Genèse de la guerre en Ukraine ou la popularité de Poutine

Octobre Noir 1993 ou la « Méthode Pinochet » en Russie (Article popularité Poutine)
Octobre Noir 1993 ou la « Méthode Pinochet » en Russie (Article popularité Poutine)

Guerre en Ukraine : Popularité de Poutine

Quand un mafieux russe (oligarque) qui a appartenu à la bande de truands d’Eltsine traite Poutine et son entourage de mafieux, ça ne manque pas d’ironie.

Il s’agit de Mikhaïl Khodorkovski qui s’exprime beaucoup ces derniers temps dans les médias mainstream outre-manche et ici même désormais. Ça donne la mesure des « voix » de la « résistance » russe contre le dictateur. Ce mec est devenu une espèce de porte-flambeau de la lutte pour la démocratie en Russie alors même qu’il a été l’un des plus fervents soutiens du putschiste dictateur que fut Eltsine. Ce dernier, pour rappel, a vendu la Russie à la découpe à la poignée d’apparatchiks biberonnés à l’idéologie sanguinaire d’un certain Norman Friedman, ponte de la liberté (de pirater tous les business du monde et non d’expression).

Mikhaïl Khodorkovski peut hurler au procès politique quand il est condamné par la justice russe en 2003, mais il ne faut pas s’y tromper, cette peine était méritée. Ce mafieux qui a contribué à affamer des millions de russes durant les années 90 peut même remercier Poutine de l’avoir gracié en 2013, lui permettant de sortir après 10 ans de taule en Sibérie alors qu’il aurait dû y passer toute sa vie.

L’ex-oligarque, escroc devenu ministre puis oligarque sur les ruines de l’Union Soviétique, a participé au pillage des biens et des richesses russes dès le début des années 90 sous la houlette de l’école de Chicago (de Milton Friedman) et de leur pantin Boris Eltsine. Ce dernier devenu un gros nounours rigolard et perpétuellement bourré se gaussant avec Clinton avait, rappelons-le, vendu à la découpe tout l’appareil industriel russe aux magnats du business mondialisé né aux USA après s’être fait voter les pleins pouvoirs. Il distribua le gros gâteau à tous ces pourris d’apparatchiks qui formaient son fidèle entourage. Puis non content d’avoir perdu les pleins pouvoirs suite à un vote des élus de la nation russe, il fit tirer sur le parlement avec ses chars, contraignant ces mêmes élus à sortir mains en l’air avant d’être virés de leurs mandats électifs. En Occident, on reprit l’antienne (propagande) du Kremlin, en justifiant ce coup d’État. La chanson qu’on nous chanta alors ? Ces élus du peuple n’étaient qu’une poignée d’ex-communistes nostalgiques de l’Union soviétique qui voulaient faire barrage au train de réformes « nécessaires » lancées par le goret et sa bande. Ce pipeau était passé crème par chez nous, en Occident. Joli tour de passe-passe. Mais pour les Russes, ça ne passait pas. Pour eux, ce furent des années de disette, de souffrance, de déchéance. Eltsine, le chouchou des américains était haï des russes après avoir été le héros qui avait évité le putsch communiste de la toute fin de l’empire soviétique.

En 1994, le gros Boris qui avait encore bon pied bon œil était passé sous la barre des 10% d’opinion favorable. Ça l’ennuya beaucoup ainsi que ses potes escrocs et surtout pour les adeptes de l’école de Chicago qui lui infusaient la litanie du « marché libre ».

Pour remonter sa cote de popularité et conforter le pillage de l’économie russe au seul profit de son clan et de lui-même (et sa famille), il appliqua le principe de Milton Friedman : pour libérer le marché (entendez l’offrir à la poignée de milliardaires qui dirigent le monde), et pour contraindre tout peuple à s’y soumettre, il faut créer un choc. Eltsine choisit une option très « russe », il déclencha la première guerre de Tchetchénie à la seule fin de rassembler les populos autour du sentiment national voire nationaliste et faire oublier l’escroquerie monumentale et son image d’ordure anti-démocrate et destructeur de citoyens. Cette première guerre fut un échecs. Eltsine ne put rétablir sa cote de popularité mais réussit jusqu’au 31 décembre 1999 à piller un peu plus la Russie avec son train de réformes lancé à une vitesse de dingue. Sa réélection en 1996 est le fruit d’une offensive massive de ses potes oligarques qui financèrent sa campagne et lui offrir une visibilité médiatique écrasante sans parler des faits d’intimidation des autres candidats et la corruption d’autres…

L’ultra-libéralisme est une idéologie, pas juste un système économique. J’y reviendrai plus tard. En tout cas, les Russes avaient vu le chômage de masse débouler, la destruction de leur système de protection sociale mais aussi le déclassement de leur pays au niveau mondial, devenu le terrain de jeux des rapaces de Wallstreet et de toutes les autres bourses occidentales. Les américains les traitaient comme de la daube à leur botte… ce sentiment de revanche et de dégoût envers les USA n’a plus quitté l’immense majorité des russes et à juste titre.

