je rêve de service public ! Je suis en pleine crise réactionnaire

Service public
Service public

Service public

Hier, j’attendais un colis, la factrice s’est arrêtée dans la rue, a klaxonné un coup et est partie aussitôt. Je sais que c’est banal, mais je ne pensais pas que le service se rendrait un jour en coups de klaxon. Ce matin au guichet, je fais part au guichetier de mon amertume, il me répond, je partage votre avis, mais maintenant, nous ne sommes plus un service public

De mon temps…

Je parle très volontairement en vieux con, mais au début de ma carrière (Aux PTT, branche Télécom), la notion de service public était essentielle. Mon bonheur était de réparer un téléphone gratuitement même si le coupable était Lapinou, le lapin de la maison, j’aimais installer, le mieux possible, dans le respect des rendez-vous. 

Avec mes collègues, nous avons fait quelques folies ; nous avons ramené le délai moyen de raccordement à trois jours (au lieu de trois mois), nous avions organisé un service de réclamation après les installations, et notre réponse était souvent : « Ne bougez pas, nous arrivons » … Je me souviens aussi de ce jour couvert de neige, il y a une urgence, avec mon collègue Fifi, chef de d’équipe comme moi, nous n’avons pas réfléchi, même pas tenté de trouver une équipe de disponible… Nous sommes intervenus, c’était dangereux, mais nous avons beaucoup ri.

Nous aimions notre boulot, pour la technicité, mais aussi pour l’utilité, pour les « abonnés ».

Aujourd’hui…

Cette bricole autour du colis me rend triste, non pas d’avoir été au bureau de poste, mais triste par ce travail devenu juste urgent, rentable, où ni le salarié, ni le « client » ne trouvent du plaisir. La poste est devenue une entreprise… Comme tous les services publics, ou presque. La rentabilité est devenue maîtresse à bord, et l’usager devenu client a perdu tout intérêt, seul son argent compte.

Ce n’est pas nouveau, on l’a vu arriver, et on le voit arriver pour les hôpitaux, par exemple.

Le mot service introduit le geste gratuit, la générosité… Il est donc urgent de le remplacer par des notions commerciales : vive la prestation !

Oui, le service public coûte cher…

D’un point de vue gestionnaire, des pléiades de salariés qui accordent du temps, gratuitement, au commun des mortels est une aberration. D’ailleurs, tout ce monde de fonctionnaires planqués était un scandale, une injustice sociale.

Qu’avons-nous gagné ? Une société stressée, avec des salariés usés et des consommateurs réduits à l’état de fournisseurs d’argent. Oui, je suis rétrograde, mais chaque fois que professionnellement j’ai rencontré le sourire d’un abonné, d’un justiciable, d’une personne âgée, sourire de contentement face à un travail juste bien fait, chaque fois, j’ai grandi.

Oui, la privatisation nous coûte cher…

Partout, elle détruit le contact, le travail. Les prestataires nous harcèlent, nous méprisent. Et à force d’être des maltraités permanents, nous sommes agressifs, amers.

La privatisation détruit notre travail, et notre vie sociale.

Elle ne rapporte qu’au capital…

Faut-il tout nationaliser ?

Pour moi, là n’est pas la question. Il faut juste virer les gestionnaires qui veulent rentabiliser, qui détruisent notre planète et notre humanité. La rentabilité est une notion abjecte, seul le service est humain.

En fin de compte, je prône une révolution, avec ce retour de cycle. .. Vive le service ouvert à tous !

Total Page Visits: 277 - Today Page Visits: 1

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *