Féminicides : article 3, vision internationale

Féminicides : article 3, vision internationale
Féminicides : article 3, vision internationale
undefined

Féminicides : Vision internationale

Quand le « fémicide » devient industriel.

J’ai entamé du livre « référence » sur le féminicide. C’est un pavé de presque 500 pages, extrêmement fouillé, intéressant, et documenté. Je n’ai lu pour l’instant que la partie 1, « sur la scène internationale ».  Je pensais passer rapidement cette partie, afin d’arriver au cœur du sujet, la France. Et, bien non… j’ai découvert des éléments que je veux absolument partager avec vous.

Fémicide et féminicide

Il ne s’agit ni d’un jeu de mot, ni d’une erreur de frappe. Les deux mots existent, même si pour certains, ils sont de parfaits synonymes, pour d’autres, les mouvements féministes en particulier, ils recouvrent des réalités très différentes.

 Le fémicide est le fait de tuer une femme. Le motif n’est pas pris en compte, que ce soit la mort d’une sœur, d’une mère, d’une épouse, d’une inconnue, le fémicide décrit cette réalité.

Le féminicide est le fait de tuer une femme car c’est une femme. « Diane Russel définit le le féminicide comme un crime de haine commis sur une femme par un mâle et énonce que depuis l’extermination des sorcières, en passant par la coutume répandue de l’infanticide des filles dans de nombreuses sociétés jusqu’aux crimes dits « d’honneur », nous pouvons constater que le féminicide se perpétue depuis longtemps ».

Ces deux mots sont l’enjeu de batailles juridiques et philosophiques. Ainsi, en France, aucun des deux n’est reconnu par la justice. « En France, le débat reste complexe en fonction, selon les juristes, de l’organisation du Code pénal et du système des incriminations y figurant puisque le parricide et l’infanticide ont été retirés. Plusieurs contributions soulignent malgré tout la prise de conscience progressive et l’actualité de la question portant sur le choix de circonstances aggravantes plus que de faire figurer une nouvelle incrimination. »

Contrairement à plusieurs pays d’Amérique du Sud, en France, et en Europe majoritairement, le féminicide n’est pas un crime identifié, il est un homicide parmi d’autres, qui peut être majoré dans sa gravité en fonction du lien entre le meurtrier et la victime.

Ainsi Landru, Guy George, ou encore le meurtrier fictif de l’article 1 ne sont pas des « féminicidas » (seul terme trouvé), mais des assassins avec une préférence pour l’assassinat de femmes.

La justice ne reconnaît pas le féminicide dans sa dimension sociale, il reste un fait isolé, créé dans la sphère privée.

  Cette lecture éclaire sans doute, en partie, les faibles budgets alloués, car il ne s’agit pas d’un problème de société.

Heureusement, cet avis n’est pas partagé par tous en Europe, ainsi le 28 décembre 2004, le roi d’Espagne, Juan Carlos 1er déclare :

« La violence de genre n’est pas un problème qui affecte la sphère privée. Au contraire, elle représente le symbole le plus brutal de l’inégalité existant dans notre société. Il s’agit d’une violence qui est exercée sur les femmes en raison de leur simple condition de femme par leurs agresseurs considèrent qu’elle sont dépourvues des droits élémentaires de liberté, de respect et de capacité de décision. »

Il est nécessaire également de classifier le féminicide, est-il uniquement le meurtre de la conjointe ou ex conjointe ?

Peut-on parler de féminicides pour un tueur en série qui assassinent des femmes ?

Le massacre des bébés filles en Inde, fait-il partie des féminicides.

La mise à mort par son père d’une fille « salie » est-ce encore un exemple de féminicide ?