Boris eut entre autres recours à un certain Vladimir qui se chargea de finir le travail. La première guerre de Tchétchénie fit naître des groupes de fanatiques Tchétchènes qui provoquèrent des attentats monstrueux en Russie, choquant profondément les esprits des citoyens et un sentiment d’insécurité énorme. La réponse de Poutine fut aussi brutale que possible avec une répression et une seconde guerre de Tchetchènie qui sentait bon la boucherie. Mais quand le dauphin Vladimir prit le pouvoir, Boris était certain que son « héritage » serait sauvé… Il n’en fut rien. Poutine resterait fidèle à la doctrine de l’école de Chicago mais… sans l’influence occidentale. Il entreprit donc rapidement de liquider la clique de Eltsine de façon tout à fait légale (procès et condamnations pour corruption et autres crimes) mais aussi de manière illégale dans d’autres cas (liquidation pure et simple, par empoisonnement et autres réjouissances à balles réelles et vrais faux suicides sans parler du Kompromat). Mais la partie était gagnée jusqu’au déclenchement de la guerre des séparatistes Ukrainiens suite à la révolution de Maïdan. Ces mouvements populaires Ukrainiens pro-occidentaux laissaient en fait entrevoir le retour des rapaces occidentaux sur les richesses russes. C’est un fait. Les défenseurs de la démocratie et de l’intégration à l’Europe en Ukraine n’en avaient pas conscience. Les peuples sont ainsi, les pions perpétuels des maîtres du monde.

Mais cela sera le propos d’un article suivant qui, je l’espère, permettra de comprendre ce qui se joue aujourd’hui.

Ici en Occident, personne ne comprend rien à ce qui se passe en Russie, par paresse. On sert donc à tout le monde des « héros » (tel que Mikhaïl Khodorkovski) sortis de la pochette surprise de nos 1% (les plus riches) à nous qui jouent déjà le coup d’après : la mainmise sur la Russie post-Poutine par la poignée de néo-libéraux sanguinaires qui nous dirigent.

Dans les rivières de sang des civils Ukrainiens, dans les Frigos vides des citoyens russes, n’oubliez pas qu’il y a avant tout l’action combinée de deux camps de pourritures antagonistes, jouant leur partie d’échec financière et politique sur le dos des peuples. Il n’y a pas à être pour les occidentaux ou pour Poutine ou la Chine. Tout ce petit monde, des ministres, présidents, PDG de banques centrales, de banques d’affaires, de multinationales américaines, européennes, chinoises, japonaises, russes sont tous portés par une seule et unique idéologie: le néo-libéralisme conceptualisé et amélioré par l’école de Chicago et ses adeptes (notre président français en est un mais aussi la Marine, le Z, la Pecresse, la Hidalgo mais aussi Mélenchon tôt ou tard s’il prend le pouvoir.)

Si vous avez des doutes sur mes propos, je vous invite à lire les centaines, les milliers de sources tout à fait officielles qui s’y rapportent mais aussi les travaux de chercheurs, de journalistes indépendants et sérieux, d’économistes (dits « atterrés » en France) non inféodés à l’école de Chicago, de quelques politiques qui tentent en vain de se faire entendre, de citoyens (comme moi mais aussi et surtout des milliers d’autres), d’historiens, de lanceurs d’alerte, de certains juges, d’enquêteurs, d’intellectuels (donc pas Attali, Minc ou BHL), etc. Tout ça nécessite un peu d’efforts, un peu de concentration et ça évite de se nourrir de théories du complot grotesques diffusées tant par des crétins incultes et paranos que par des services d’états divers qui travaillent au détournement du regard en créant ces mêmes théories.

Le chat regarde le doigt et ne regarde pas ce que le doigt montre.

