La mort s’est-elle mise sur son 31 ?

La mort sur son 31
La mort sur son 31

La mort sur son 31

Le pouvoir de décider pour les autres… Ou la loterie morbide

Selon M6, 31 migrants sont morts dans leur tentative de traverser la Manche, 27 selon les autres sources… On ne compte plus vraiment : « Naufrage au large de la Manche : une cinquantaine de personnes rassemblées à Calais en hommage aux migrants morts. Le naufrage d’une embarcation transportant plusieurs dizaines de personnes est « manifestement le plus grand drame » survenu dans le bras de mer qui sépare la France de l’Angleterre, a déclaré mercredi soir le ministre de l’Intérieur. »


On a décidé, « on » c’est l’Europe, la France, la Grande bretagne, on a décidé que les migrants n’avaient pas le droit de se réfugier outre-manche. Ils sont attirés par l’accueil communautariste, par le fait de parler anglais, ou encore de retrouver des proches… Tout simplement, ils veulent renouer avec l’espoir. Mais on a décidé autrement, on leur interdit, ils ne sont pas les bienvenus.


Résultat, un jeu de massacre, qui dure depuis des années.


On s’entête à protéger la Grande-Bretagne des hordes barbares. On s’entête à être persuadé que nous avons raison avec nos théories d’intégration, nos tris, nos jungles, nos tentes détruites.
Nous avons fait des lois qui nous donnent raison de décider pour eux, des lois qui dit à ces personnes qui ont tant failli mourir de tenter leur chance, encore et encore.

43 années de vie, veuillez nous excuser…

« C’est dans le Missouri, à Kansas City, qu’un homme nommé Kevin Strickland, a été libéré de prison, quarante-trois ans après son incarcération.
S’il avait été condamné à la perpétuité, en 1979, pour un triple homicide, il semblerait que la justice soit revenue sur sa décision en l’innocentant. gé de 18 ans lors des faits, l’homme avait pourtant toujours nié l’accusation et clamé son innocence. Il soutenait à l’époque qu’il regardait la télévision lorsque les trois victimes ont été tuées. »


Kevin est maintenant en fauteuil, il rêve de voir la mer et de se recueillir sur la tombe de sa mère. Il a 43 ans, c’était un gamin en pleine forme… Le temps a passé… En prison.
Juste une erreur judiciaire de plus… On le sait, aucune justice n’est parfaite. Il est essentiel que la loi soit respectée, pour le bien de tous… Même s’il existe quelques imprécisions.

102… À partir de maintenant, on tue gratis !

Le désastre de l’an passé est égalé, le 23/11, nous avons atteint 102 féminicides… Il reste un bon mois pour faire pire.
Donc, 102 fois, cette année des mecs ont décidé de la mort de leur conjointe, ou de leur ex conjointe. 102 fois, l’orgueil mâle a été plus important que la vie.
Et nous dédions une journée, nous inventons des films en vérité virtuelle, nous discourons… 102, qui dit mieux ?

5 morts, 40 blessés

« Une voiture a provoqué la mort de 5 personnes et fait 40 blessés en percutant la foule au cours d’une parade de Noël, dimanche après-midi à Waukesha, dans le Wisconsin, aux Etats-Unis. »
Une voiture, on le sait est une arme efficace. Ce n’est pas le premier véhicule fou conduit par un fou ( ?) qui tue. Nice, par exemple, s’en souvient encore.

Là, ce n’est pas l’Etat qui en cause. On peut interdire les armes, pas les véhicules. Il suffit qu’une personne soit déterminée, et la catastrophe arrive.

Le poids de juger…

Dans toutes ces situations, et dans toutes celles qui sont suggérées par cet inventaire, le point commun est le pouvoir de juger. Juger que « l’autre » doit être puni (ou écarté). Puni, car il n’est pas satisfaisant, pas dans les normes, car tout simplement, il vit dans une société que l’on exècre.

Juger, c’est agir au nom d’une vérité qui est fondamentale pour soi-même… Une vérité certaine. Elle concerne la migration, la place de la femme, la protection du citoyen ou encore la conception de la société.
Juger, ce n’est plus écouter, mais décider, donc « chosifier » l’autre. Le placer sous la loi, la règle, la conception.

Juger, c’est donc concevoir qu’il y a plus important que l’individu…

Par mes professions, j’ai souvent eu à juger, ou à participer à l’élaboration d’un jugement. Par exemple, pour l’intérêt supérieur de l’enfant, faut-il prôner le placement ? Pour la bonne marche du service, faut-il ou ne pas sanctionner un salarié ?

Hier, j’ai participé, de nouveau à un « jugement ». Il s’agissait de l’attribution d’un diplôme. La candidate était reconnue par tous comme une bonne professionnelle. Elle avait acquis 7 valeurs sur 8, mais pour le bout restant, elle manquait de « conceptualisation ». Sur le terrain, elle savait faire, mais elle ne sait pas expliquer sa démarche. Or, le diplôme a maintenant une valeur universitaire, alors pour certains « sans approche théorique » pas de diplôme, pour d’autres, c’est un détail dans un ensemble efficient.

Tout le monde s’est tourné vers la représentante de l’université, qui a trouvé que l’on était bien sévère. Elle a démystifié le diplôme universitaire et a choisi d’accorder le petit bout manquant à la candidate.
Leçon du jour : nos certitudes ne sont parfois que des images…

Le pouvoir du doute…

Il nous faut apprendre à douter, il nous faut apprendre la nuance. Jean Birnbaum dans son livre « le courage de la nuance » (Seuil) introduit son propos ainsi :

« Tout commence par un sentiment d’oppression. Si j’ai écrit ce livre, ce n’est pas pour satisfaire un intérêt théorique, mais parce que j’ai éprouvé la nécessité intime. Il fallait nommer cette évidence : dans les controverses publiques comme dans les discussions entre amis, chacun est désormais sommé de rejoindre tel ou tel camp, les arguments sont de plus en plus manichéens, la polarisation idéologique annule d’emblée la possibilité même d’une position nuancée. « Nous étouffons parmi les gens qui pensent avoir absolument raison » disait naguère Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd’hui, tant l’air est irrespirable. »

Jean Birnbaum

Chut… Écoutez le silence, écoutez l’autre…

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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