L’importance de l’incertitude dans la justice…

L'incertitude dans la justice…
L’incertitude dans la justice…

L’incertitude dans la justice…

Dans deux articles précédents, j’ai frôlé le sujet de la justice pour mineurs. Dans le cadre des dessins pour les enfants ukrainiens, j’ai fait allusion au psychotrauma, et surtout aux dégâts colossaux que les traumatismes créent chez les enfants. Enfin, dans l’article sur « les enfants foutus », je mettais des limites à l’espoir. C’est sans doute dans la suite de ces réflexions que j’ai été attiré par le livre « Défendre les enfants » d’Édouard Durand. Je l’ai dévoré rapidement. J’ai choisi de vous parler également d’un second livre, plus ancien, que je connais bien, car j’en suis l’auteur. « Un parent par an ».

La mission d’un juge.

Par le fait d’avoir fréquenté quelques années le milieu des juges pour enfants, professionnellement parlant, le livre d’Édouard Durand m’a apporté peu de surprises, mais c’est très injuste de présenter ce livre par cet aspect. Edouard Durand est un juge intelligent, humain, en pleine réflexion ; il correspond à l’image que j’ai gardée du métier de juge pour enfants ; avec le temps, j’ai effacé quelques juges abrutis de ma mémoire, et je n’ai conservé que ces êtres qui se questionnent, qui cherchent « le meilleur » pour l’enfant. Et cette notion de « meilleur » est souvent en fait celle du « moins pire ».

Les placements et les séparations sont des violences ; le maintien des enfants dans certaines familles sont des complicités de massacres.

Le juge Durand écoute et parle avec les enfants. Il a aussi appris à échanger avec les professionnels, éducateurs, psychologues, assistantes sociales, pédopsychiatres … Il revendique la complémentarité des métiers, l’incertitude, le facteur humain.

Ce que relate le juge est vrai, vrai car je pourrais dans chaque situation citée enchérir avec une situation similaire. Devoir de réserve oblige, le juge n’entre pas dans la critique des institutions, mais il cite plusieurs fois le Docteur Maurice Berger qui s’était insurgé avec raison contre les déviances légales par la tendance « toute place aux parents ».

J’ai tout de même eu une grosse surprise dans cette lecture. L’auteur parle de ses nuits blanches et de ses larmes. « J’ai pleuré d’apprendre par le procureur qu’un enfant avait été violé par son grand-père. D’apprendre un lundi matin qu’un enfant avait été victime de violences pendant le week-end. Un vendredi, l’ASE me dit : « il faut suspendre le droit de visite et d’hébergement du père. » Je réponds : « non, vous ne me donnez pas assez d’éléments pour suspendre. » Le lundi matin, j’apprends que le garçon de 13 ans est hospitalisé. Son père l’a poussé dans l’escalier. Je suis tout seul dans mon bureau et je pleure de tristesse pour cet enfant, mais aussi de honte et de colère contre moi. »

Je n’avais jamais imaginé les larmes d’un juge, je connais la colère des juges, je l’ai souvent partagée. Souvent, ni le juge, ni les professionnels ne savent « la vérité »… le meilleur pour l’enfant n’est pas une science exacte.

« Défendre les enfants » d’Édouard Durand
« Défendre les enfants » d’Édouard Durand

« Un parent par an » une fausse fiction.

L’idée farfelue de ce livre est que tous les ans, tous les parents doivent obtenir l’autorisation d’être parents, et j’ai alors imaginé 24 audiences, et 24 conséquences à ces audiences ; évidemment, les récits ne sont pas vraiment imaginaires, mais très inspirés de faits réels. Désolé pour le juge Durand, son homologue n’a pas son intelligence, et il est souvent dans ces aventures, le mauvais héros. Mais qu’importe, mon objet était de dire, ou crier l’incertitude, le doute, le facteur humain.

« Monsieur et madame Lalevée sont abasourdis. Ils n’ont aucune idée de quoi il s’agit.

Madame Dupire intervient : « Jordan est venu nous voir au sujet de ses études après le bac, il dit qu’il a un projet en informatique dont il vous a déjà beaucoup parlé. Pour ce faire, il doit s’inscrire à une école parisienne, payer ses études et évidemment le logement et la nourriture. Le souci c’est que vous vous vous opposez à son avenir, et que vous voulez le contraindre à reprendre votre commerce … /…

Le Régulateur rappelle au couple qu’il a trois solutions : ôter l’habilitation, et permettre ainsi à Jordan de réaliser son projet, en mettant une pension obligatoire aux parents, garder l’habilitation, et les parents trouvent un accord avec leur fils, réduire le projet de Jordan comme le souhaitent les parents.

Le Régulateur décide sur le champ que Jordan peut s’inscrire où il veut, et dès les résultats du bac connus, le Régulateur statuera.

Les parents sortent du cabinet en ayant bien compris que le désir de Jordan fera loi. »

« Un parent par an » une fausse fiction.
« Un parent par an » une fausse fiction.

Que faudrait-il changer ?

Ce qui assassine l’enfant, c’est le dogme ; déjà comme le précise le juge Durand le besoin fondamental de l’enfant c’est le besoin de sécurité affective, et ce besoin doit être différencié de notion telle que la nécessité absolue des deux parents, il faut cesser le carnage quand un ou les deux parents sont des agresseurs. La justice doit être exclusivement dans la protection des victimes … néanmoins la décision passe par l’écoute de tous, l’observation, l’échange, l’engagement réciproque.

La justice ne peut pas être « robotisée », elle puise sa force dans notre humanisme.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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