La compétition sportive, fabrique-t-elle des crétins violents ?

La compétition, fabrique-t-elle des crétins violents ?
La compétition, fabrique-t-elle des crétins violents ?

La compétition sportive

Plus personne ne se rappelle qu’une 1985, en Belgique, au stade Heysel, la bagarre de supporters a blessé 450 personnes et tué 39 autres. Le drame n’est pas unique, il s’est reproduit dans d’autres enceintes, en Inde en particulier. Dans l’actualité, beaucoup de matchs de foot se « passent » mal : jet d’objets, insultes, envahissement de la pelouse, caillassage de bus, et batailles rangées.

De façon hâtive, on peut comprendre que le spectacle sport draine la sauvagerie, et que les supporters ont un QI de moustique, uniquement l’attrait du sang.

Certains pensent et disent que la cause est l’esprit de compétition qui est distillé dans nos sociétés…

L’esprit de compétition, est-il un poison social ?

Très tôt, on demande à l’enfant d’être le meilleur. Meilleur à l’école, meilleur en sport, en musique. Dans les jeux, il apprend à gagner… et en bon parent, parfois, on triche pour laisser gagner notre petit prince.

Il faut être premier quelque part, c’est essentiel. C’est le prix de la reconnaissance des autres. Enfant, j’avais deux cousins atteints de myopathie, évidemment, c’était un drame familial, alors dans chaque discussion, j’entendais, » mais ils sont intelligents »… et moi, je pensais « cela veut dire que moi, je suis nul. »

Nous rêvons tous d’une belle vie, de la réussite, et de beaux-enfants. Comme la vraie vie n’exauce pas complétement nos vœux nous gérons notre frustration en nous créant nos idoles et en projetant ces désirs à travers nos enfants.

Oui, l’esprit de compétition comporte cet aspect malsain, créateur de souffrance. Ce refus de soi, et le besoin de dominer.

On apprend très peu à s’aimer soi-même.

Mais la compétition, ce n’est pas que cela. Dans le sport, on peut apprendre à mieux se connaître soi-même, à se découvrir et à s’ouvrir à l’autre. Mon sport, c’était le judo. Dans la pratique de ce sport, on apprend d’abord à se servir de son corps, et quel qu’il soit, il a ses avantages et ses inconvénients. Comme je suis petit, j’adorais les adversaires bien grands… on apprend à toucher l’autre, à partager l’intimité.

En combat, je n’ai jamais vu la haine de l’autre, la rage de vaincre, oui… mais dans un grand respect du partenaire/adversaire.

Sur les terrains de jeux officiels, on voit très souvent cette relation complice : la main d’un adversaire pour se relever, un ballon sorti, car un joueur est à terre.

On peut alors imaginer que le sport, la compétition sont des chemins possibles pour se réaliser, pour être accompli.

Il nous faut alors réfléchir, à l’environnement de la compétition.

Le fric a tout pourri ?

Le sport est à l’évidence un marché économique gigantesque. Faut-il rappeler le « prix d’achat » de Messi ? l’argent ne met pas en valeur l’effort ; et en particulier, ce monde financier est très machiste. Il y a peu les handballeuses ont redécouvert cette réalité, leur médaille d’or au JO ne leur a pas donné accès à la une de l’équipe le super footeux était plus important. Le weekend dernier, Jeannie Longo a été sacrée une nouvelle fois championne du monde du contre-la-montre dans sa catégorie d’âge (elle a 63 ans.) … et l’information est restée discrète ;

L’argent du sport est dégoutant, écœurant, indécent… et ce n’est pas un hasard, car la compétition de haut niveau draine des masses de personnes, de paris et de recettes. Pourtant, à bien y réfléchir, quel est l’intérêt qu’une balle de golf arrive dans un trou ?

Nous revenons aux jeux du cirque, il faut divertir les foules.

L’assise de ce commerce, c’est en effet le public…

Quand on aime regarder le sport, on n’est pas forcément con !

Deux petites histoires, que je trouve belles et qui répondent. Les deux histoires se passent dans un CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile). Nous sommes en 1998, c’est la coupe du monde de foot. Nous tous, résidents et professionnels, nous regardons les matchs sur grand écran, et comme très souvent, parmi nous, il y a un représentant, au moins, du pays concerné, nous vibrons à tous les matchs. 

C’est extraordinaire d’être d’autant de nationalités. Avec les mêmes personnes, nous avons vécu la finale de la ligue au Stade de France, Paris St Germain contre Gueugnon, la toute petite ville d’à côté. Toute la population est montée à Paris, en bus de ville. À l’arrivée, on nous a traités de paysans… et Gueugnon a gagné deux à zéro. Les supporters adverses nous ont salués au départ.

Dans des moments comme ceux-ci, nous partageons un côté « chauvin » . Et je crois que le sport spectacle a de bons côtés. Aujourd’hui encore, quand un judoka français est en combat, tous mes muscles se tendent.

Mais tout n’est pas aussi serein. Les foules dangereuses et imbéciles existent. Pierre Desproges dit « Quand les individus se multiplient, les intelligences se divisent »

Jung explique que le collectif peut « dissoudre » l’individu, et surtout, il met en garde contre les « grands corps sociaux. »

Il souligne qu’un individu sera toujours « plus mauvais » dans un environnement collectif puisque celui-ci efface toute responsabilité morale issue des éléments individuels. « Plus un corps social est petit, plus est garantie l’individualité de ses membres ». (Jung Dialectique du Moi et de l’inconscient)

On l’a vu au début de cette réflexion, un des fondements de l’esprit de compétition est la frustration. Imaginez alors des milliers de personnes unies par la même frustration, avec ce besoin de reconnaissance projeté, non pas dans les enfants, mais dans les équipes.

Ensemble, toutes ces personnes se réduisent à des esprits tribaux, une empathie limitée à la couleur du maillot.

Conclusion ?

Encore une fois, ce qui est dangereux et nocif, c’est la connerie, et ce qui est criminel, c’est l’entretien de la connerie.

Au fait, bravo, Monsieur le Président, pour votre magnifique pénalty.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

1 réponse

  1. Luap dit :

    Mais la compétition a tout de même l’avantage de pousser les humains à se dépasser, et se dépenser.
    + Certains sports comme le hand par exemple qui n’est pas encore pourri pas l’argent est un excellent moyen d’apprendre ce que c’est que de travailler en équipe.

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