, avec leurs yeux qui ne dégagent plus aucune sensibilité. De vrais morts-vivants… Ils répètent leurs mille et un pas et attendent.

Attendre ? L’activité, l’animation de mort par excellence quand il ne se passe rien… Rien ? Oui, le néant. Deux heures sont déjà passées et je n’ai pris aucun médicament depuis deux mois : psychotropes, anxiolytiques, thymorégulateurs, ntipsychotiques, antidépresseurs, correcteurs, somnifères. Pourtant, je ne suis plus déprimé, ni dans une phase d’euphorie, de surpuissance, et encore moins un zombi. En fait, je ne suis plus rien.
Trois heures que je suis admis à l’hôpital psychiatrique. Les
Noisetiers, un nom si doux. Ces heures ont été rapides. Mais
pour les zombis ? Qu’attendent-ils ? Dans un monde particulier où le temps paraît si lent et long, chaque événement est un plaisir délicieux équivalant à un orgasme.


J’exagère un peu, mais c’est un point de vue bien personnel que de nombreux patients corroborent. Fumer une cigarette, se concentrer, si possible, cinq minutes devant une émission télévisée ou regarder un film, rêvasser, marcher, s’asseoir, s’allonger, dormir, se réveiller, se doucher, déjeuner, et même aller à la selle ; toutes ces phases de la journée se transforment en des événements jouissifs afin de pallier
l’un des symptômes les plus difficiles à supporter, surtout pour
les novices de la psychiatrie : l’impatience. Ce symptôme est un facteur anxiogène qui devrait être traité au même titre qu’une forte douleur physique ou psychique, et ce, dès la prise en charge du patient. Les animations proposées en psychiatrie sont efficaces contre l’ennui, mais trop peu nombreuses, et surtout cucul la praline dans certains hôpitaux psychiatriques que je ne citerai pas. Contre l’impatience et l’ennui, l’écriture est un excellent moyen de saborder cette catin d’horloge à l’odeur d’étron que l’on renifle toute la journée. Écrire ses pensées, ses journées, son séjour en psychiatrie reste un très bon traitement naturel pour contrer cette pathologie.

Cependant, il est vrai qu’avec les fortes doses de médicaments et les mauvaises pensées récurrentes dans cet espace de souffrance, la lecture reste un plaisir difficile avec une concentration très dégradée. Il n’y a qu’à voir les livres de la bibliothèque des Noisetiers, pour se rendre compte que ces derniers sont quasiment neufs.

Voilà, après quatre heures d’attente, je passe une audition – pardon, une consultation –, avec la plus belle des infirmières et un psychiatre très sympathique. Trente minutes passées, le ménage à trois est terminé, me voici déçu, reçu chez les fous.

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Lionel Belarbi

Sur ce blog je traite et analyse des sujets d’actualités qui me font frémir de délire, sans avoir un avis journalistiques ou autres, j’exerce en toute impunité.Écrivain bipolaire à la plume corrosive, poétique, parfois humoristique ou tragique, mais toujours authentique.Merci de me signaler les photes d'orthographes, elles sont nombreuses et je m'en excuses par avance.

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