Oh, vous savez, il ne fait pas bon vieillir !

Il ne fait pas bon vieillir
Il ne fait pas bon vieillir

Il ne fait pas bon vieillir !

Qui n’a pas entendu cette phrase ?  Je vous propose un petit voyage sur la question de l’âge…

Je pense, “à quand t’es jeune t’aimes les petits vins, plus tard, tu bois du Bordeaux.”

En fait, la réflexion dit aussi, quand tu es jeune, tu es à gauche, puis quand tu grandis, tu vires à droite. Dans les surprises de la vie, hier, j’ai lu le post d’un ancien ami, qui a maintenant 60 ans ; nous avions partagé des années de misère ensemble, mais des années créatives. C’était notre « bohème » à nous. Nous écrivions, nous faisions du théâtre, et quand nous avions trois sous, nous faisions la fête. Lui, il était franchement anar, libertaire, avec une grande sensibilité et une culture riche pour son jeune âge. Ensemble, nous militions par exemple, pour que le livre « suicide, mode d’emploi » soit sur la place publique, ou nous allions à la rencontre des lieux de vie de l’antipsychiatrie.

Le temps a passé, il ne répond même plus à mes mails, mais « c’est la vie ». Son fils s’affiche avec l’emmerdeur, un des miens est sous l’uniforme, nous ne sommes pas responsables de tout. Et je découvre son post, où il explique qu’il n’existe que cinq candidats « valables » car défenseurs des valeurs démocratiques : l’emmerdeur, la girouette, l’homme en vert, la rose fanée, l’homme de 1871.

Qu’importent ses idées, je sais qu’il est passé par les verts, qu’il s’est fâché, mais aujourd’hui, lire ce poète anarchiste vanter les vertus de certaines personnes très à droite, absolument pas humanistes… Ça m’attriste.

La poésie meurt avec la petite flamme de folie qui refuse le monde tel qu’il est, j’ai vieilli à travers la triste sagesse de mon ex-ami. Qu’il vote ce qu’il veut, mais qu’il n’oublie pas qu’il était plus beau avant.

Je pense à ma dernière lecture, « inassouvies, nos vies » de Fatou Diome.

Je radote, c’est la troisième fois que je vous présente, vante Fatou. Dans ce roman, elle visite les sentiments, les autres, le sens de la vie. Je reste bouleversé par la beauté de cet écrit. Il continue des jours après à me raconter son histoire.

Un passage est plus marquant pour moi. L’héroïne, Betty, devient l’oreille et le scribe de personnes âgées. Elle recueille la mémoire. Elle explique que les personnes âgées ne radotent pas, elles sont pédagogues, elles répètent ; elle vit une anecdote que je vis également dans une de mes interventions, les personnes âgées parlent de la guerre. J’ai choisi cet extrait : « Betty écoutait sans broncher. Parce qu’elle avait le sentiment d’être rattrapée par un tremblement de terre qui menaçait de l’engloutir, elle décida d’empiler les blocs de souffrance pour construire une rampe qu’elle suivrait, comme une aveugle, guidée par les anciens jusqu’à l’insoutenable chaos historique la déflagration mondiale, elle l’avait étudiée à l’école, mais dans la docte bouche des professeurs, la vérité historique, en gagnant en objectivité, perdait de sa chair. Betty savait que l’Histoire saigne et verse des larmes. »

Fatou donne du sens aux souvenirs, au temps qui passe et à la mort qui arrive…

« inassouvies, nos vies » de Fatou Diome.
« inassouvies, nos vies » de Fatou Diome.

Je pense au groupe de personnes âgées que je rencontre…

La phrase « il ne fait pas bon vieillir » est leur leitmotiv. Lors de la dernière séance, il y avait deux nouvelles personnes, deux hommes. Un monsieur de plus de 90 ans, très loquace. Il a tout vu, visité tous les pays, été directeur de tout, il a connu ou connaît des personnages politiques importants. Il se raccroche à son passé, il a été. Et aujourd’hui, il mélange ses souvenirs, au bout de quelques minutes, les propos sont contradictoires, il continue à se mettre en avant par la réussite de sa fille ou de ses petits-enfants, ou de son argent. Et ses vêtements, et ses mots, et sa tristesse disent finalement : « Il ne fait pas bon vieillir ».

