Interview de Frédéric Mémin par Serena Davis

Frédéric Mémin
Frédéric Mémin

Frédéric Mémin : 19 mars 2022, 9h30

L’auteur ne sait pas que la journaliste a inséré, dans son interview, des répliques de son livre (en gras dans le texte). À quel moment s’en apercevra-t-il ?

***

  • Bonjour, Frédéric. Je m’appelle Serena Davis et je suis ravie de vous retrouver ce matin. Pour cette première, nous sommes en visio et il me semble, à lire votre grand sourire, que cette situation vous convient tout à fait. 
  • Absolument.
  • Vous commencez très fort, dites-moi. Nous allons passer une heure ensemble et vous risquez de me faire quelques confidences, alors, permettez-moi de vous tutoyer. Je vais prendre le temps de noter tes propos, tous tes propos, sans aucune censure. J’ai préparé quelques questions, mais avec cette méthode, il y a de fortes chances que nous bifurquions, un peu comme dans la vie, en somme. L’émotion guide beaucoup nos opinions. Du sucre dans ton café ?
  • Jamais. Mon IMC ne me le permet pas.
  • Moi aussi, j’avoue l’apprécier ainsi, sans sucre. Au risque de paraître ingrate, quel âge as-tu, jeune homme ?!
  • J’ai 46 ans, si je ne dis pas de bêtise. Je suis de 1975, on a 10 ans d’écart. Comme je suis de fin d’année, parfois, il m’arrive de me tromper sur mon âge, mais toujours dans le bon sens. 
  • C’est drôle, parce que j’ai tendance à me rajouter un an de plus ; je marche à contresens.
  • Comme je suis né le 25 décembre, j’étais toujours le petit dernier. Déjà que je n’étais pas très grand et je ne suis toujours pas très grand, d’ailleurs, 1 m 69.
  • Je comprends, je mesure 1 m 59, je n’ai jamais atteint 1 m 60 et ça m’a toujours frustré. 
  • Ben tu vois, 10 ans de différence, 10 centimètres de différence.
  • On entend beaucoup parler de toi dans la presse régionale et sur les réseaux. ADN et Le fantôme d’Agathe sont tes premiers romans, tous deux parus en 2021. Dans ces livres, tu abordes, sous couvert d’une intrigue policière, des thématiques fortes. Lorsqu’on te lit, on a une autre vision de ce qu’est la valeur de la vie humaine, et de la vie en général. Quels sont tes combats ?
  • Je dirais la justice. Je n’aime pas du tout l’injustice. J’aime la confraternité, l’entraide. Dans mes livres, j’aborde certaines thématiques sociales ou sociétales et je parle de la manière dont les médias traitent les faits divers. J’évoque mes univers, la musique, la pêche. Je parle aussi de la violence conjugale, de la violence faite aux enfants, des choses toujours très actuelles, malheureusement. Je ne suis pas un homme en colère, je suis plutôt souriant, mais je garde les pieds sur terre. On ne vit pas dans un monde de Bisounours. Je ne suis pas un chevalier blanc équipé de son armure et de son épée qui part à la conquête de choses particulières, même si c’est mon métier, en quelque sorte.
  • Justement, tu as fait de ton activité littéraire, ton deuxième métier. Quel est le premier ?
  • Je suis militaire dans l’armée de l’Air et de l’Espace, parce que ça s’appelle comme ça depuis la dernière réforme (c’est une particularité française). On voit plus loin, vers l’infini et l’au-delà, un peu comme Toy story. Je me suis engagé dans l’armée en 1997. Vu que je ne vis pas encore du travail d’auteur, ça reste mon métier. Pour les études, je me suis arrêté au BAC, je me suis engagé dans l’armée de l’Air et j’ai intégré l’école des sous-officiers de Rochefort, en Charente-Maritime, avant d’être affecté en Alsace où je suis resté 8 ans. En 2006, je suis arrivé en Haute-Marne, où je vis toujours, même si actuellement je travaille du côté de Dijon.
  • Et qu’est-ce que tu fais à Dijon ?
  • Je cherche des auteures intéressantes… (rire, quelques secondes de silence) Je suis dans une petite unité qui dépend toujours de ma base d’affectation, pour une contrat de 5 ans, mais je ne peux pas entrer dans les détails.
  • C’est confidentiel ?
  • Je te le dirai en off.
  • Donc, ce ne sera plus confidentiel. 
  • Ça restera entre nous.
  • Quand on me dit un secret, il est trahi 8 fois, tu sais.
  • Ce n’est pas grave, j’assume.
  • Une écrivaine a dit que « la vie est faite de ces rencontres qui changent le cours des choses ». Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ?
  • En fait, j’aime bien la musique…
  • Oh ? Tu es musicien ? Comme c’est charmant ! J’aime la musique, surtout la musique classique. L’harmonie des sons, la convergence des notes […], j’ai des frissons à chaque écoute. Parle-moi de ton groupe.
  • Je suis batteur de métal. Je ne tape pas sur des pièces de métal, je précise. Un forgeron est un batteur de métal, aussi. Bref, ce groupe s’appelait Rock’Em All.
  • Ça veut dire quoi ?

