Histoires de cons : Que dit l’insulte ?

Histoires de cons : Que dit l’insulte ?
Histoires de cons : Que dit l’insulte ?

Histoires de Cons

L’insulte banalisée

Il paraît que maintenant, cela fait partie du jeu… Du jeu relationnel. On peut, semble-t-il, insulter à tout-va. On s’insulte « l’autre » sur la route, quand il ne roule pas comme on le souhaite, ou qu’il commet une erreur. On insulte sur les réseaux sociaux, surtout cet « autre » que l’on ne connaît pas, car il exprime des idées contraires aux siennes. On insulte dans la vie ordinaire dès que « l’autre » est nettement dans l’autre camp : le flic, le patron, l’anti-vax, le pro-vax …Etc.

Dans ce journal abrasif, l’insulte est fréquente, dans les lignes les politiciens, les escrocs, les ennemis se font copieusement insulter. En retour, il arrive que nos articles récoltent des insultes, j’ai appris ainsi que mon état mental était critique, car j’ai relayé une information de FB, un peu mal rédigée, mais réelle dans le fond.

On le sait, nous sommes tous le con de quelqu’un.

Les fonctions de l’insulte

Fonction n° 1 de l’insulte : différencier les camps.

L’insulte permet de positionner l’autre dans un camp différent, d’en faire un ennemi. À partir du moment où « l’autre » est classé, on s’autorise à ne plus l’écouter, voire à en rire. En même temps que l’on traite quelqu’un de con, d’imbécile, de salopard, on dit « moi, je ne suis pas comme ça ».  D’ailleurs, l’insulte doit être entendue, elle est plus forte en groupe. Elle permet de créer des liens avec ceux que l’on veut séduire avec ses positions ; dire que Macron, ou Mélenchon sont des cons, permet de se placer dans un camp, et de rejeter les pro- Macron ou Mélenchon. On observe d’ailleurs, que si l’insulte doit être entendue, elle peut ne pas atteindre sa « cible », parfois cela n’a aucun intérêt.

Fonction n° 2 de l’insulte : définir « l’insulteur »

Quand on crie contre le chauffard, on se prétend bon conducteur… On raille les antivax, pour se dire pro-vax… On exècre les complotistes pour se prétendre raisonné… Etc. On rejette donc pour s’affirmer haut et fort. En fait, c’est un peu amusant, cela revient à dire : « La preuve que je pense bien, que je fais bien, c’est que « l’autre » pense mal, fait mal.

Quelle belle valorisation que de rabaisser quelqu’un !

Fonction n°3 de l’insulte : salir !

L’insulte est toujours sale, fasciste, salop, connard, fils de pute, con… Et très étrangement (ou pas vraiment) les connotations sexuelles sont monnaie courante. Il semble indispensable de ramener l’autre au niveau de la considération du sexe féminin. (le con).

Il faut rabaisser, l’ennemi n’est rien, il est méprisable. Il faut s’unir pour le détruire, le détester, le haïr.

Fonction n°4 de l’insulte : cesser de réfléchir.

T’es qu’un con, et le débat est clos. Plus besoin d’intégrer les pensées de « l’autre » à ses propres pensées. Il est définitivement sans intérêt. La relation est donc finie.

L’insulte a donc une utilité sociale…

Quand on va sur les réseaux, on bloque certaines personnes, car elles ne nous apportent rien de positif. Dans la vie, on choisit également de mettre des personnes à distance. Dans les débats d’idées, il existe bien des camps et des frontières. Pour ma part, je ne perds pas de temps à échanger avec les théoriciens racistes, ou autres penseurs de théories sélectives.

L’insulte crée le conflit, elle protège dans le sens où elle dit « stop ! » , « nous ne partagerons plus rien. »

Elle permet donc d’avancer, sans s’encombrer, de personnes que l’on estime néfaste à l’évolution personnelle.

Mais elle permet surtout, et cela me paraît dangereux, de rester dans ce que Durkheim appelait la solidarité mécanique. Ce lien tribal, ce lien de meute qui est basé sur la similitude. Il faut pour être en relation, être amis, être collègues, il faut être « pareils ». Cette solidarité est en fait celle qui nous maintient dans un univers primaire, un état de fermeture au reste du monde. C’est aussi cette solidarité qui nous attache aux « comme il faut », et nous empêche d’être nous-même.

L’insulte, en fin de compte, détruit très aisément « l’insulteur ». Chaque insulte est un échec, une fuite devant la réalité, un barreau supplémentaire à sa prison personnelle.

Le contraire est la solidarité organique…

C’est l’idée que nous participons tous aux mêmes réalités, la solidarité n’est plus basée sur la similitude, mais sur la complémentarité. Évidemment, elle a sa base d’utopie… Mais ce journal « l’abrasif », où aucun rédacteur ne ressemble à l’autre, malgré tous ses défauts, contribue à rendre la solidarité organique réelle…

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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