En fait : « quatre variétés de féminicides sont retenues. Tout d’abord, le féminicide intime, c’est-à-dire provoqué par le mari, le fiancé, le compagnon ou l’ancien partenaire. Viennent ensuite les crimes commis au nom de l’honneur, ceux liés à la dot, et enfin le « féminicide non intime » (féminicide sexuel). »

Le continuum des violences, ou la compréhension historique du féminicide…

Il ne suffit pas de poser le bon mot, car ce mot peut faire « écran » à la réalité, écran au sens Freudien, une perception qui empêche de comprendre les fondements. Le féminicide peut se réduire à une vision familiariste : « Pour expliquer le « féminicide familial », « domestique » ou en couple, ils mettent en avant des motivations individuelles : il s’agirait notamment d’hommes souffrant de pathologies, de possessivité, de jalousie et qui auraient été poussés par un « raptus » parce que incapables d’accepter la liberté ou l’autodétermination de la femme et/ou gérer la séparation du couple. En outre, les chercheurs rappellent la centralité des femmes dans les équilibres familiaux, ce qui les transforment en responsables des situations de déséquilibre ou de malaises familiaux. »

 Le débat est de situer le féminicide dans une lecture systémique des violences faites aux femmes, L’inclure dans le continuum des violences.

Ce débat n’est pas neutre, car il pose la question sur la place publique, ce que de nombreux politiciens, ou juristes refusent de faire. Le crime est certes massif, certes misogyne mais il est dû aux relations interpersonnelles, les causes ne se situent pas sur les fondements de la société, si patriarcale qu’elle soit.

Par les exemples cités dans ce livre, les auteurs démontrent que la théorie du fait isolé, sans responsabilité politique est absolument fausse.

Le meurtre à l’échelle industrielle

L’histoire du féminicide pourrait commencer avec l’antiquité grecque, et les nourrissons abandonnés sur la place publique, condamnés à mourir ou devenir esclaves ou prostituées, et la « culture » du suicide féminin. Dans l’actualité la situation a des dimensions dramatiques : « ces filles manquantes qui pourraient être jusqu’à soixante-quinze millions en Asie (peut-être deux cents millions d’ici 25 ans selon les projections de l’ONU et de l’Unicef) sont celles qu’on ne laisse pas naître, qui sont éliminées à la naissance, ou qu’on laisse mourir en bas âge, qu’on n’éduque pas, qu’on contraint au mariage ou au suicide, qu’on asperge d’acide … »

Au Brésil, on estime qu’en 1980 et 2013 ce sont 106093 femmes qui ont été assassinées, avec en moyenne 13 homicides par jour depuis 2013.

Au Mexique, Ciudad Juàrez (El Paso) :

« Depuis de nombreuses années, Ciudad Juàrez incarne le féminicide dans les médias. Même si le phénomène dépasse les limites de cette ville, la configuration particulière de la cité du nord du Mexique explique en partie cette situation. Elle s’inscrit aussi dans un contexte national d’une rare violence. En 2017,25339 personnes ont été assassinées et 37000 auraient disparues »

Ces victimes sont majoritairement de jeunes femmes ouvrières. 10% seulement des crimes ont été sanctionnés.

Au Canada, en 2014 la Gendarmerie royale du Canada rend public un rapport sur les femmes autochtones assassinées ou disparues. 

« Le rapport comptabilise 1017 femmes autochtones assassinées et 164 disparues entre 1980 et 2012… »

Ces exemples insupportables ne sont pas français, ils sont quelques exemples sur cette terre. Le bilan hexagonal est « plus modeste : « 94000 femmes majeures victimes de viol, ou de tentatives de viol chaque année, 128 féminicides par an en moyenne depuis 2011, 213000 femmes victimes de violences dans leur couple tous les ans… » (écoutez-nous bien !)

Au regard de ces chiffres, de ces horreurs, de ces drames qui peut prétendre que le féminicide n’est pas un phénomène sociétal, que l’œuvre de violence envers les femmes ne se poursuit pas ?

Pour ne pas conclure…

Cette réflexion sur le féminicide m’emmène dans des dimensions que je n’avais pas soupçonnées, je ne parle pas que des chiffres, mais également des réalités historiques, politiques, économiques et humaines. La réflexion pour un prochain article nous ramènera en France, et plus tard, j’irai explorer un autre livre, un témoignage du côté de la famille de la victime.

Ce mot « nouveau », à peine reconnu officiellement « le féminicide » nomme une des maladies de notre société particulièrement tue, et violente…

Ça vaut bien un peu de réflexion ! car je ne suis pas certain « que ça va bien se passer ».

Total Page Visits: 81 - Today Page Visits: 1

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.