La pensée blanche : Thuram plaide pour le libre arbitre !

La pensée blanche
La pensée blanche

La pensée blanche

Lilian a marqué la mémoire collective. Je me souviens encore de ses deux buts exceptionnels et inattendus en coupe du monde de foot en 98. On le sait, Lilian Thuram est un grand joueur de foot, on le sait beaucoup moins ; Lilian Thuram réfléchit, pense et écrit… avec beaucoup de talents. Il pulvérise le cliché du sportif illettré, et son livre « la pensée blanche » (POINTS) pulvérise une montagne de clichés.

La pensée blanche ?

C’est une construction de l’esprit, tout comme la pensée patriarcale : un ensemble d’informations fausses, partielles, de présupposés, de bon sens imbécile, d’idées reçues sans contrôle.

Lilian Thuram remonte, ou démonte notre histoire. Citons Christophe Colomb, le découvreur des Amériques (par erreur), héros de nos livres d’histoire.  Ce n’est plus un scoop, en fait ce personnage est un monstre. Pour son enrichissement il a tué, pillé, massacré. Il ne mérite pas les jolies pages colorées des manuels scolaires.

Ils sont plusieurs à passer à travers la moulinette de la réalité : Jules Ferry, Colbert, De Gaulle pour rester dans nos ouvrages manipulateurs scolaires. La liste des « faces cachées » est longue, très longue. L’histoire est toujours écrite par les hommes vainqueurs … elle a souvent la couleur rouge sang quand elle est racontée par les non-blancs qu’ils soient originaires des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie.

Mais passons sur l’histoire, il suffira peut-être de déboulonner quelques statues, et laissons les morts se reposer en paix… mais la pensée blanche n’est pas que de l’histoire ancienne.

Elle s’exprime en permanence et en tout lieu, et pas forcément par un racisme explicite.

« Le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire »

Nicolas Sarkozy 9/11/2007 Dakar

Ainsi ce discours n’est pas « mal intentionné », il reflète juste la suprématie de la pensée blanche. L’histoire serait écrite par l’homme blanc, l’histoire qu’il faut considérer. L’homme blanc est minoritaire sur la planète, mais seule sa lecture et seule sa parole comptent.

La pensée blanche distribue les places, ainsi les noirs seraient plus forts physiquement, plus aptes aux tâches les plus dures physiquement … comme c’est pratique. Un footballeur blanc a dit un jour à Lilian Thuram que la combinaison de la condition physique de Lilian associée à son intelligence (de blanc) serait extraordinaire.

Je rappelle juste que le bouquin est un excellent bouquin .

La pensée blanche peut être violente, cruelle. Elle peut écarter une personne noire d’un emploi ou d’un logement. Elle parvient également à codifier la beauté en blanc et à complexer les enfants noirs. Le pire est sans doute sa banalisation,  Thuram dit à un ami blanc : « tu sais, je suis noir, et toi tu es quoi ? » La réponse est « normal », « je suis normal ».

« Normal, blanc »

 Coluche

Une amie blanche de l’auteur a été horrifiée à la découverte de la sauvagerie de la pensée blanche, elle en pleurait en disant : « je n’y suis pour rien ». Le problème n’est vraiment pas dans la repentance, cette culpabilité à rebours. Ce n’est pas moi, ou mon voisin qui a tué George Floyd. La vraie question est dans la phrase de Coluche, c’est de l’humour cruel. Être blanc ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Ce n’est ni la situation normale, ni la situation majoritaire.

Le parallèle avec la situation de la femme est facile ; selon De Beauvoir l’homme définit la femme par l’expression « l’Autre », celle qui n’est pas homme. Le noir devient celui qui n’est pas blanc.

Il est urgent de se désinscrire des raisonnements formatés qui ne servent que la haine et l’extrême droite.

 Notre devoir aujourd’hui ce n’est ni la honte, ni la culpabilité, mais la lucidité. Là où je suis, je bénéficie des exploitations des peuples, mon téléphone, pue le travail des enfants. Je veux alors porter une autre parole que celle de la supériorité. Je veux juste m’inscrire partout et en tout temps en humain.

Le « je » c’est « Nous ».

Je vous invite à découvrir ce livre très riche, très documenté et aisé à lire. L’humanisme est présent dans toutes les lignes.

Pour conclure, juste la conclusion de Lilian Thuram, que je remercie chaleureusement :

« Indifférence et neutralité ne sont plus possibles. Ayons le courage d’ôter nos différents masques, de Noir, de Blanc, d’homme, de femme, de juif, de musulman, de chrétien, de bouddhiste, d’athée, de sans-papiers, de pauvre, de riche, de jeun, de vieux, d’homosexuel, d’hétérosexuel… pour défendre la seule identité qui compte l’humaine . le « Je » c’est « Nous ».

Total Page Visits: 251 - Today Page Visits: 2

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.