Ne soyez pas des chats. Soyez des citoyens éclairés. Pour l’être, il ne faut se fier qu’à soi et au long travail de lectures nécessaires, diverses et complexes. Les ennemis ont des noms, ont des identités. Ils ne sont pas cachés. Ils sont sous les yeux de chacun. Leur but est simple : prendre le pouvoir, élargir ce pouvoir, maintenir ce pouvoir coûte que coûte (y compris les vies de millions de personnes à travers le monde). Ce pouvoir est avant tout économique. La politique, l’information et les titres ronflants en découlent. Et non l’inverse. Quel que soit le bord du politique élu ou non, aujourd’hui, la politique économique qu’il doit conduire est celle dictée par ce qu’on appelle vaseusement « les marchés ». En réalité une idéologie. Je prends pour exemple Lech Walesa, Nelson Mandela, Aléxis Tsípras pour ne citer que ceux-là qui furent tous d’obédience socialiste, de gauche et pour une redistribution des richesses… sur le papier. Mais dès leur accession au pouvoir, ces figures de la défense d’une alternative au capitalisme sauvage ont été noyautées et contraintes par les « soldats » de l’école de Chicago. Ces derniers ont ainsi détourné le FMI et la Banque mondiale dès les années 80. Ces institutions étaient à l’origine des systèmes permettant de contrer les crises profondes qui détruisaient des sociétés entières. Depuis, ce sont devenus les chevaux de Troie de l’idéologie néo-libérale…

Je pourrais continuer comme ça durant des pages et des pages… mais pour revenir à la situation Russo-Ukrainienne, cette guerre finira, comme je l’ai écrit au premier jour du conflit la copie de la situation Chypriote. Le plus important est, pour les deux camps antagonistes tous deux partisans de l’école de Chicago, de se partager le gâteau. La force de frappe du camp occidentale est gigantesque. C’est pourquoi le camp russe a resserré ses liens avec la Chine dès 2013 (accession de Xi Jinping au pouvoir). Au milieu de cette guerre et du choc infligé aux peuples russes et Ukrainiens (car oui les deux sont victimes), les citoyens se réveilleront dans une bouse néo-libérale une fois de plus. On laissera croupir les plus pauvres (on fera quand même des dons aux ONG humanitaires par acquis de conscience), on érigera une classe moyenne parfaitement éduquée à la sauce capitaliste, aussi rebelle qu’un ado qui fume en cachette dans sa chambre, mais qui, quand il s’agira d’en venir aux mains, se recroquevillera dans son prépuce mental pour maintenir un pouvoir d’achat gagné à la sueur de la lâcheté et de la compromission (et j’en fais partie). Les élites ultra-libérales les abreuveront de leur élixir enivrant, encore et toujours. Médias mainstream (et nombre de médias dits indépendants ou alternatifs aussi d’ailleurs) à la botte, lois de plus en plus restrictives quant à la liberté d’expression, délégation de pouvoirs aux multinationales (sécurité, justice, éducation, protections sociales sous tutelle des actionnaires, et bien sûr les armées, etc.)

Quand l’époque est à la paix, à la tranquillité, ces « réformes » pour la « liberté » du marché, les citoyens y résistent, n’en veulent pas. Il faut donc les figer par l’effroi en provoquant ou en profitant des crises majeurs (guerres, crises économiques locales ou internationales, pandémies, terrorismes, etc.)

Alors pour conclure, et dans l’espoir que certains d’entre vous comprendront la portée de l’idéologie néo-libérale, je vais citer l’un de ses plus illustres leaders et promoteurs, l’économiste britannique John Williamson. Attention serrez vos ceintures : « Au milieu des années 30, aucune personne ayant la capacité de prédire l’Histoire n’aurait osé affirmer que l’Allemagne et le Japon devaient entrer en guerre pour profiter des avantages de la supercroissance qui a suivi leur défaite. Mais une crise de moindre envergure aurait-elle pu avoir le même effet ? Peut-on imaginer qu’une fausse crise serve les mêmes fins sans entraîner les coûts d’une crise réelle ? »

Je mets ma main à couper que la guerre en Ukraine, mais aussi la pandémie que l’on a vécue ne sont rien à côté des promesses de profits sans frein que la crise climatique et environnementale est déjà en train de produire…

Un conseil pour ceux qui n’ont de cœur que pour leur seul profit : spéculez sur l’apocalypse, c’est un marché (libre) d’avenir… Pour tous les autres, ce sera l’enfer et ça a déjà commencé…

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Léonel Houssam

Léonel Houssam, rédacteur, romancier et biographe français né en 1973. Connu entre 2005 et 2013 sous le pseudonyme Andy Vérol, il s'attache à écrire le monde sans filtres ni concessions.

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