La nostalgie du service militaire

La nostalgie du service militaire…
La nostalgie du service militaire…

Service militaire

Deux fois aujourd’hui que ce sujet vient animer ma journée. Ce matin, un téléspectateur demande à Marine Marchande de haine, si elle est pour le retour du service militaire. Dans l’après-midi, j’animais un groupe d’écriture avec des personnes âgées, et Charles 93 ans, chiraquien-macroniste déplore à son tour la fin du service militaire, il avait même écrit à son ami Jacques Chirac, pour lui dire qu’il faisait « une énorme connerie ».

La légende du brassage des populations.

Dans les deux cas, les défenseurs du service militaire arguaient que beaucoup d’appelés n’avaient jamais rien vu d’autre que leur village ou leur quartier, et ce temps d’échange était un temps d’ouverture au monde. À croire que l’enfermement dans une caserne permet de découvrir la société. Évidemment non, elle permet de découvrir un microcosme où il existe une variété d’individus différents. Oui, il y a alors des niveaux culturels différents, des habitudes de vie différentes. J’ai le souvenir d’escadrons où les soldats qui se lavaient étaient très rares, où les gars analphabètes étaient, eux, nombreux et le lien social se soudait autour de l’alcool et du tabac.

On utilise également l’argument de la formation, je suis sans doute passé à côté. J’ai le souvenir des coups de pied au cul, des marches forcées, du nettoyage des armes et des chars…Pour être honnête, j’ai bien vu de la formation, mais c’est moi qui aidais quelques engagés à gravir les échelons de leur carrière.

Je ne crois donc pas un instant à l’argument du brassage social, mais j’en retiens un, tout de même, la découverte de la collectivité.

Apprendre à vivre ensemble…

Confier l’apprentissage de l’ouverture aux autres aux militaires, cela revient à confier l’apprentissage du langage aux perroquets, il ne peut y avoir que répétition, mais pas d’enseignement. Néanmoins, la vie en société passe par le dérangement du cocon personnel, passe par le feed-back des groupes. Toutes les actions collectives forment les individus, et l’idée qu’un temps, au moins, dans sa vie, on participe à un effort collectif, ne me semble pas idiot.

Le concept s’appelle le service civique. On pourrait centrer les efforts sur l’éducation (je rappelle le besoin d’éducation sexuelle.), sur la préservation de l’environnement, sur l’aide aux personnes (dans des services non-marchand), pour le développement culturel et sportif, l’accueil des populations déplacées…

Je ne parle ici d’aucune nostalgie, qu’on se le dise, le service militaire a plus participé au dressage de la jeunesse que son émancipation, il s’agit de l’apprentissage de sa propre valeur, et de sa place parmi les autres.

D’ailleurs, ce service civique pourrait concerner tous les âges, et un maximum de situations personnelles, tous sexes, personnes valides ou avec certains handicaps.

Selon J.Y Barrère, les caractéristiques de la vulnérabilité sont d’une part le fait de ne pas se sentir nécessaire, et d’autre part, de ne pas percevoir en quoi les autres peuvent m’être utiles. Ce service civique serait conçu sur cette respiration, cet échange, on me reconnaît une place, et cette place me permet de me situer parmi les autres.

A-t-on besoin de militaires appelés ?

La réponse de Marine marchande de haine à son sympathisant a été claire. Les militaires ne veulent plus, et ne peuvent plus accueillir d’ appelés. Les infrastructures n’existent plus. Affaire classée… MAIS la candidate a complété en disant que l’on pourrait tout de même envisager des périodes de formation courtes (15 jours)… au maniement des armes, et elle lâche une pointe d’humour : « il ne faut pas qu’il y ait que la racaille qui sache se servir des armes ! »

Désolé, j’ai du mal à en rire.

Il y a peu de temps un spécialiste de l’armée française expliquait que jamais « notre armée » ne pourrait avoir des débordements comme l’armée russe, nos soldats seraient extrêmement formés dans le cadre du respect des lois de la guerre. Donc, un militaire devrait non seulement savoir se servir de son arme, mais savoir aussi ne pas s’en servir . Les quinze jours de Marine Marchande de haine sont-ils suffisants ?

Peut-être… si le niveau est resté celui que j’ai eu en formation, où j’ai appris qu’il y avait le nucléaire gentil, le civil, et le nucléaire méchant, le militaire.

Faire société !

Faire société ne peut se réaliser dans la force, l’apprentissage de la haine, mais dans l’épanouissement personnel et collectif. Je pense qu’il y a une voie à explorer, à définir.

A réfléchir ! vous avez deux heures.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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