L’autre homme a 75 ans, il est dans l’incapacité de nous expliquer sa vie. On comprend qu’il a été abandonné, qu’il a dormi sur des sacs de pommes de terre, et qu’à 14 ans, il est devenu ouvrier agricole. Alors, il se raccroche à ses fiertés : il amène avec lui, les photos de ses anciens employeurs, il dit de lui qu’il était un bon ouvrier, qu’il était gentil, et que même à la fin, quand il n’arrivait plus à marcher, il allait quand même nourrir les animaux. Sa fierté est d’avoir bien servi, et sa tristesse nous dit : « Il ne fait pas bon vieillir. »

« Le temps qui nous reste à vivre est plus important que les années écoulées. «  

Je vous laisse là cette conclusion d’Albert Camus, et une nouvelle parue dans un recueil collectif qui n’existe plus : Emois et mois.

Une urne pour Décembre

Louisette n’est plus toute jeune, elle le sait. Elle approche des quatre-vingts ans. Ce sera cette année, ou l’année prochaine, elle ne sait plus précisément. Elle est certaine d’une chose, nous sommes le jeudi huit novembre. « Novembre ça va, c’est pas encore décembre, j’aime pas décembre, j’aime plus les fêtes. »

Elle regarde le calendrier avec la magnifique photo de chat roux : « On dirait mon Félix, sauf que Félix était gris. »

Elle décide de penser à autre chose, elle pense au marché, le jeudi, c’est jour de marché. Avant, quand Émile était encore de ce monde, elle n’avait pas besoin d’aller au marché pour acheter des légumes, Émile était le roi du jardinage, et la maison était emplie de conserves, de légumes et de fruits de toutes sortes.

Parfois, ils allaient au marché tous les deux, ils n’achetaient rien, mais ils regardaient les prix. Ils s’arrêtaient boire un coup au café du centre, lui, toujours un coup de rouge, et elle, un panaché en été, et un chocolat en hiver. Ils calculaient l’argent qu’ils avaient économisé par leurs récoltes. Ils se sentaient riches, Émile était fier de son travail, et Louisette était fière de son Émile.

Elle sourit, tristement, alors elle se reprend et rouspète : « Novembre est trop proche de décembre, on devrait supprimer ce mois, là, il me donne le cafard. »

Elle saisit son panier, une petite laine et son porte-monnaie. Elle arrive sur la place du marché, et il n’y a rien, personne, pas un stand.

La vieille Bertille qui passe par là se moque d’elle : « C’était hier, ma pauv’ Louisette, tu perds la tête.

_ Ah, ils ont changé. »

Elle ne dit pas plus, elle est déçue, vexée. Elle décide d’aller à la boulangerie, mais Jacqueline la boulangère doit lui faire crédit, Henriette a oublié son porte-monnaie.

Elle se dépêche de rentrer à la maison, il faut tout de même préparer le pot-au-feu pour Émile, il adore ça. Elle se dit qu’elle a bien fait d’aller au marché hier, le pot-au-feu aura bien eu le temps de mijoter.

Arrivée à la maison, elle appelle Émile, mais seul un vieux chat roux répond par un miaulement grondement. Dans la cuisine, les légumes n’attendent plus rien, ils sont pourris, cela fait longtemps qu’ils ont été abandonnés sur l’évier. 

Louisette s’assoit dans son fauteuil, en guise de repas, elle mange la baguette qu’elle a achetée à Jacqueline. Elle trouve qu’il se fait tard, alors elle accepte de s’endormir sur son fauteuil.

Quand elle se réveille, il fait nuit noire. Elle éclaire le salon, et celui-ci reflète la solitude et le désordre. Elle se redresse, elle sait qu’elle ne peut rien faire contre la solitude, mais elle se fâche contre elle-même, se traite de souillon, de bonne à rien.

Elle nettoie, elle jette plus qu’elle ne range. C’est une rage qui anime Louisette, dans la nuit, la vie est cruelle.

Quand les premières lueurs du jour entrent la maison est enfin propre, très vide, et Louisette épuisée.

Elle se rendort.

Son réveil suivant est en pleine journée, elle a faim.

Elle sait très bien qu’elle a jeté tous les aliments périssables, il faut donc qu’elle aille faire des courses. Elle regarde le calendrier, c’est une photo d’un chat roux, elle déteste les chats.

« Novembre, ça va, ce n’est pas encore décembre. »

Elle regarde la date : dimanche huit novembre.

Elle réfléchit : « Dimanche, les magasins sont fermés, j’irai manger au café du centre, et après, j’irai voir Émile. » Elle enfile avec attention ses habits de deuil, elle prépare son sac à main avec le portefeuille où elle entasse les billets.

D’un pas ferme, elle se rend sur la place du village et entre au « café-restaurant du centre », et rit discrètement, elle vient d’entendre la voix d’Émile qui disait à chaque fois : «  c’est tout de même bien tombé que le café du centre soit au centre du village, sinon, t’imagine le bordel, ma petite Louisette. »

Du rire caché, elle passe à la larme cachée.

