Impressions d’écran ! Regards personnels sur les écrans

Impressions d’écran !
Impressions d’écran !

Impressions d’écran !


L’écran est dangereux… Car il se casse.

Rien n’est éternel, et nos écrans peuvent soudain ressembler à des pare-brises explosés ou des trous noirs de notre galaxie cérébrale. Oui, parfois l’écran n’éclaire plus rien, il refuse obstinément de partager ses lumières. C’est un hold-up de la vie, plus personne ne bouge.


On dit que briser un miroir coûte sept ans de malheur, mais ces miroirs animés qui reflètent les images rêvées nous coûtent combien quand ils se brisent ?


C’est peut-être qu’une pause, une batterie déchargée, une coupure électrique et après la minute d’éternité et de désarroi l’image revient. La vie revient. On se sent « reconnecté » à la vraie vie, celle qui se fabrique par des images de synthèse.
Peut-être qu’il est mort, l’écran, plus de tablette, de TV, de smartphone et le malheureux propriétaire agonise. « Quoiqu’il en coûte ! » Manu trouve les moyens de renouveler la fenêtre sur le monde. Bref, vous le savez, quand l’écran se casse, c’est notre vie sociale qui se barre. Plus d’amis. Plus d’échanges. Plus de jeux. Plus de séries. Plus de films.

Il ne reste plus rien… Le poste de TSF, votre conjoint, votre famille, un bouquin qui cale le meuble et un miroir idiot qui reflète votre tête défaite.

Rien, vraiment rien.

Ne croyez surtout pas que je me moque, j’ai plein d’écrans chez moi, en ce moment, le texte se répand derrière ce miroir qui reflète mes pensées. Non, je ne vais pas vous faire un cours de morale, je ne vais pas vous expliquer comment gérer votre vie et l’éducation de vos enfants, je vais juste vous parler des écrans et de moi.

Quand l’écran est allumé, je m’éteins.

Hier soir, j’étais assis devant ma TV, j’étais dans une soirée « régression », je les appelle comme ça, ces soirées où je suis trop fatigué pour lire, pour réfléchir, sortir, appeler. Dans l’image virtuelle, arrive un ballon, et je n’ai pas pu contrôler mon réflexe, j’ai évité cette balle irréelle. Je sais que je ne suis pas le seul. Quand je regarde un combat de judo, je fais les prises, parfois même dans des matchs de foot, c’est moi qui tire. La chose qui m’a toujours étonné, c’est mon horreur des opérations à l’écran. 

Dans la vie réelle, je supporte la vue du sang, lors des quelques accidents où je suis intervenu, je n’intériorise aucune sensation. Je vois l’autre qui porte sa douleur, donc je lui laisse. Sur l’écran, c’est très différent. L’autre, en fait, c’est moi. L’écran m’a absorbé, je suis le cobaye, le héros… je suis dans l’écran. Je suis en subjectivité, j’intériorise les douleurs, les joies, les colères, les désirs.

Oui, l’écran, c’est très fort, c’est génial. Il est possible que je sois une exception, mais en vrai de vrai, si je regarde sérieusement un film, un spectacle, je suis dans cet ailleurs.

Alors, je choisis quand et où je m’abandonne. Par exemple, je préfère le cinéma, je peux voyager pendant deux heures. Ensuite, à la télé, je limite, je privilégie le peu, et je rejette toutes ces séries de « télé toubibs » qui nous préparent au CAP de chirurgien.

Mais c’est ma façon de faire. J’utilise aussi les écrans pour découvrir le monde, les réseaux sociaux, jouer avec des cartes ou des chiffres.

Mon souci, c’est que j’ai l’impression de m’offrir, d’offrir mon temps, mais aussi mon âme… Alors je choisis.

Pour résumer, l’écran est le lieu de la subjectivité, ce n’est pas moi qui pilote quand j’y entre.

Seul Philippe Caubère m’a piégé !

Sans écran, il reste tout de même beaucoup de possibilités. La lecture permet également de voyager, mais c’est toujours le lecteur qui choisit son voyage. Il prend ou pas une description, il comprend ou pas un personnage. Il arrive que dans certaines lectures, on a l’impression d’avoir découvert des montagnes de choses nouvelles : des sentiments, des paysages délirants, des logiques improbables… 

Mais tout ce que l’on découvre était déjà en nous, ce sont des mots qui ont réveillé ces espions endormis. Il en est ainsi de tous les arts vivants. Si vous êtes troublés ou dérangés par une peinture, une musique, un conte, une pièce de théâtre, c’est qu’il existe un écho entre vous et la « forme ». L’art ne peut parler qu’à vos émotions.

Contrairement aux écrans qui vous conduisent, le théâtre, la musique, la peinture n’ont pas ce pouvoir. Votre regard, vos sens restent objectifs : il y a le monde extérieur, et il y a vous.

Seul Philippe Caubère m’a piégé : il était seul en scène et il jouait plusieurs personnages. Un moment, il joue Philippe Caubère qui parle à sa mère. Il est côté cour, et la mère imaginaire était soi-disant côté jardin. Je me suis surpris à tourner la tête pour voir la réaction de cette mère inexistante.

Un instant, j’étais dans le virtuel, comme maintenant, on le fait avec les écrans.

Ce pouvoir du virtuel est si fort, que l’on met en place des séances de correction pour les hommes violents (cf. article )

Je crois à cette différence, du subjectif et de l’objectif. En tout cas, chez moi, ça marche comme ça. Seuls les écrans peuvent m’ôter de la conscience du réel, les autres arts, au contraire enrichissent mon présent, m’invitent à créer, à inventer des histoires, m’allument de partout.

Si je ne suis pas unique, je pense aux enfants, quand on leur raconte un conte avec un monstre, ils créent le monstre, et peuvent le contrôler, quand le monstre est dans le film, ils n’ont alors aucun contrôle.

Sur l’écran noir de mes nuits blanches…

Vous avez reconnu la chanson de Nougaro ? Elle parle du ciné dans la tête, le personnage s’invente des scénarios, des histoires où il est le héros, fables qu’il ne sait pas réaliser dans la vie.

N’empêche que je pense que c’est une belle définition de la créativité, le vide de la nuit blanche face aux lumières éteintes. Il faut meubler, il faut se chercher dans le noir, il faut inventer pour peupler la nuit.

J’ai l’impression que ce sont ces moments écrans éteints que ma vie s’anime, que les personnages de mes bouquins, de mes pièces se mettent à jouer. Je ne sais rien des autres, je m’interroge juste : si tout est calé, filmé, modelé… Qui s’anime ?

Je me dis aussi que pour créer, il faut se libérer des modèles, il faut parcourir les terres vierges.

Je ne conclus rien sur l’usage de l’écran pour qui que ce soit… Mes enfants en ont bouffé, et pour au moins deux d’entre eux, l’imaginaire est particulièrement au pouvoir… J’invite juste à faire des « trucs » sans écrans… C’est bien aussi.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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