Rockez-les tous, mais en français ça ne veut pas dire grand-chose. C’est inspiré du premier album de Metallica, Kill’Em All. C’était un groupe de reprises, mais j’ai eu très vite envie d’écrire mes propres chansons. J’ai commencé par Carpe Diem.

  • Quand tu étais avec Kill’Em All ?
  • Rock’Em AlL. Kill’Em All, c’est Metallica. 
  • Merci pour la leçon.
  • De rien. J’ai créé un autre groupe, Touch Of Evil.
  • Touch Of evil, ça sonne terrible ! Le petit diablotin sur notre épaule, qui s’oppose au petit ange, c’est bien ça ?
  • C’est exactement ça ! C’est pour parler de l’âme humaine et de ce qu’il y a en chacun de nous. La fameuse petite voix de conscience versus la part de malin qu’on a tous en nous. On a sorti en 2013 un album EP, c’est-à-dire un 6 titres qui a été produit par un guitariste de talent, Charlie Fabert. L’album s’appelait Scandalous lights. Après le confinement, je ne pouvais plus faire de concert. C’est là que je me suis mis à écrire. Fin 2020, j’avais déjà en tête l’histoire de mon premier roman. Je suis fan des séries policières, de l’univers de la criminologie, Bones, NCIS, Colombo, Agatha Christie… J’ai eu un soutien familial qui m’a encouragé à le faire, c’est important aussi. J’ai écrit mes deux romans en 7 semaines. J’avais envoyé mon tapuscrit à 4 maisons d’éditions : la Société des écrivains, Edilivre, Amalthée et une petite maison de Charente-Maritime.
  • On dit « charentaise ? ». 
  • Oui, oui. C’est de là que viennent les fameuses pantoufles, d’ailleurs. 
  • C’est donc la « société des écrivains » que tu as sélectionnée ?
  • Oui, tu sais ce que c’est, il y a des contrats plus ou moins sérieux parmi les petites maisons d’édition.
  • Une maison participative ? 
  • Oui, je participe à la maquette, mais je suis content de cette maison. Je ne fais pas de pub dans la mesure où ce qui me convient à moi ne va pas forcément convenir à un autre auteur et vice versa, mais je suis content. La maison d’édition participative, c’est un peu comme le Quinté, tu paries sur un cheval, mais pour gagner, le cheval doit courir.
  • Quentin Poiret, le héros de ton livre te ressemble, n’est-ce pas ? 
  • Quentin Morvan. 
  • Ah, zut ! (rire)
  • Pourquoi Poiret ?
  • (rire) Attends…
  • En référence à Hercule Poirot ?
  • Attends…
  • Je te laisse reprendre tes esprits.
  • Du coup, Quentin Morvan ?
  • La question c’est, est-ce qu’il me ressemble, c’est ça ? Oui. Il y a beaucoup de moi dans le personnage (rire). De toute façon, je pense que tous les auteurs font un peu comme ça. Tous mes personnages de romans sont inspirés de proches ou de gens que j’ai côtoyés. Les lieux aussi me sont familiers ou alors ce sont des lieux où j’aimerais aller. C’est un peu mon histoire avec la nature.
  • Une histoire d’amour avec la vie ?
  • C’est exactement ça ! Mes proches qui lisent les livres vont se reconnaitre, les autres ne verront rien. Ce n’est pas une autobiographie. Je ne connais pas d’assassins ou alors ils ne me l’ont pas dit.
  • Peux-tu nous dire qui est derrière la couverture d’ADN ? 
  • Qui l’a réalisée ou qui sont les personnages qui sont dessus ?
  • C’est moi qui pose les questions.
  • Ah, ah, bon je vais répondre aux deux, alors. À commencer par mes inspirations. Les deux pêcheurs que l’on voit sont mes amis. Je vais essayer d’en parler sans dévoiler leur identité. L’un est jardinier paysagiste et l’autre est lieutenant à la caserne de pompiers de Saint-Dizier. 
  • Je vois… combien d’habitants à Saint-Dizier ?
  • 22 000. Les jeunes quittent la région en fin d’étude. Ce n’est pas une mégalopole. On est à 2 h de Paris, 1 H de Nancy, 1 H 30 de Reims […].
  • Tu parles beaucoup.
  • Ah, ben, tu tries (rires). Pour en revenir à l’artiste qui est derrière les couvertures, il s’agit de Simon Boissard.
  • Ça va, tu ne perds pas le fil quand même.
  • Je reste concentré sur ce que je vois (sourire).
  • Du coup ?
  • Du coup, Simon Boissard, c’est un artiste à plusieurs facettes, il est illustrateur, musicien, tatoueur et ça se voit dans la définition de ses couvertures. C’est ma maison d’édition qui m’a mis en relation avec lui et j’ai passé commande. C’était compris dans le package. Je n’ai pas eu de supplément de coût. 