Le serveur est un gamin qui ne connait pas Louisette, et quand elle annonce que c’est pour manger, et comme d’habitude, le jeune-homme essaie d’expliquer que le service en semaine se fait à partir de dix-neuf heures, pas seize heures.

Il va voir le patron, qui arrive avec son grand sourire jovial. Il explique au gamin que c’est Louisette, et ici, Louisette, c’est une reine, elle a tous les droits.

Il s’assoit un instant avec elle, elle lui dit qu’Émile est parti pour la semaine chez son frère, et qu’elle n’a pas envie de cuisiner. Il dit au serveur de préparer un panaché, il fait tellement chaud. … et pour le repas une salade de tomates, un onglet aux échalotes, à point, et en dessert une mousse au chocolat.

Il prend soin de la vieille dame, il ne la contredit pas, il a tellement de souvenirs avec elle.

Elle mange avec un sourire qui déborde de ses yeux vifs, elle parle avec tout le monde, et tout le monde la connaît, elle, elle ne reconnaît plus personne.

Apres, le dessert, le patron revient, lui demande si tout va bien, et gentiment lui efface les traces de chocolat tout au bord de la bouche.

Louisette veut payer, mais le patron refuse. Elle ne se laisse pas faire et pose cinquante francs sur la table. Le portefeuille est gonflé de vieux billets.

Le patron l’accompagne dehors, on dirait qu’il attend quelque chose, mais elle le salue, et s’en va.

Le cimetière est loin, mais elle ne se perd pas. Sans aucune hésitation elle se retrouve devant la tombe de ses parents.

Elle se signe, enlève quelques mauvaises herbes, et entame une discussion.

Elle parle de son mari qui est parti pour un mois chez son frère, c’est la saison de moissons. Il ne fait vraiment pas froid pour un mois de novembre.

Elle aurait aimé avoir un enfant.

Elle demande des nouvelles de son frère Robert. Elle se plaint que cela fait longtemps qu’elle ne la pas vu.

Elle parle de son repas, de la voisine Sophie qui est morte.

« A propos, j’ai discuté avec Émile, je suis désolée, je ne pourrai pas faire comme Robert, il faudra que je me fasse enterrer avec Émile, c’est normal, mais je vous aime. Je vous aime. »

Elle est heureuse de ce moment passé avec ses parents, elle décide de rentrer en passant par le canal, c’est plus long, mais tellement agréable dans ces après-midi ensoleillés de novembre d’été.

Elle flâne, elle épie le vent, les fleurs, et les papillons. Elle a huit ans, elle se demande comment elle sera quand elle sera grande. Va-t-elle trouver un mari ? Sera-t-elle assez belle ?

Elle rouspète sur Robert, ce grand-frère si méchant, qui se moque d’elle, qui la traite de laideron, et empêche tous les garçons de s’approcher d’elle.

« De toute façon, il faut qu’il fasse toujours le beau, qu’il fasse le chef. Pas étonnant qu’il a eu tant d’ennemis, surtout quand il s’est lancé en politique. Ils avaient beau être tous là à son enterrement, à faire les bons copains, moi, je sais que certains étaient bien contents qu’il parte. »

Elle prend un mouchoir bien repassé de son sac, et s’essuie les yeux. Elle ouvre un petit portefeuille, et visite son musée : papa, maman, Robert, Émile, et un enfant qu’elle ne reconnaît pas.

Le soleil salue la journée, et Louisette arrive dans un village, un autre village. Elle s’est trompée de direction.

Un vieux monsieur s’approche d’elle. Il se présente : «  C’est moi, Julien, le copain d’Émile, tu as l’air perdu Louisette. »

Ça ne lui dit rien, mais ça lui arrive souvent, elle a du mal à reconnaître les gens, ils vieillissent trop.

Elle lui parle d’Émile, il lui raconte les bêtises qu’ils ont faites ensemble … Les épouvantails avec la photo du maître, le parisien qu’ils ont barricadé chez sa tante pour qu’il ne vienne pas au bal séduire « nos filles », les boules puantes à la réunion des « autres » pendant les élections…

Ils rient tous les deux. Ils boivent un coup de rouge, puis deux. Ils tapent dans le pâté, et le gros pain.

Elle ne sait toujours pas qui est ce « Julien », mais elle aime ses histoires.

Il a une grande maison, très vide et bien tenue. Il a une dame qui vient faire le ménage, et une autre qui lui livre les repas.

Il s’ennuie depuis qu’il est veuf.

Il se fait tard, il propose de ramener Louisette, il roule encore avec sa vieille voiture, même si le maire lui a demandé d’éviter de conduire.

L’idée plaît bien à Louisette, bien qu’un instant, elle rêve d’être plus jeune et de « faire son affaire » à ce Julien.

Le retour est une aventure, Julien racle la boîte de vitesse, et les murs. Ils arrivent sains et saufs. Les trois kilomètres étaient une odyssée qui laisse des souvenirs sur la carrosserie.

Elle remercie son ami d’un soir, et retrouve sa maison. Un chat noir l’attend en demandant des caresses. Elle glisse sa main dans le pelage, et lui raconte sa soirée avec Émile. Elle l’aimerait bien l’épouser.

La maison est rangée, propre. Elle se sert d’un yaourt dans le réfrigérateur, qui est plein de victuailles. Elle s’étonne un instant, elle ne se souvient plus d’avoir fait les courses. Avec l’âge, il y a des choses que l’on fait mécaniquement.

Un peu saoule, un peu ivre d’émotions, un peu fatiguée, Louisette s’endort.

C’est un chat gris, visiblement affamé, qui la réveille. Ça l’amuse, et nourrit une tripotée de chats, de toutes les couleurs, et sans doute de tout le village. Elle est de très bonne humeur. Toute la nuit, elle s’est faite séduire par Émile, et comme elle est taquine, elle l’a fait « tourner en bourrique ».

Elle regarde le calendrier, celui avec le chien tout blanc, nous sommes mardi huit novembre : « Surtout, ne pensons pas au mois prochain, je déteste les fêtes. »

Mardi, c’est jour de lecture pour les vieux de la maison de retraite. Elle se fait toute belle, se parfume, et se dirige vers la maison « des vieux ». À l’accueil, une secrétaire lui demande ce qu’elle veut. La question agasse Louisette et répond sèchement : « Je viens comme à chaque fois faire la lecture aux personnes âgées ! ». La  secrétaire demande à Louisette de s’installer dans un fauteuil de la salle d’attente, la directrice va arriver.

Elle s’exécute, mais un peu mécontente de perdre du temps, « ses vieux » doivent attendre. Une dame d’une cinquantaine d’années, très élégante arrive. Elle salue Louisette, il est évident qu’elle la connaît, mais la réciproque n’est pas vraie. La dame doit se présenter, elle est la nouvelle directrice, depuis vingt ans, environ.

Et cela fait au moins quinze ans que Louisette a cessé les ateliers lectures, elle n’arrivait plus à lire. Louisette n’est pas d’accord, et la directrice reprend calmement : « Vous savez Louisette, vous seriez mieux chez nous comme pensionnaire.

_ Je ne suis pas assez âgée !

_ Mais si, nous en avons déjà parlé, vous seriez bien ici, vous en avez parlé à votre fils ?

_ Je n’ai pas de fils ! »

Louisette décide de partir, très contrariée.

Sans l’ombre d’une hésitation, elle est plantée devant la tombe d’Émile. Elle lui dit toute sa colère contre cette gamine qui veut la faire entrer en maison de vieux. Elle lui rappelle qu’elle s’en sort très bien, que la maison va bien, qu’elle gère le budget, qu’il peut être fier d’elle.

« Tu me manques, Émile, je vois bien que rien n’est plus comme avant. Je ne comprends pas toujours ce qu’ils me disent. De moins en moins d’ailleurs. J’ai vu un de tes copains, Jacques, je ne sais plus, quelque chose comme ça. Il m’a raconté quand vous avez fait des épouvantails avec la tête du maître. Vous étiez des chenapans. T’as toujours eu un coté voyou. J’ai toujours aimé ça en toi. On rigolait bien tous les deux. Je crois que l’on ne s’est jamais disputé. En tout cas, je ne m’en rappelle pas.

T’es parti trop tôt. Je n’ai rien compris, t’étais assis dans la cuisine, tu buvais ton canon, j’ai été au jardin, chercher une salade, une jolie frisée. Quand je suis revenue, t’étais écroulé sur la table. C’était un huit novembre. Moi, je ne peux plus vivre depuis.

Si tu voyais ton jardin, tu serais malheureux. Il n’y a personne pour s’en occuper. J’essaie, mais je ne sais pas comme toi.

J’ai hâte de venir te rejoindre. »

Elle sent une main sur son épaule. C’est le patron du café du centre :

« Il te manque.

Tu veux que je te ramène ? Tu sais, la directrice de la maison de retraite était toute inquiète. Elle dit que ce serait plus prudent que tu y sois hébergée. Hier encore, tu n’avais plus rien à manger, et tu avais fait un tas de déchets au milieu du salon.

Viens, je te ramène.

_ Oui, je veux bien, je suis fatiguée. Mais avant, on va voir la tombe de mes parents.

_ Mais, maman, ils sont enterrés en Bretagne, à cinq cents kilomètres d’ici. »

Avatar photo

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.