  • Ça t’a coûté combien ? 
  • 1 200 euros par livre. Mes deux livres sont déjà rentabilisés. J’en ai vendu beaucoup.
  • Tu fais partie des meilleures ventes de ton éditeur aujourd’hui, je crois ?
  • Oui, ADN est numéro 1 des ventes. Le fantôme d’Agathe tourne entre la 2e et la 3e place. Ça dépend des lecteurs, et majoritairement des lectrices car ce sont surtout des femmes qui me lisent.
  • Elles aiment Quentin Poiret… (silence) ah, décidemment !
  • C’est Morvan comme le Morvan. Mais c’est joli aussi, Poiret. 
  • Non mais je pense qu’il s’agit d’un contact professionnel, d’où la confusion. Mes deux vies se sont chevauchées.
  • C’est vrai qu’au bout d’un moment, on mélange un peu la fiction avec la réalité. 
  • Je dois dire, à ce titre, que tu m’as surprise. Je ne m’attendais pas à cette chute, ou plutôt, à ces chutes en série, une véritable cascade. Tu parlais des lectrices. Est-ce l’effet que tu fais aux femmes ?
  • C’est aux femmes qui faut le demander. Elles sont souvent très mystérieuses. Contrairement à beaucoup d’hommes, elles ne dévoilent pas forcément ce qu’elles ressentent. C’est souvent difficile d’égratigner leur carapace. Les hommes, eux, sont moins subtils, on sait tout de suite ce qu’ils pensent.
  • C’est une réponse de politicien, ça !
  • (Rire). Les femmes lisent beaucoup plus que les hommes, c’est un constat. Je le vois à travers les visites aux salons du livre, les ventes en ligne. Il y a quelques hommes et ça me fait toujours plaisir, mais les femmes sont d’une écrasante majorité. Je pense que j’ai 80 % de lectrices. C’est quelque chose que j’ai découvert et qui m’a beaucoup surpris. Je n’y aurais jamais pensé, s’agissant de romans policiers. Je n’ai pas trouvé de genre de littérature qui touche plus les hommes que les femmes. Et d’ailleurs, je pense que tu as dû remarquer que les femmes sont très importantes dans mes livres. Le héros de mes deux premiers romans, pour moi, c’est Agathe, contrairement à ce qu’on pourrait penser, même si Quentin est le héros de la série. 
  • Quelle différence y-a-t ’il entre les deux romans et la série ?
  • Ces deux romans sont les premières parties de ma série ADN. Mon idée, c’est d’écrire des romans-épisodes. Si on lit le premier roman, il y a une fin. Si on lit le deuxième roman, il y a une fin alternative. Chaque livre doit pouvoir être lu indépendamment des autres à la manière d’une série télévisée. Je veux écrire des livres télévisuels. 
Frédéric Mémin série ADN
Frédéric Mémin série ADN
  • Bien. Frédéric, à mon grand regret, notre temps est écoulé. Nous allons bientôt nous quitter. Je ne te connais qu’à travers l’écran, mais je crois déceler en toi une certaine force de caractère, et un professionnalisme comme je les aime. Programmons une autre date pour poursuivre cette interview ! J’ai lu ADN et j’ai résisté à l’envie de dévorer la suite. Je vais rompre ce jeûne insoutenable et lire Le fantôme d’Agathe. Une dernière question, est-ce que tu t’es aperçu de quelque chose pendant l’interview ?
  • Oui, j’ai noté plusieurs choses, en fait. 
  • Intéressant. Dis-moi !
  • Alors, le rouge de ton placard ou papier peint, je ne sais pas, est très en accord avec tes cheveux, c’est très joli. Je pense que c’est un placard, car il y a une poignée. L’autre chose, c’est le titre de ton T-Shirt, All that glitters qui veut dire « tout ce qui brille » et comme c’est un T-shirt à paillettes, ça colle bien. 
  • D’accord. Autre chose ?
  • Oui, tu as un bout de tatouage qui dépasse de ta manche. 
  • Très bien, on va relire cette interview ensemble, Frédéric (sourire).

Touch of evil, Roads

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Serena Davis

Née en 1985, Serena Davis est une écrivaine inclassable, auteure de deux ouvrages récents, une comédie romantique moderne « Les chats retombent toujours sur leurs pattes » et un roman mélodramatique sur la combativité féminine « Les pendules ne sont pas toujours à l’heure » coécrit avec sa maman, Mary White.

2 réponses

  1. Une interview piège qui donne envie ! Bravo Serena !!!

  1. mars 29, 2022

    […] Vous pouvez retrouver cette interview de Frédéric Mémin ici ! […]

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